Accueil Recherche | Plan Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base
NOUVELLE Cerig 
Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Nouvelles > Culture Papier : 6 ans déjà !
Révision : 8 février 2016
Culture Papier : 6 ans déjà !
 
Nouvelle précédente Liste des nouvelles Nouvelle suivante

Alors que le tandem fondateur de Culture Papier (Laurent de Gaulle et Jean-Philippe Zappa) vient de se retirer, remplacé par un nouveau duo (Alain Kouck et Virginie Fillion-Delette), essayons de faire un bilan de six années de présence active de cette association dans un monde de plus en plus numérisé.

Jacques de Rotalier (Février 2016)

 

Mettre fin aux idées fausses, promouvoir la cellulose

   
Partagez sur Facebook

Rejoignez-nous

  Jacques de Rotalier
Jacques de Rotalier
     

À l’origine de l’idée de Culture Papier, un sentiment d’incompréhension voire d’injustice face aux campagnes médiatiques très noires sur la nocivité écologique du papier : il pollue ! Il tue la forêt ! Il est source de gaspillage dans les boîtes aux lettres ! etc.

L’argument le plus fort – et aussi le plus faux – très ancré dans les esprits est la destruction des forêts. Il n’est pratiquement plus utilisé médiatiquement comme tel mais subsiste parfois sous une forme différente : tel livre représente (X) arbres coupés. Simplement, on ne précise jamais quels types d’arbres sont utilisés : or, ce sont soit des arbres de forêts cultivées soit des coupes d’éclaircie soit des déchets de scierie voire du papier recyclé. Les forêts tropicales brésiliennes et africaines ne fournissent pas d’arbres pour le papier. Même l’Indonésie revoit sa position. Et comme nous sommes en Europe, continent où les forêts sont bien entretenues et en expansion, l’argument était et est encore particulièrement mal venu !

Grâce aux efforts des membres de l’association, la filière a peu à peu pris conscience qu’il était grand temps de se rassembler autour d’arguments porteurs d’avenir, liés à l’économie circulaire dont l’industrie papetière, l’imprimerie et leurs clients (agences de communication, éditeurs, etc.) sont l’un des meilleurs prototypes. Appuyé sur une excellente équipe de communication, Culture Papier a produit cinq colloques annuels, de nombreux petits-déjeuners et ateliers, et trois campagnes massives de communication qui ont permis de sensibiliser un certain nombre de leaders d’opinion, l’ensemble de la filière graphique voire le grand public, aux atouts du papier support et acteur d’une communication profonde qui résiste au temps.

Le futur n’est pas tracé mais la filière doit plus que jamais s’appuyer sur ce qu’elle peut apporter au monde à venir. Son meilleur atout est peut-être d’exploiter et de vivre d’un matériau fabuleux dont on ne connaît pas encore, loin de là, toutes les utilisations possibles : la cellulose. Elle est naturelle, surabondante, renouvelable, présente et disponible partout. C’est un peu pourquoi on parle de plus en plus de "Cellulose Valley" à propos des deux centres grenoblois de recherche et de formation : Grenoble INP-Pagora / LGP2 et le Centre Technique du Papier. Là-bas se prépare une partie des nouvelles applications de la cellulose et de l’imprimé : électronique imprimée, papiers connectés, chimie verte, produits bio-sourcés, raffineries cellulosiques, autant de promesses qu’il faudra concrétiser avec l’appui des pouvoirs publics régionaux, nationaux et européens.

À Golbey et à Saint-Gaudens, entre autres, se mettent déjà en place des écosystèmes qui, s’appuyant sur le savoir-faire papetier (en matière de biomasse par exemple), préparent de nouveaux débouchés industriels. Ce genre de promesse met du temps à se réaliser contrairement aux réalisations quasi-immédiates du numérique. Cependant, l’enjeu à terme est absolument considérable si l’on veut préparer un avenir viable aux générations futures.

Culture Papier a donc du pain sur la planche !

Transparences : métamorphoses et métaphores du papier

Tel est le titre d’une thèse devenue livre, édité chez L’Harmattan, dont l’auteure, Odile Perrin Aussedat, est une artiste issue d’une famille papetière. Le périple proposé nous fait voyager aux origines des cultures et nous montre comment un tissu fibreux travaillé par l’homme peut contribuer à façonner ses manières de modeler une matière naturelle mais aussi à développer sa pensée.

