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Télécoms : les données vont l'emporter sur la voix

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Jean-Claude Sohm
(24 juillet 1998)

 

Pour les opérateurs à longue distance, le trafic des données va bientôt rejoindre et dépasser celui de la voix -- du moins aux Etats-Unis, et dans les liaisons intercontinentales. Cela signifie que ces opérateurs sont de moins en moins des compagnies de téléphone, et de plus en plus des exploitants de réseau de transmission de données. En clair, leur métier est en train de changer.

Le téléphone existe depuis plus d'un siècle, et son principe de fonctionnement est toujours resté le même. Il repose sur la commutation de circuits : tant que les deux correspondants communiquent, un circuit (en fait, un canal à 64 kilobits/sec) leur est réservé. Ce sont des commutateurs, placés aux n oeuds du réseau, qui assurent l'attribution des circuits.

L'informatique n'existe que depuis un demi-siècle, et le transport des données numériques est encore plus récent. Ce transport peut être assuré comme s'il s'agissait de voix : c'est ce qui se produit quand on envoie un fax, ou quand deux ordinateurs communiquent via leurs modems respectifs. Cette façon de procéder est coûteuse, et peu efficace dans l'utilisation des lignes.

Pour véhiculer les données numériques, on recourt donc de plus en plus aux réseaux publics de transmission de données. Leur principe de fonctionnement repose sur la commutation de paquets : les paquets d'information qui circulent sur le réseau font la queue à chaque noeud, où un routeur les oriente dans la bonne direction. Il n'y a plus de circuit réservé, ce qui conduit à une utilisation plus efficace des lignes, et à un coût moindre.

La voix est une donnée isochrone, c'est à dire qu'elle est caractérisée par un certain débit. Si ce débit n'est pas respecté à l'arrivée (à quelques dizaines de milliseconde près), la voix devient incompréhensible. Sur les réseaux publics de transmission de données, les paquets arrivent à destination avec un retard variable, et parfois important : c'est pourquoi la voix ne peut pas être transportée de manière acceptable sur ces réseaux en l'état actuel de la technique.

Tant que le débit des données est resté inférieur à celui de la voix, les opérateurs à longue distance ont dormi sur leurs deux oreilles. Ils pensaient continuer ainsi longtemps, car si le trafic des données augmentait plus vite que celui de la voix, la différence à combler était considérable. Le développement phénoménal d'Internet a précipité le mouvement : sur les liaisons à travers l'Atlantique, le débit double tous les 4 mois environ ! Si ce rythme se maintient, le trafic de la voix ne représentera plus que 1% du total en 2003. Une estimation plus prudente ramène ce chiffre à 20 %.

Le fait que le trafic de la voix et celui des données soient sur le point de s'équilibrer oblige donc les compagnies de téléphone à se réveiller -- et à envisager sérieusement la réalisation d'un réseau unique véhiculant à la fois voix et données, et fonctionnant en commutation de paquet pour des raisons d'économie. La société Sprint a annoncé ses projets de manière spectaculaire le mois dernier à ce sujet . D'autres opérateurs (dont le premier mondial, AT&T) suivent plus ou moins la même voie. Le patron de Bell Atlantic disait récemment : "nous passons rapidement de l'état de réseau téléphonique transportant aussi des données à celui de réseau de transmission de données transportant aussi la voix". Ce qui montre que le phénomène atteint aussi les opérateurs locaux.

Le problème technique à résoudre consiste donc à faire transiter la voix avec une QoS (Quality of Service) acceptable sur les réseaux à commutation de paquets. Là, deux écoles s'affrontent. Les plus prudents font remarquer que le protocole ATM (Asynchronous Transfer Mode), qui utilise la commutation de cellules, répond à la question, a le mérite d'exister et d'avoir fait ses preuves -- même si le matériel correspondant est coûteux. Les plus hardis veulent réviser le protocole "IP over Sonet" (qu'utilise Internet) afin de le rendre plus apte au transport de la voix.

La voie IP est très à la mode, mais elle est semée d'embûches. Car Internet fonctionne non seulement en commutation de paquet, mais aussi en mode non connecté -- c'est à dire que tous les paquets relatifs au même ensemble d'information n'empruntent pas forcément le même chemin, et n'arrivent donc pas dans le même ordre. De plus le réseau Internet, victime de son succès, est très engorgé. On ne peut pas rêver pire pour le transport de la voix !

Une solution consiste à attribuer à chaque paquet un indicateur de priorité, de telle sorte que les paquets les plus pressés fassent le moins possible la queue devant les routeurs. Une autre consiste à introduire une bonne dose de commutation dans les routeurs, comme on le fait déjà dans les réseaux locaux. Les commutateur/routeurs ont un meilleur rapport performance/coût que les routeurs ou les commutateurs seuls, et la différence s'accroît rapidement avec le temps.

En pratique, le choix des opérateurs dépend de la taille de leur réseau, et de la vitesse à laquelle ils veulent le convertir. AT&T ou Sprint, qui ont de grands réseaux, et qui veulent aller vite, ont choisi ATM. Des opérateurs plus modestes, et moins pressés, peuvent courir le risque de choisir IP.

Et la France, dans tout cela ? Faisons les comptes : les Etats-Unis, qui sont cinq fois plus peuplés que nous, ont cinquante millions d'internautes réguliers ; nous en comptons 400.000. Les opérateurs américains à longue distance sont depuis longtemps en situation de concurrence ; chez nous, le monopole vient juste de s'éteindre légalement. Outre Atlantique, les compagnies de téléphone ont toujours été des sociétés privées ; en France, l'Etat détient 75% du capital de France Télécom (62% après la prochaine vente d'actions... si elle se fait !). L'opérateur historique se pose comme tout le monde la question "ATM ou IP ?", mais il a du temps pour y répondre. Attention, le premier qui parlera de "retard français" aura un zéro pointé. Ah mais !

 
 
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