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Le Network Computer : beaucoup de bruit, peu de machines

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Le Network Computer (NC en abrégé) est un dispositif intermédiaire entre le terminal classique et le micro-ordinateur (voir aussi la nouvelle "Réseaux : le NC toujours en vedette" diffusée le 12/06/97, et la nouvelle "Le NC est-il bon pour les imprimeurs ?" diffusée le 08/04/97). La carrière fulgurante qu'on lui avait promis à sa naissance n'est pas au rendez-vous.

Jean-Claude Sohm
(17 septembre 1998)
 

Un battage médiatique immodéré

Le NC est entré de manière remarquée dans le monde de l'informatique, le 4 septembre 1995, lorsque Larry Ellison (le patron d'Oracle) annonça au cours d'une conférence de presse que les micro-ordinateurs allaient disparaître au profit d'une nouvelle machine baptisée "Network Computer" (ce que l'on traduit parfois par "ordinateur en réseau", mais le terme n'a pas fait recette).

Le NC a fait l'objet, depuis 1996, d'un bourrage de crâne considérable, principalement orchestré par ceux que l'on a plaisamment appelés "la bande des quatre" : IBM, Netscape, Oracle et Sun. De bons esprits comme Larry Ellison  et des analystes comme ceux du Gartner Group, n'eurent pas peur de prédire que des millions de NC seraient en fonctionnement cette année. Selon un autre cabinet d'analyse (Zona Research), 2 millions de NC seraient acquis par les particuliers en 1997. Comme le mot "breakthrough" était usé par de nombreuses années d'utilisation, on inventa chez Sun une nouvelle expression pour le remplacer : "paradigm shift" -- un terme à vous couper le souffle ! Certains thuriféraires en rajoutèrent : le micro-ordinateur était fichu, il allait disparaître. La campagne en faveur du NC prit même des accents religieux, ce qui paraît quelque peu surprenant dans le domaine technique : "évangélistes" et "gourous" de tout poil remplirent les colonnes des journaux informatiques d'incitations à "avoir la foi" et à "croire" en l'avenir du NC. Cette petite machine devint l'arme absolue de tous ceux qui prêchaient la guerre sainte contre Microsoft... À plusieurs reprises, le bruit courut que la société Apple allait se lancer dans l'aventure et construire des NC, et aujourd'hui (juin 2001) certains sites entretiennent encore  la rumeur.
 

Le retour à la réalité

Mais dès le début de 1998 on fit les comptes, et tout le "hype" s'écroula : selon le cabinet d'analyse Dataquest, les ventes de NC en 1997 atteignirent seulement 144.040 unités. Selon l'acception plus ou moins large donnée au terme NC, les chiffres cités par diverses sources varient entre 140.000 et 300.000 NC installés mondialement, essentiellement en milieu professionnel. Comme on estime à 300 millions le nombre total de postes informatiques, le rôle du NC reste pour l'instant insignifiant. Ellison s'en est tiré avec une pirouette, disant que tout PC équipé d'un navigateur et raccordé à Internet était en fait un NC, ce qui en fait effectivement beaucoup... Pour l'année 1998, Dataquest avait prévu la vente de 483.000 NC mondialement, chiffre qui n'a pas été atteint. De plus, il faut s'entendre sur ce que l'on désigne effectivement par le terme NC.
 

Client léger et client lourd

L'architecture client-serveur s'est développée autour de deux sortes de poste de travail informatique : le terminal et le micro-ordinateur. Le terminal est un client "léger" (thin client) : il ne sert qu'à la saisie et à l'affichage des informations, dont le traitement s'effectue sur le serveur (appelé serveur d'applications). Le micro-ordinateur est un client "lourd" (fat client) : il effectue la saisie, l'affichage et le traitement des informations, et communique avec les périphériques ; le serveur ne gère que les imprimantes (serveur d'impression) et le stockage centralisé des données (serveur de fichiers).

Ces deux types de client sont plus complémentaires que concurrents. Pour les applications simples et répétitives, un terminal est plus facile à maintenir et moins onéreux. Pour les applications complexes et/ou créatives, le micro-ordinateur s'impose. Pour les cas intermédiaires, le choix dépend des compétences et des desiderata de l'utilisateur, des considérations économiques, et des préférences des décideurs.

