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Révision : 12 juillet 2002

Le navigateur de Netscape sombre-t-il ?

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La part de marché mondiale du navigateur de Netscape est tombée en-dessous de 10 %, et la version 6 ne se substitue que lentement aux anciennes versions 4.x. La version 6 d'Internet Explorer, par contre, connaît un réel succès. L'analyse du fichier journal du serveur du CERIG confirme quantitativement ces informations. Malgré les qualités certaines de la version 6.2, l'avenir de Navigator parait de plus en plus incertain.

Par J.C. Sohm
(30 avril 2002)
 

Préambule

En savoir plus sur...

Lorsque nous développons un site web, nous essayons de satisfaire un public dont l'équipement est fort varié. C'est pourquoi les pages HTML créées au CERIG sont essayées dans le navigateur de Microsoft comme dans celui de Netscape, sur la plate-forme PC comme sur la plate-forme Apple. Quand nous avons vraiment le temps de pousser la conscience jusqu'au bout, nous utilisons aussi l'avant-dernière version des deux navigateurs. Dans le secteur des industries graphiques, le Mac et Netscape jouissent d'une flatteuse réputation, et il ne nous serait pas venu à l'esprit de négliger l'un ou l'autre, sous prétexte qu'ils sont moins utilisés que le PC et Internet Explorer.

C'est pourquoi nous avons été forts surpris d'apprendre tout récemment (sur le site de C/Net) que certains développeurs ne se souciaient plus guère de tester leurs pages dans le navigateur de Netscape, la part de marché de ce dernier étant descendue à 7 % (c'est à dire sous le seuil fatidique des 10 %). On rencontre maintenant des sites qui préviennent aimablement l'internaute du fait qu'un bon affichage de leurs pages requiert l'usage d'Internet Explorer. Le navigateur de Netscape est-il vraiment sur le point de disparaître ?
 

Un peu d'histoire

Le web est né vers 1990 des travaux de Tim Berners-Lee. Le premier navigateur digne de ce nom fut créé en 1992 par le NCSA (National Center for Supercomputing Applications), un département de l'Université de l'Illinois ; il s'appelait Mosaic. Le projet était dirigé par Marc Andreessen. Ses études à peine terminées, ce dernier se rendit dans la Silicon Valley, où il participa à la création de l'entreprise "Mosaic Communications". Le terme "Mosaic" étant la propriété du NCSA, l'entreprise fut rebaptisée Netscape.

Au milieu de l'année 95, le navigateur de Netscape régnait en maître, car il n'avait pas de concurrent sérieux. Sa part de marché n'a pas été mesurée avec précision à cette époque, mais tout le monde s'accorde à dire qu'elle dépassait 80 %. Ayant pris conscience de l'importance du web, Microsoft créa alors son propre navigateur (Internet Explorer), et la première version fut distribuée gratuitement avec Windows 95.

Dès 1996, la part de marché du navigateur de Netscape ne cessa de décroître, au rythme de 1 % par mois environ. Selon la justice américaine, Microsoft abusa de sa situation de monopole dans le domaine du système d'exploitation pour imposer son navigateur aux constructeurs de micro-ordinateurs. Mais il faut également souligner que, à partir de la version 4, Internet Explorer l'emporta sur le plan technique, et que cette avance ne s'est ensuite jamais démentie. De plus, Jim Clark, le patron de Netscape, commit quelques fautes stratégiques (mais quel chef d'entreprise n'en commet pas ?). En 1998, le code du navigateur fut rendu public, et des bénévoles participèrent désormais à son évolution. Mais cette procédure "open-source" ne porta pas les fruits attendus ; la version 5 du navigateur ne fut jamais publiée, et la version 6 fut -- à ses débuts -- très décevante.

