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Sprint jette un pavé dans la mare des télécommunications

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Jean-Claude Sohm
(08 juin 1998)

 

Préambule

Dans le monde des télécommunications américaines, la société Sprint est le numéro trois des transporteurs à longue distance. Fondée il y a cent ans (1899), la société est connue pour la rapidité avec laquelle elle s'adapte aux nouvelles technologies. Entre 1984 et 1987, elle construit le premier réseau téléphonique national 100% numérique et 100% fibre de verre. En 1991, elle offre pour la première fois le protocole Frame Relay sur un réseau public national de transmission de données. Elle est également la première société américaine à avoir utilisé l'ATM. Elle est connue en France comme le partenaire de France Télécom (et de Deutsche Telekom) dans la compagnie internationale de télécommunications Global One (créée en 1994, devenue opérationnelle en 1996).

Dans une conférence de presse tenue mardi 2 juin à New York, le PDG de Sprint a annoncé des plans destinés à fournir à tous ses usagers (entreprises et particuliers) un service intégré (voix et données), au débit ajustable, et à la tarification modernisée. Ce projet pouvait être consulté sur le site Internet de Sprint, mais il a été retiré depuis.
 

Le projet ION

Le projet a été dévoilé sous l'acronyme ION (Integrated On-demand Network). Ses caractéristiques principales sont :

    l'intégration de toutes les données sur le même réseau, jusqu'au niveau de l'usager ;
  l'utilisation de technologies existantes, ou émergeantes, en téléphonie (SONET, ATM, et une variante éventuelle de DSL) ;
  le même service à large bande pour tous les usagers, entreprises et particuliers -- avec un débit automatiquement ajustable en fonction des besoins ;
  l'adoption d'une tarification de type réseau (selon la quantité d'information reçue) et non plus de type téléphone (au temps et à la distance).

L'intégration de toutes les données (isochrones ou non) sur le même réseau n'est pas une nouveauté : le RNIS la réalise depuis des années, les câblo-opérateurs commencent à l'offrir, les projets VoIP (Voice over IP, ou téléphonie sur Internet) y tendent, les procédés DSL la fourniront un jour. Mais les opérateurs doivent faire un choix entre la commutation de circuits (comme dans la téléphonie classique) et la commutation de paquets (comme sur les réseaux de transmission de données). Avec le protocole ATM (Asynchronous Transfer Mode), qui utilise la commutation de cellules, la société Sprint se positionne de façon intermédiaire.

Sur la longue distance, l'utilisation de câble en fibre de verre se généralise. Le nombre de câbles posés par les opérateurs ne cesse d'augmenter, et le progrès technique fait que le débit assuré par une seule fibre ne cesse de croître. Le problème des hauts débits se pose plutôt au niveau de la boucle locale. Sur une paire de fils de cuivre, le RNIS délivre 128 kbits/sec ; les procédés DSL devraient faire au moins dix fois mieux, mais ils ne sont pas encore vraiment au point, et leurs performances dépendent beaucoup de la distance de l'usager au central téléphonique le plus proche (les compagnies locales de téléphone font actuellement des efforts pour rapprocher le central de l'usager).

Il a toujours été dit qu'il était financièrement impossible de desservir l'usager grâce à une boucle locale en fibre de verre. En fait, tout dépend de la densité des dits usagers : dans les zones à forte densité de particuliers et/ou d'entreprises, les réseaux métropolitains à large bande (BMAN : Broadband Metropolitan Area Network) en fibre de verre se développent actuellement. Le record appartient à Singapour, où le raccordement de chaque entreprise et de chaque foyer avec de la fibre de verre est en cours.

Reste le problème des nombreux usagers qui n'habitent ou ne travaillent pas dans des zones à forte densité de population. Le projet ION de Sprint précise : " virtually unlimited bandwidth over a single existing telephone line". Plus loin : "For [those] who may not have access to BMANs, ION supports a myriad of the emerging broadband access services, such as DSL". Plus loin encore : "ION leap-frogs the bandwidth-only capabilities of DSL and cable modems". Il est tentant d'en déduire que la société Sprint a dans ses tiroirs, comme d'autres compagnies de téléphone, une nouvelle mouture de procédé DSL, qu'elle dévoilera en temps voulu.

La fourniture de bande passante à la demande n'est pas non plus une nouveauté : nombre de modems RNIS sont capables de coupler et découpler les canaux B en fonction des besoins. La société Sprint se propose sans doute de généraliser ce système. Ce faisant, elle tourne le dos au système des lignes louées, que les utilisateurs payent fort cher, et n'utilisent que rarement à pleine capacité. Ainsi, l'utilisateur du réseau ION verra la bande passante s'allouer en fonction de l'opération en cours :téléphonie sur une plusieurs voies, transfert de données, interrogation d'inetrnet, visioconférence, réception TV, ect.