Il est assez fascinant de voir comment l’Occident a reçu de l’Asie (par l’intermédiaire des Arabes) une matière à créations physiques (la fibre végétale) pour en faire en plus une matière à créations intellectuelles qui ont grandement facilité le développement d’idées nouvelles, grâce à l’invention du codex puis de l’imprimerie. La feuille de papier blanche reste un outil de création fondamental pour se dire, inventer, imaginer, dessiner.

Le papier carton demeure un matériau artistique puissant auquel bien des artistes aiment à se confronter. Il n’est pas très étonnant que le numérique ait tant de mal à inventer d’autres formes tant l’esprit humain est imprégné de celles nées du travail de la fibre depuis des millénaires. Les Japonais, fans de nouvelles technologies, restent avides de travail sur la matière (origamis, papiers de création magnifiques, etc.), démontrant ainsi qu’on ne doit pas opposer numérique et papier.

Le livre fourmille d’exemples d’artistes et d’écrivains stimulés par le profond silence de la page blanche, de la feuille blanche ou du morceau de carton. En voici un petit florilège…

"Dans la mouvance du Pop-Art, les artistes américains du Paper-Art portent un intérêt particulier au papier en tant que matière fondamentale de l’œuvre. Ils en recherchent les racines millénaires redécouvrant les techniques artisanales de fabrication mettant en valeur les potentialités infinies. D’autres artistes, a contrario, en exploitent les virtualités. Déchiré, trituré, malaxé, plié, brûlé, découpé perforé, repoussé, collé, froissé, tissé, coulé, projeté, le papier subit toutes sortes de transformations sans se dérober, et dans ce détournement s’enrichit et se densifie. Georges Dubuffet, par exemple dit la travailler avec douceur comme une pâte qui doit lever, et que toutes ces interventions concourent dans leurs visées divergentes, à émanciper la matière, à l’exulter en la contrecarrant, à libérer sa plus grande énergie…

Claudine Drai, elle, trouve dans le papier un centre de ressourcement de l’être. Elle fait de vastes compositions de papiers de soie légers qu’elle colore ou laisse dans leur blancheur spectrale. En évanescence et fluidités, fugacités et vibrations, ils diffusent une densité de présence où tout se sent en transparences délicates. Pour Michel Butor, il a des sonorités pour l’oreille attentive avec les déchirures, les froissages, le chant léger du pliage sous l’ongle, les grondements du découpage, tandis que le compositeur Georges Aperghis en a fait un Opéra.

Pour Jean-Marie Le Clezio, le papier n’est jamais glacé comme le verre, il possède une réserve de chaleur perceptible. Matière frêle, tendre, ténue, palpable, sensuelle, le papier est source de gestes caressants, délicats, précis, apprivoisés : 'Il passe longtemps ses doigts sur lui, il cherche du bout des doigts les imperfections, les petits débris incorporés à la pâte, le grain très doux qui semble bouger et se durcir sous la caresse, et c’est aussi un commencement de voyage… le papier est infinicomme une eau, il est vif, lisse et doux comme la peau qui frémit quand on la touche'".

Conclusion provisoire

On ne sait pas encore, bien entendu, quelles seront les pistes de recherche sur la fibre cellulosique qui s’avèreront les plus fructueuses pour un futur vivable. Toutefois, on peut raisonnablement penser que les recherches artistiques et scientifiques actuelles permettront de réintégrer ce matériau historique bien naturel dans nombre de processus de création, de fabrication et de recyclage, éléments-clés d’une économie de plus en plus circularisée.

En tout cas, ce sera sûrement l'une des voies pour sortir de l’impasse actuelle.

Contact

Jacques de Rotalier a passé 30 ans dans la commercialisation, en Europe et aux USA, de la quasi-totalité des papiers impression-écriture. Il intervient maintenant comme journaliste dans des revues spécialisées de la chaîne graphique et comme consultant papier (perspectives stratégiques, achat, vente,...).

 
Nouvelle précédente Liste des nouvelles Nouvelle suivante
Nouvelle précédente Liste des nouvelles Nouvelle suivante
   Accueil | Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base   
 
Copyright © Cerig/Grenoble INP-Pagora
 
Mise en page : A. Pandolfi