Accueil Recherche | Plan Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base
NOUVELLE Cerig 
Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Nouvelles > Mémoire et histoire d'entreprise
Révision : 15 février 2016
Mémoire et histoire d'entreprise
 
Nouvelle précédente Liste des nouvelles Nouvelle suivante

Saint-Gobain est la plus ancienne entreprise industrielle française. Créée en 1665 par Louis XIV et Colbert, elle est toujours en pleine activité et compte parmi les 100 premières entreprises mondiales. Ses 190 000 salariés sont présents dans 64 pays. De La Galerie des Glaces à Versailles à la Pyramide du Louvre et à l’Opéra de Pékin, ses réalisations courantes ou spectaculaires font partie du patrimoine mondial. Saint-Gobain, par ventes et acquisitions simultanées, est devenu leader mondial de l’habitat durable. L’innovation y est depuis toujours un marqueur prégnant (3000 chercheurs, 500 millions d’euros de budget). Un portefeuille de marques impressionnant balise ces activités : Norton, Placo, Quantum, Point P., Lapeyre, Dahl font partie de ce patrimoine. Mais pourquoi donc parler de ce grand groupe alors qu’il a quitté le secteur bois et papier depuis 1994 ? Parce que j’ai eu la chance de visiter récemment son Centre d'Archives de Blois. L’aventure mérite d’être contée et concerne le secteur graphique par bien des aspects.

Jacques de Rotalier (Juin-Juillet 2013)

Construire une mémoire commune

   
Partagez sur Facebook

Rejoignez-nous

En savoir plus...
  Jacques de Rotalier
Jacques de Rotalier
     

Tout commence par des hommes : un patron visionnaire, Roger Martin, et un archiviste pionnier, Maurice Hamon. Dans les années 1970, ils sont confrontés à un défi important : comment faire vivre la fusion entre Saint-Gobain, sonné par l’OPA ratée de Danone, et Pont-à-Mousson qui vit les affres de la sidérurgie en déclin. Pour prendre une image moins technocratique : comment marier la glace et la fonte ?

Roger Martin a alors l’intuition qu’il faut bâtir un récit commun et que cela se fera à partir d’un lieu central où cette histoire sera écrite en collectant, triant et analysant les archives de l’entreprise. Il fait appel, non pas à un historien, mais à un archiviste intéressé par l’entreprise. Il faut savoir que jusque dans les années 70, le métier d’archiviste était un domaine réservé aux archives publiques, politiques...

Maurice Hamon se met d’autant plus à vite à la tâche qu’il se sait soutenu en haut lieu. Il élabore une politique d’archivage qui s’impose à toutes les filiales françaises. En 1979, le Centre d'Archives de Blois, un bâtiment spécifique avec deux tours aveugles et écologiques, est construit.

 
Centre d'Archives de Blois
[Saint-Gobain]
     

L'archivage est traité par le GIE Saint-Gobain Archives à qui il est demandé de se financer de manière autonome, autre particularité singulière. Aujourd’hui, il emploie douze personnes. Ses 80 kilomètres d’archives sont remplis, pour l’essentiel, de papier, mais aussi de films (2000), de CD et DVD. Ce prestataire de services traite 30 demandes par jour et permet plus de 4000 recherches par an. Il est sollicité essentiellement par le Groupe, mais répond aussi à des demandes liées à des recherches historiques – histoire industrielle, histoire de l’habitat –, d’Art Déco, ainsi que des villes où sont situées les usines (Fumel, par exemple). Ces sollicitations permettent au Groupe de se constituer un ADN commun et de le partager, contribuant ainsi à l’édification d’une image qui se renforce encore à l’occasion d’évènements forts. Ce sera le cas lors la célébration en 2015 des 350 ans de Saint-Gobain.

Les défis de l'avenir

Là, comme ailleurs, la multiplication exponentielle des documents liée au développement du numérique pose des questions redoutables : pérennité des nouveaux supports, sécurité et confidentialité des documents. La contrainte d’espace étant clairement notifiée à l’équipe de Blois, elle est amenée à éliminer une partie de ses archives physiques. Toutefois, cela ne suffira pas, bien entendu.

Sans pression excessive, l’équipe actuelle prend le temps d’une réflexion de fond. Quand on est capable présenter aux visiteurs l’un des six parchemins originaux de la création de la compagnie signé par Louis XIV et Colbert, on peut se le permettre !

La classification actuelle en archives courantes (Âge 1), archives intermédiaires (Âge 2) et archives définitives ou historiques (Âge 3), devrait rester pertinente pour préparer une stratégie d’archivage qui intégrera beaucoup de numérique aux Âges I et 2 (Records Management) et devrait probablement être hybride pour les archives historiques. Si l’on continue la métaphore ADN, Saint-Gobain, par son travail patient de collecte de ses documents internes, devrait permettre d’innover dans une nouvelle étape numérique, encore embryonnaire, de décryptage de ses documents, voire de son langage, grâce à de nouveaux et puissants outils de décryptage sémantique encore à inventer.

Conclusion

Lorsque l’on demande aux responsables de l’unité de Blois s’ils notent un intérêt grandissant pour leur travail d’histoire économique et industrielle, ils répondent que l’engouement pour ce genre d’étude a, semble-t-il, un peu diminué récemment. Il serait bien dommage qu’il en soit ainsi à l’heure où la France prend enfin conscience du risque que son déclin industriel fait prendre au pays. Le travail réalisé à Blois commence à faire des émules. Souhaitons qu’il fasse école.

Contact

Jacques de Rotalier a passé 30 ans dans la commercialisation, en Europe et aux USA, de la quasi-totalité des papiers impression-écriture. Il intervient maintenant comme journaliste dans des revues spécialisées de la chaîne graphique et comme consultant papier (perspectives stratégiques, achat, vente,...).

 
Nouvelle précédente Liste des nouvelles Nouvelle suivante
Nouvelle précédente Liste des nouvelles Nouvelle suivante
   Accueil | Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base   
 
Copyright © Cerig/Grenoble INP-Pagora
 
Mise en page : A. Pandolfi