Du point de vue technique, le NC est intermédiaire entre le terminal et le micro-ordinateur. Il possède un processeur et un système d'exploitation, ce qui lui permet de traiter localement l'information. Mais il n'a pas de disque dur, si bien que les programmes d'application doivent être déchargés depuis le serveur. Il ne possède ni connecteur permettant de rajouter des cartes d'extension, ni entrée-sortie permettant de brancher des périphériques, ni lecteur de disquette ou de CD-ROM. Du point de vue de l'utilisateur et de l'administrateur du réseau, le NC se comporte essentiellement comme un terminal. Le NC est un client léger.
 

La famille des clients légers s'agrandit

1 - Le NetPC.

Inquiets de la publicité faite autour du NC, les fabricants de PC imaginèrent une riposte, qu'ils baptisèrent NetPC. Cet appareil est intermédiaire entre le NC et le PC. On peut le définir comme un NC pourvu d'un disque dur (sur lequel résident les applications), ou comme un PC dépouillé de toutes ses entrées-sorties. Le NetPC est administré à distance : l'utilisateur ne peut pas modifier sa configuration. Que l'on se place du point de vue de l'administrateur du réseau, ou de l'utilisateur, le NetPC se comporte plus comme un terminal que comme un micro-ordinateur. C'est pourquoi on le considère plutôt comme un client léger, bien que tout le monde ne soit pas d'accord sur ce point.

Le NetPC se développe lentement, si bien que certains observateurs l'ont déclaré mort à plusieurs reprises -- en particulier lorsque la société IBM en a abandonné la commercialisation. Mais d'autres constructeurs de micro-ordinateurs (ex : Compaq) continuent à en proposer à leurs clients. Le NetPC souffre du fait que son principal avantage -- l'administration à distance -- s'applique également au PC si on le désire.

2 - Le terminal Windows.

Pendant longtemps, seuls Unix et certains OS propriétaires ont permis à un serveur de fonctionner en serveur d'applications. Windows NT Server ne permettait que la gestion des imprimantes et le partage des fichiers. Il y a deux ans, une petite société (Citrix) a créé un logiciel (WinFrame) permettant à un serveur fonctionnant sous Windows NT 3 de se comporter comme un serveur d'applications. Un simple terminal peut désormais accéder aux applications développées sous Windows ; on l'appelle pour cela un WBT (Windows Base Terminal). Citrix a récemment édité une nouvelle version de son logiciel (MetaFrame).

Après avoir acheté la licence du procédé Citrix, Microsoft a lancé le projet Hydra, qui s'est concrétisé il y a deux mois : désormais, le logiciel Terminal Server permet de transformer Windows NT 4 Server en logiciel de serveur d'applications.
 

Le NC redéfini

Ainsi, la famille des clients légers est devenue nombreuse. Elle comporte des terminaux fonctionnant sous des systèmes d'exploitation différents (Unix, Windows NT, et OS propriétaires), le NC utilisant des applets Java, et le NetPC. Face à un marché trop étroit et à des clients potentiels dubitatifs, les constructeurs réagirent en rassemblant plusieurs fonctionnalités dans un même dispositif --cette démarche étant d'autant plus facile à suivre, que les diverses variantes de client léger différaient plus par leur logiciel que par leur matériel.

Conçu à l'origine pour fonctionner uniquement avec des applets Java et un serveur tournant sous JavaOS, le NC est maintenant doté de la possibilité de servir aussi de terminal avec des serveurs d'applications tournant sous Unix et sous Windows -- Sun étant la dernière entreprise à se rallier à cette solution (http://www.techweb.com/se/directlink.cgi?INW19980323S0003 - lien rompu). Un fameux retournement de situation pour un dispositif initialement présenté comme destiné à s'affranchir du monde Wintel... Ce qui montre une fois de plus qu'en informatique, les utilisateurs tiennent très fort au respect de la compatibilité ascendante : pas question de jeter au feu les anciennes applications, sous prétexte qu'un nouveau dispositif arrive sur le marché !