L'analyse du déclin du navigateur de Netscape a fait couler beaucoup d'encre, et le lecteur intéressé pourra consulter à ce sujet un texte court, mais de bonne qualité. Notre opinion est que le moteur (c'est à dire le cœur du logiciel) de Navigator était très bogué (c'est à dire qu'il contenait beaucoup d'erreurs de programmation), en ce qui concerne l'affichage des tableaux plus particulièrement. Lorsque les tableaux invisibles commencèrent à être utilisés massivement dans la conception des pages web, ce défaut éclata au grand jour. La version 6 fut dotée d'un moteur entièrement nouveau, et de bien meilleure qualité, mais il était malheureusement un peu tard. Si les partisans du navigateur de Netscape s'étaient comportés en vrais professionnels, s'ils avaient honnêtement signalé les bogues du logiciel -- bref, s'ils avaient considéré la rivalité avec Microsoft sous un angle technique, au lieu d'en faire une guerre de religion et de diaboliser le concurrent -- la situation dudit navigateur serait sans doute bien meilleure aujourd'hui.

Au début de l'année 2000, la part mondiale de marché du navigateur de Netscape était de 18 %. Au milieu de l'année 2001, il était généralement admis qu'elle était descendue vers 12 %, mais qu'elle était stabilisée. Selon l'article de C/Net précité, qui rapporte des valeurs publiées par StatMarket, c'est l'apparition de la version 6 du navigateur de Microsoft (fin octobre 2001) qui a provoqué une nouvelle baisse de la part de marché de son concurrent. En effectuant une analyse critique des informations publiées sur le web, on arrive aux conclusions suivantes :

    la part de marché du navigateur de Netscape est effectivement devenue inférieure à 10 %, et elle continue à décroître ;
  le remplacement des versions 4.x par la version 6.2 s'effectue fort lentement ;
  la version 6 d'Internet Explorer, par contre, connaît un réel succès.

Faut-il faire confiance aux chiffres cités sur le web ? Comme le disait un humoriste : "il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les fichus mensonges et les statistiques". On trouve des valeurs qui paraissent dignes de foi et qui ne s'écartent guère de celles précitées (Browser News de C.A. Upsdell, The Counter, etc.), mais aussi des valeurs qui semblent très fantaisistes. Nous avons donc voulu nous faire une opinion par nous-mêmes, à partir du fichier journal du serveur principal de notre site web.
 

Méthodologie

Depuis le milieu de l'année 2001, le CERIG mesure l'audience (on dit aussi la fréquentation) de son serveur principal à l'aide de marqueurs -- des images transparentes d'un seul pixel, dont la durée de validité est déclarée nulle. Les requêtes relatives à ces images traduisent la part du trafic due aux internautes et aux aspirateurs de sites, à l'exclusion des robots et agents divers. Les forums et la base de données du CERIG se trouvant sur un serveur distinct du serveur principal, leur part d'audience (environ 10 % du total) échappe à cette mesure. 

Dans le fichier journal du serveur, le champ "User-Agent" permet d'identifier la plate-forme et le navigateur utilisés par l'internaute. Les enregistrements journaliers sont regroupés par semaine, et analysés à l'aide d'un SGBD (Access). On trouve dans le commerce de multiples logiciels d'analyse des fichiers log, mais nous ne leur faisons pas confiance.

On repère Internet Explorer à la présence des termes "Mozilla", "compatible" et "MSIE", pour toutes les versions postérieures à 3. Sauf erreur de notre part, la version 3 elle-même est signalée par la chaîne de caractères "Mozilla/3.01+(compatible;)" -- mais peu importe que nous nous trompions car les requêtes correspondantes sont très peu nombreuses. On repère le navigateur de Netscape en demandant "Mozilla" et en excluant "compatible". On repère la version 6 d'Internet Explorer grâce à la chaîne "MSIE+6", et la version 6 du navigateur de Netscape grâce à la chaîne "netscape6". L'examen visuel des résultats obtenus montre que ces procédures éliminent les aspirateurs de sites, à l'exclusion de ceux qui sont directement basés sur un navigateur.