Les réseaux téléphoniques facturent au temps et à la distance. Les réseaux de transmission de données facturent généralement à la quantité d'information transférée. Intégrer les deux réseaux oblige Sprint à faire un choix entre les deux systèmes de facturation : en préconisant la facturation de type réseau, la société fait sensation dans le monde de la téléphonie.
 

Le déroulement du projet

Le projet ION était à l'étude depuis 5 ans. Les premiers essais ont occupé l'année écoulée. La commercialisation commencera au cours du deuxième semestre de cette année, avec quelques grosses entreprises comme premiers clients. Le système ION sera ouvert aux autres entreprises au cours du premier semestre de l'année 1999, et aux particuliers au cours du deuxième semestre.

Sprint a dépensé deux milliards de dollars aux cours des années passées, pour agrandir et moderniser son réseau à longue distance. Maintenant, Sprint développe ses réseaux métropolitains dans les zones à forte densité d'entreprises. En 1999, soixante sites seront totalement équipés en fibre de verre, ce qui permettra à Sprint de desservir 70% des principales entreprises américaines.

Le projet ION est mené en partenariat avec trois entreprises :

    Cisco, numéro un du matériel pour les réseaux, fournira les principaux équipements ;
  Bellcore, consultant et spécialiste en logiciel pour les télécoms, fournira le soft ;
  Radio Shack, un succursaliste possédant 6.900 points de vente, vend déjà les services actuels de Sprint au grand public, et fera de même avec ceux fournis par ION.

La présence de Radio Shack dans le projet ("un magasin à 5 minutes de voiture de 94 % de la population US") montre que le réseau ION s'adresse au grand public, et pas seulement aux grands comptes.
 

Les réactions

Dans la presse spécialisée, les réactions sont très variables. Certains analystes sont féroces, accusant Sprint de promettre la lune et de faire du cinéma, pour cacher de mauvais résultats financiers (Global One fait des pertes). D'autres sont dubitatifs : pour atteindre l'ensemble des usagers américains, Sprint devra négocier avec les opérateurs locaux, ce qui laisse présager bien des difficultés. D'autres pensent que Sprint veut sérieusement résoudre le problème de la congestion des réseaux, Internet en particulier.

Ces réactions à chaud sont assez superficielles. Plus sérieusement, un ingénieur-conseil de DEC (le lien correspondant vers TechWeb est rompu) donne en partie la clé de la déclaration fracassante du PDG de sprint. Grâce à une technique baptisée "wavelength division multiplexing", la capacité de la fibre de verre ne cesse de croître. De quelques dizaines de milliers de communications téléphoniques par fibre à l'origine, on espère atteindre 8 millions l'an prochain, et 34 millions dans deux ans. Même si ces chiffres sont optimistes, il est clair que les opérateurs à longue distance n'ont pas besoin de poser beaucoup de nouveaux câbles pour accroître leur bande passante : il suffit souvent de modifier leurs équipements d'extrémité.

Le monde des télécommunications commence à sentir les effets de la libéralisation et de la concurrence. Les compagnies de téléphone risquent de perdre peu à peu leurs clients au profit d'Internet, du câble, et des constellations de satellites en orbite basse. Elles sont donc obligées de réagir, et ce faisant, de se positionner les unes par rapport aux autres. Après les déclarations de Deutsche Telekom au sujet de la téléphonie sur Internet, et le début des essais du concurrent numéro un (AT&T) transportant la voie sur son réseau IP, Sprint se devait de fixer sa position. Aux autres compagnies de téléphone, la société Sprint a fait savoir en fait qu'elle reprenait à son compte l'idée, revue et corrigée, de "RNIS à large bande" basé sur ATM. Par la même occasion, la société Cisco, déjà leader dans le domaine des matériels pour réseaux, a annoncé qu'elle se lançait aussi dans la construction de matériel téléphonique approprié.

Tout le monde s'attendait, bien sûr, à ce que la déclarartion de Sprint en entraine d'autres. Les choses n'ont pas trainé : le 8 juin, l'opérateur américain local Bell Atlantic a annoncé que sa filiale Bell Atlantic Global Network construirait en cinq ans un réaseau intégré voix + données, à commutation de paquets, coûtant 500 M$, dès que la FCC (Federal Communications Commission) lui en accorderait la licence.
 

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