Résultat : par NC, aujourd'hui, on entend un dispositif qui est à la fois un terminal Unix, un terminal Windows, et qui est "Java-enabled". Ainsi, le terme "client léger" ne regroupe plus que deux dispositifs : le NC et le NetPC.
 

L'avenir du client léger

On estime qu'il y a entre 15 et 25 millions de clients légers (essentiellement des terminaux traditionnels) en service dans le monde, soit 5 à 8 % des postes informatiques (le chiffre de 40 millions est parfois cité, mais paraît exagéré). Il est possible que la part du client léger s'accroisse à l'avenir (http://www.techweb.com/se/directlink.cgi?IWK19980309S0017 - lien rompu), parce qu'au cours de ces dernières années les fournisseurs ont poussé leurs clients à utiliser des micro-ordinateurs là où des terminaux auraient suffit.

Mais les gens sérieux n'osent plus faire de pronostics sur la rapidité avec laquelle le NC se répandra sur le marché. Ce dispositif manque de maturité, de normalisation, d'interopérabilité entre les versions des divers fournisseurs, et souffre d'une image dégradée par la propagande délirante qu'on lui a consacrée.

La menace -- réelle ou supposée -- que le NC a fait peser pendant deux bonnes années sur le monde Wintel a donné à penser à Microsoft et aux constructeurs de PC. Des solutions ont été mises sur le marché pour maintenir les PC à distance, le coût des machines a sérieusement baissé, et le nouveau mot d'ordre de Bill Gates à ses développeurs est désormais "simplicité". Le fait qu'un PC d'entrée de gamme ne soit pas plus cher qu'un NC a d'ailleurs une conséquence inattendue : certaines entreprises envisagent d'utiliser des PC comme clients légers pour certaines applications, avec l'avantage de pouvoir les réutiliser comme clients lourds pour d'autres .

L'avenir de l'ancienne version du NC -- telle qu'encore prônée par l'Open Group -- est lié au développement d'applications écrites en Java, ce qui demandera du temps. Il est également lié au perfectionnement de la JVM (Java Virtual Machine), dont le fonctionnement actuel est encore un peu lent. Il est normal qu'un système qui rompt complètement avec l'existant ait beaucoup de mal à s'imposer.
 

Les constructeurs de NC

Voici une liste -- que nous ne prétendons pas exhaustive -- de constructeurs de NC (mise à jour le 11 octobre 2000) :

ainsi qu'un article récent (7 juin 2000) sur la question.

Conclusion

Le client léger existe, il suscite beaucoup de curiosité de la part des utilisateurs potentiels, et son avenir paraît assuré. Il est probable que sa part du marché des postes informatiques ira croissant dans les années à venir. Mais la répartition de cette part entre le simple terminal, le NC nouvelle version, et le NetPC, paraît bien difficile à prévoir. Le client léger peut être considéré comme une bonne solution pour introduire l'informatique dans les sociétés qui n'en ont pas encore l'expérience.

Le micro-ordinateur se porte bien, merci ! Il s'est vendu 12 % de plus de ces petites machines au cours du dernier trimestre, que pendant la même période l'an passé. Si l'on exclut le marché asiatique (en crise), le chiffre précédent monte même à 16 %. La proportion de foyers américains possédant un micro-ordinateur dépasse maintenant 45 %. Et le iMac fait un malheur dans le grand public.

Les utilisateurs peuvent se réjouir. D'une part, la crainte du NC a fait évoluer le PC dans un sens favorable. D'autre part, la résistance du marché a rendu les fabricants de NC beaucoup plus réalistes. La loi du marché et la concurrence ont décidément du bon ! Ceci dit, le développement du client léger a fait évoluer le logiciel beaucoup plus que le matériel.

Les "visionnaires", bien sûr, sont toujours à la recherche de la "killer application" qui va remplacer le micro-ordinateur dans les prochaines années. Le "paradigm shift" commençant à faire ricaner, ils ont trouvé le nouveau truc qui va tuer le PC. Si vous voulez avoir l'air "in", cliquez vite ici. Ainsi, vous saurez tout sur le "Pervasive Computing".Comme vous pourrez le constater, ce nouveau paradigme nous vient tout droit d'IBM : il ne peut donc être que très sérieux.

 
 
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