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Révision : 12 mai 2010
Une nouvelle décennie
 
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L’amélioration (relative) du climat des affaires permet de prendre un peu de recul par rapport à l’évolution de la filière graphique en France, en Europe et ailleurs…
On parle maintenant de signaux : en voici quelques uns…

Jacques de Rotalier (Mai 2010)

La mondialisation en marche

   
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  Jacques de Rotalier
Jacques de Rotalier
     

Quelques signes papetiers...

Le séisme survenu au Chili en février dernier, a stoppé momentanément plusieurs usines de pâtes à papier. L'impact sur un marché mondial en reprise a permis de prendre conscience du rôle accru de l’Amérique du Sud dans la chaîne papetière : le Brésil et le Chili produisent 18 millions de tonnes de pâte soit 10 % de la production mondiale.

Les zones de plantations de pins radiata et d'eucalyptus ne sont pas des régions de forêts tropicales. De plus, ce sont des territoires où les certifications FSC et PEFC se développent le plus : 10 millions d’hectares pour PEFC, par exemple.

L’Amérique du Sud vend moins d’un million de tonnes de pâte en Europe, l’essentiel de la production va plutôt en Asie. Toutefois, le marché étant mondial, les producteurs européens de papier qui ne fabriquent pas de pâte subissent les contrecoups de ce tremblement de terre.

Autre sujet concernant l’Amérique Latine...

Dans son arrêt du 20 avril 2010, la Cour Internationale de Justice met fin au différend opposant l'Argentine à l'Uruguay à propos de l’usine de pâte Botnia construite sur le fleuve Uruguay. Les Argentins contestent la construction de l’usine invoquant les risques de pollution. La Cour estime, à une très large majorité, que toutes les précautions juridiques et techniques ont été prises de manière sérieuse et donne raison à l’Uruguay. Du coup, les présidents des deux pays vont enfin se rencontrer pour évoquer plus sereinement l’avenir de cette unité ultra-moderne qui s’appuie sur des forêts certifiées et fournit également de l’électricité à plusieurs dizaines de milliers de foyers. Les médias se sont plus fait l'écho des disputes que du jugement. Cherchez l’erreur, une fois de plus !

La France ne produit que deux millions de tonnes de pâte avec pourtant la plus grande surface forestière d’Europe continentale. Cela a conduit une riche famille indonésienne, Wijaya, propriétaire d'Asia Pulp and Paper, l’un des plus récents et plus grands groupes papetiers, à acheter les deux usines de pâtes du groupe canadien Tembec installées à Saint-Gaudens et Tarascon (500 000 t au total). Tant mieux pour l’activité industrielle, pour l’emploi, pour les forestiers locaux qui s’inquiétaient à juste titre. Toutefois, les intentions du nouvel acheteur ne sont pas encore connues : il est probable que ces usines serviront à approvisionner des usines chinoises. Comme quoi la mondialisation n’est pas toujours à sens unique !

Maintenant que les forêts tropicales commencent à être sanctuarisées – c’est en cours au Brésil et cela démarre tout juste en Indonésie et au Gabon –, il est plus facile d'évaluer le rôle des forêts cultivées dans la production de bois de chauffage/énergie, de pâtes, de meubles et de matériaux de construction. Bien que le matériau bois soit renouvelable, parfois rapidement comme c'est le cas avec l’acacia et l’eucalyptus, des voix s'élèvent pour prédire une pénurie dont pourrait souffrir en premier l'industrie des pâtes qui est pourtant meilleure en termes de valeur ajoutée et de capture de carbone que l'utilisation du bois pour le chauffage et la production d'énergie.

Le recyclage apporte un complément voire une alternative utile mais là aussi les appétits asiatiques risquent de bouleverser la donne. La demande asiatique de produits récupérés destinés au recyclage représente désormais 20 % du gisement européen, un peu moins en France, soit 11%. Dans ce domaine, l’Europe a de sérieux atouts : de grands massifs forestiers bien gérés au nord comme au sud, un savoir-faire technologique de pointe qui inclut largement les préoccupations environnementales (énergie, recyclage), un appétit de culture et de démocratie encore fort. La prise de conscience de la filière est réelle : les actions sont entamées, il faut que ce travail débouche vite, car l’appétence asiatique et la frénésie "nouvelle technologiste" menacent le leadership européen.

De l’incantation à l’action !

Certains ont parlé d’échec de la Conférence de Copenhague (7-18 décembre 2009), je ne suis pas d’accord !

Un barnum médiatique planétaire ne peut qu’inciter à afficher des postures et, en l’état actuel des relations économiques mondiales, chacun est retourné chez lui faire face aux problèmes quotidiens. En attendant, les idées font tout de même leur chemin : les consommateurs deviennent plus attentifs, les industriels savent à quoi s’en tenir. Quoiqu’on dise, la voie est tracée, il n’y a pas d’autre choix que de faire attention aux ressources limitées de la planète.

Quelques exemples en vrac...

En 2009, la Chine a investi 35 milliards de dollars dans les énergies renouvelables. En Europe, Grande-Bretagne et Espagne, plus de 10 milliards. La France en est à 2 milliards (encore un effort, svp !).

Plus près de nous, les Ports de Paris ont l’intention de faire passer leur capacité de réception du fret fluvial à 6 terminaux à conteneurs en Ile-de-France d'ici 2012. L'objectif est de passer de 100 000 boîtes traitées aujourd'hui à 600 000 boîtes en 2020. Il y a d’ailleurs un papetier, UPM Chapelle Darblay, qui est déjà bien intégré dans ce circuit logistique vertueux.

Par ailleurs, les pouvoirs publics, qu'ils soient locaux (départements, régions) ou nationaux, ont su dépasser leurs divisions partisanes pour contribuer au démarrage d’une nouvelle papeterie, Vertaris, implantée sur l'ex-site de Matussière & Forest à Voreppe, près de Grenoble, afin de produire du papier recyclé.

Comme bien des secteurs, la filière papetière et graphique s’inscrit dans une logique de réduction de l'empreinte environnementale : les processus industriels intègrent désormais largement ce paramètre. Des papetiers participent aux appels d’offres biomasse du gouvernement et leur savoir-faire leur permet de mener les projets à terme bien mieux que d’autres industriels.

Désormais, nombre d’éditeurs analysent avec leurs fournisseurs, papetiers et imprimeurs, l’impact carbone de leurs magazines et de leur livres. C’est très complexe et cela ne parle guère au grand public. Toutefois, les chiffres obtenus vont créer des repères et cela permettra de demander aux fournisseurs comment ils comptent améliorer leurs scores. J’ai participé récemment à une soirée-débat de l’une des associations professionnelles graphiques : les questions posées par les différents acteurs de la filière sur l’ensemble du processus montrent non seulement une bonne connaissance des questions environnementales mais aussi une exigence grandissante qui va dans le bon sens.

Conclusion provisoire

L’Europe a subi un échec diplomatique réel à Copenhague car elle n’a pas su parler d’une voix unie assez forte. Pourtant, elle est plutôt en avance sur bien des sujets : gestion des forêts et réglementation Reach en sont des illustrations. La leçon vaut donc aussi pour la filière graphique européenne : elle doit continuer à travailler plus et mieux ensemble. C’est en cours, mais le rythme ne doit pas ralentir.

Contact

Jacques de Rotalier a passé 30 ans dans la commercialisation, en Europe et aux USA, de la quasi-totalité des papiers impression-écriture. Il intervient maintenant comme journaliste dans des revues spécialisées de la chaîne graphique et comme consultant papier (perspectives stratégiques, achat, vente,...).

 
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