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Révision : 16 septembre 2010
Reprendre son souffle et ses esprits
 
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L’été est terminé. Il n’a pas été aussi meurtrier que l’an dernier et les indicateurs de la filière graphique sont le plus souvent au vert. Ensuite, tout dépendra de l’évolution économique générale. Les experts sont divisés : la reprise se consolidera-t-elle ou restera-t-elle molle ? Les effets des plans de rigueur européens vont-ils affaiblir ou assainir l’économie ? Réponse dans les prochaines lettres. En attendant, essayons de prendre un peu de recul.

Jacques de Rotalier (Septembre 2010)

Pékin en tête

   
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  Jacques de Rotalier
Jacques de Rotalier
     

En matière de production de papier carton, en 2008, la Chine a devancé les États-Unis : avec 80 millions de tonnes produites, elle est devenu le premier producteur mondial de ce matériau. Le renversement est spectaculaire. En 1998, la production américaine s'élevait à 86 millions de tonnes et la production chinoise à 28 millions seulement !

C’est une concrétisation de ce que certains appellent le réveil chinois. Inventeurs du papier au premier siècle de notre ère, s'il est vrai qu'ils ont raté les premières étapes de l’industrialisation aux 19e et 20e siècles, les Chinois ont désormais en main bien des clés du 21e siècle.

Par ailleurs, ils annoncent leur volonté de supprimer la fabrication de 4,5 millions de tonnes de papier carton (soit 50 % de la production française) en provenance de leurs 4500 petites usines obsolètes et polluantes. Ce serait bien utile pour la planète !

En matière de consommation annuelle de papier carton par habitant, en 10 ans, les Américains sont passés de 336 à 235 kg tandis que les Chinois en sont à environ 60 kg.

En France, si la production est restée stable en 10 ans – 9,1 millions de tonnes en 1998 et 9,4 millions de tonnes en 2008 –, la consommation quant à elle baisse de 175 à 167 kg par personne et par an, avec un PIB en hausse de 15 à 20 %, environ.

Ces quelques chiffres m'incitent à affirmer une nouvelle fois que, dans les pays occidentaux, le papier carton est entré dans une ère de moindre gaspillage. Ce n’est pas encore la sobriété souhaitée par certains mais on y arrive peu à peu, avec en plus l’aide d’Internet !

Concernant les Chinois, leur consommation de papier carton ne devrait pas atteindre les chiffres occidentaux, compte tenu du développement des nouveaux médias. Leurs investissements devraient à terme servir la demande dans la région Asie-Pacifique. Donc, pas de raz-de-marée de papiers cartons chinois à redouter en Europe. En revanche, ils pèsent et pèseront sur :

    notre approvisionnement en vieux papiers, partiellement pompé par la demande chinoise, car il consomment et fabriquent beaucoup de papiers d’emballage à base de recyclés ;
  les marchés des papiers couchés avec et sans bois car l’essentiel des investissements sont faits dans ces types de papier.

Des restructurations indispensables…

Depuis le début des années 2000, les marchés des papiers cartons dans les pays riches sont en décrochage par rapport au PIB. Certains sont même en décroissance depuis 2005-2006. C’est particulièrement spectaculaire pour le journal atteint par l’effet journaux gratuits pour la valeur ajoutée et par l’effet Internet pour la diffusion.

En France, la baisse de diffusion sur les deux dernières années atteint voire dépasse les 20 %. Du coup, certains fournisseurs de papier ferment des usines – Maxau est la dernière en date – tandis que d’autres envisagent sérieusement de se rapprocher : c'est le cas de Norske Skog, Holmen et la division journal de Stora Enso.

Dans le secteur de l’emballage, qui se porte mieux que le secteur graphique, DS Smith Kaysersberg rachète Otor et renforce ainsi sérieusement ses positions en France. Le Groupe Gascogne vend sa filiale Cenpac spécialisée dans la distribution de fournitures et systèmes d’emballages aux entreprises, à Raja, l'un des leaders européens dans la même activité. International Paper a racheté les activités emballage de SCA en Asie et possède désormais 27 usines sur le continent asiatique, dont 21 en Chine !

Cette liste n’est pas exhaustive et l’année qui vient connaîtra de nouveaux mouvements.

Autre symbole des changements en cours : le site de Pont-Sainte-Maxence (Oise) ne quittera pas tout à fait le domaine du papier. En effet, Paprec Recyclage a été désigné par le Tribunal de Commerce de Compiègne pour reprendre l’ensemble immobilier de l’ancienne papeterie de Pont-Sainte-Maxence : un terrain de 22 hectares dont 45 000 mètres carrés couverts. Le leader français du recyclage du papier veut faire de ce site "la future vitrine des éco-industries en France en présentant en un même lieu tout le savoir-faire de Paprec Recyclage". La brillante histoire de cette société, âgée de 15 ans seulement, est l'illustration parfaite de la modernisation des métiers anciens qui acquièrent une nouvelle jeunesse !

Menaces sur la ressource

Cet été, une nouvelle étonnante a couru dans les médias : la forêt française, stabilisée à environ 15 millions d’hectares, ne croît plus pour la première fois depuis des décennies.

Rappelons que la forêt de l'Hexagone, la plus grande d’Europe continentale, est sous-exploitée : seuls 30 % du bois produit sont récoltés en raison du morcellement des propriétés. C'est pourquoi le poste forêt-bois est déficitaire de plus de 5 milliards d’euros.

La filière papetière est l’une des branches de la filière bois puisque sans fibres de bois, il n’y aurait pas de papier carton. D'ailleurs, le recyclage même n’existerait pas si, à la source, il n’y avait pas de fibres vierges.

La pression sur les surfaces de forêt cultivées risque de se renforcer. Le manque de rentabilité pourrait détourner les investisseurs vers d’autres usages de ces espaces forestiers : cultures, lotissements, autoroutes voire panneaux photovoltaïques. D'ailleurs, la question se pose déjà concrètement dans le Sud-Ouest : le rendement d’une ferme photovoltaïque est évalué à 2000 à 2500 euros l’hectare quasiment cash tandis que la sylviculture sur 30 à 50 ans rapporte péniblement une centaine d’euros... si tout va bien !

Le déséquilibre est trop flagrant pour ne pas être tentant. Il faut de toute urgence trouver des solutions afin de rémunérer les sylviculteurs pour les services rendus – énergie verte, capture carbone, loisirs,... – sous peine de connaître à l'avenir bien des problèmes alors que cette ressource présente les avantages d'être renouvelable et recyclable. La forêt devrait aussi être l’un des principaux gisements de matériaux nécessaires à la chimie verte.

Les pouvoirs publics auront-ils la vue suffisamment longue pour préserver cette ressource forestière et la préparer aux défis à venir ? Tel est l’enjeu des réunions et des colloques prévus entre les chercheurs et les acteurs industriels, économiques et politiques... des manifestations dont cette lettre vous tiendra informés, bien entendu.

Bonne reprise à tous…

Contact

Jacques de Rotalier a passé 30 ans dans la commercialisation, en Europe et aux USA, de la quasi-totalité des papiers impression-écriture. Il intervient maintenant comme journaliste dans des revues spécialisées de la chaîne graphique et comme consultant papier (perspectives stratégiques, achat, vente,...).

 
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