On repère le navigateur Opera à la présence du terme lui-même. Opera est utilisé dans moins de 1 % des requêtes, et nous n'en tiendrons pas compte dans l'exposé des résultats.

Le navigateur d'AOL, qui n'est autre qu'Internet Explorer, est compté avec ce dernier. Les usagers d'AOL ne contribuent que pour quelques pourcents au trafic du site. Cela s'explique par le fait que le public du CERIG est principalement constitué de professionnels, alors que la clientèle d'AOL est principalement constituée de particuliers.
 

Résultats

La figure 1 (ci-dessous) représente l'audience hebdomadaire du CERIG (telle que définie ci-dessus) pour les 18 premières semaines de l'année 2002. Les fluctuations observées sont monnaie courante dans les études statistiques consacrées au web. On notera, par comparaison avec une étude de février 2000, que cette audience a été multipliée par un facteur voisin de quatre en deux ans.

CERIG audience     Navigator market share
Figure 1 - L'audience du CERIG Figure 2 - La part du navigateur de Netscape

La figure 2 (ci-dessus) représente la part du navigateur de Netscape dans les requêtes des internautes. On constate que cette part est effectivement passée sous la barre des 10 %, alors qu'elle était proche de 30 % lors des mesures que nous avons effectuées il y a deux ans. Une tendance à la baisse en fonction du temps apparaît sur la figure 2, bien qu'une période de 17 semaines soit un peu courte pour tirer une conclusion sûre. On notera que, dans le laps de temps considéré, la part moyenne du navigateur de Netscape s'élève à 7,7 % -- chiffre proche de celui cité par C/Net. 

La figure 3 (ci-dessous) représente la part de la version 6 dans les requêtes effectuées par les internautes via Internet Explorer. Sur les 17 premières semaines de l'année, la moyenne s'établit à 21 %. On voit de plus sur la figure 3, que la fraction des internautes utilisant IE6 est en augmentation assez rapide en fonction du temps.

Part IE6     Part NS6
Figure 3 - La part d'IE version 6 Figure 4 - La part de NS version 6

La figure 4 (ci-dessus) représente la part de la version 6 dans les requêtes effectuées par les internautes utilisant le navigateur de Netscape. Les fluctuations sont particulièrement importantes, parce que les comptages hebdomadaires sont faibles (quelques dizaines à quelques centaines de requêtes). De ce fait, il est difficile de tirer des conclusions valables. On notera que, sur les 17 premières semaines de l'année, la part moyenne de la version 6 s'établit à 9,9 %. Bien que disponible depuis plus longtemps que IE6, NS6 a visiblement moins de succès que son concurrent.

A des fins de comparaison, nous avons rassemblé dans le tableau ci-dessous un extrait des données mensuelles publiées par The Counter, une société de service spécialisée dans l'analyse de trafic. Comme on peut le constater, le volume des requêtes est incomparablement supérieur au nôtre. Néanmoins, les conclusions que l'ont peut tirer de ces chiffres ne sont pas très différentes.

  Janvier  2002 Février  2002 Mars  2002 Avril  2002
Total IE 461.666.239 445.231.360 366.075.861 367.428.808
Total NS 33.002.475 31.182.976 27.876.461 26.686.841
Part NS 6,67 % 6,54 % 7,08 % 6,77 %
IE6 115.189.588 129.724.397 120.105.758 130.460.539
IE6 / IE total 24,95 % 29,14 % 32,81 % 35,51 %
NS6 3.642.593 3.650.624 3.444.267 3.553.751
NS6 / NS total 11,04 % 11,71 % 12,36 % 13,32 %

 
Conclusion

Nous ne prétendons pas que les chiffres obtenus par le CERIG aient valeur de moyenne mondiale. Notre site est trop singulier pour cela : sa clientèle est francophone, principalement professionnelle, et orientée vers les industries graphiques. Néanmoins, les mesures d'audience effectuées sur le serveur principal du CERIG depuis le début de l'année confirment les résultats annoncés sur divers sites Internet : la part du navigateur de Netscape est maintenant inférieure à 10 %, sa version 6 connaît un succès mitigé, alors que la version 6 du navigateur de Microsoft se développe normalement -- on peut même dire rapidement.

Ceci dit, la part des internautes qui visitent notre site en utilisant le navigateur de Netscape est encore trop importante à nos yeux pour que nous ne tenions plus compte de leur équipement. Nous continuons donc, comme par le passé, à vérifier que les pages web que nous créons s'affichent correctement dans le navigateur de Netscape (sa version 4.7 plus particulièrement) -- même si cela nous crée à l'occasion des problèmes agaçants.
 

Épilogue

Le navigateur de Netscape est-il condamné à disparaître du marché ? La réponse à cette question dépend à la fois des qualités intrinsèques du produit, et de la politique de ceux qui président à son développement.

Si la version 6.0 de Navigator présentait quelques sérieux défauts de jeunesse, la version 6.2 apparaît maintenant comme un produit sérieux, capable de rivaliser avec la version 6 de son concurrent -- sauf sur le chapitre de la vitesse, même si les choses se sont bien améliorées sur ce point. Enfin, le moteur du navigateur est entièrement neuf, ce qui a permis d'éliminer la plupart des bugs.

Depuis que la société Netscape a été rachetée, le sort de Navigator est entre les mains d'AOL. Rappelons que ce fournisseur d'accès à Internet procure toujours à ses clients un navigateur qui n'est autre que IE habillé "maison". Bien que l'entreprise annonce de temps en temps qu'elle évalue les autres navigateurs du marché, elle ne parait pas pressée de changer de politique. En fait, elle ne semble soutenir Navigator que pour empêcher IE de rester seul sur le marché. Certes, une partie du développement de NS6 est assurée par des bénévoles, mais ceux-ci ne sont pas assez nombreux ; il est clair que Navigator ne soulève pas le même enthousiasme qu'Apache ou Linux. Dommage !

L'action en justice du gouvernement américain et de 18 états contre Microsoft peut-elle sauver Navigator ? Rien n'est moins sûr, même si les adversaires de l'éditeur obtiennent qu'une version dépouillée de Windows soit mise sur le marché. Les internautes ont pris l'habitude de bénéficier d'un navigateur gratuit, on les voit mal changer leur comportement. L'avenir du navigateur de Netscape parait donc bien incertain.
 

Complément

Le 24 juin dernier (2002), C/Net faisait état des dernières statistiques en provenance de OneStat, une société spécialisée dans l'analyse de trafic : désormais, Internet Explorer dépasse la barre des 95 %. L'arrivée de NS 7.0 en version d'évaluation au mois de mai dernier, et celle de Mozilla 1.0 au mois de juin, stabiliseraient cependant le déclin de Navigator. Le prochain abandon de IE par AOL, événement dont la rumeur court depuis plus d'un an, devient de plus en plus probable ; d'ailleurs Compuserve, filiale d'AOL, utilise désormais un navigateur à moteur Gecko. Le navigateur de Netscape aurait donc, in extremis, une chance de survivre. C'est une bonne nouvelle, car il ne serait pas sain que Microsoft devienne le maître absolu du marché des navigateurs.

Le navigateur Mozilla 1.0 est édité par l'association Mozilla, laquelle a créé le moteur Gecko ; on peut le télécharger sur son site. Sauf erreur de notre part, il n'existe pas encore de version en français, mais la version anglaise fait bon ménage avec la version française de Windows XP. Aux premiers essais, Mozilla 1.0 apparaît comme un navigateur agréable à utiliser, avec un fonctionnement très proche de celui de Netscape bien entendu.

 
 
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