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8 avril 1997

Le NC est-il bon pour les imprimeurs ?

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Jean-Claude Sohm
(8 avril 1997)
 

Le concept du "Network Computer" est né il y a un an au sein de la société Sun Microsystems, et Apple, IBM, Netscape et Oracle se rallièrent à ce concept. Sun produit des serveurs, des stations de travail, et du logiciel système. Cette société est connue comme la créatrice du langage Java, qui fait rapidement son chemin sur Internet. La société Sun a pour devise : " The network is the computer " ce qui peut se traduire par : "le réseau est la partie essentielle de tout système informatique". Ce point de vue est trop général pour être toujours vrai.

Aujourd'hui, la société Sun propose sur le marché un système informatique constitué des trois parties suivantes :

    un réseau à fort débit,
  des serveurs spécialisés (constituant un serveur distribué),
  des postes de travail appelés "network computers" (NC en abrégé).

Les divers systèmes informatiques que l'on trouve dans les entreprises varient par leur degré de centralisation, et le système proposé par Sun apparaît comme un cas intermédiaire. Il est décentralisé par rapport à un système basé sur un gros ordinateur, auquel sont raccordées de multiples consoles : la grosse machine centrale est remplacée ici par des serveurs répartis sur le réseau et les consoles par des NC. Il est centralisé par rapport à des systèmes constitués de micro-ordinateurs montés en réseau, parce qu'un NC ne peut pas fonctionner en mode autonome.

Le NC peut être vu soit comme un micro-ordinateur très dépouillé, soit comme une console un peu améliorée. Du micro-ordinateur il ne reste que l'unité centrale, la carte réseau, la carte graphique, le moniteur, le clavier et la souris -- le disque dur a disparu, ainsi que les possibilités d'extension (cartes et périphériques), et le système d'exploitation. Le NC est tout de même un peu plus qu'une console, car l'utilisateur - via le réseau - fait venir des serveurs le logiciel et les données dont il a besoin, les utilise localement, et renvoie le résultat de son travail aux serveurs. Sun envisage de décharger le logiciel sur les NC sous forme d'applets Java, d'où le nom de " Java Station " que l'on donne parfois au NC. Pour le moment, il n'existe pas de logiciel écrit en Java, hormis quelques applets utilisés sur Internet, et le SGBD d'Oracle. Des projets fleurissent un peu partout dans les entreprises de software, mais ils ne semblent pas concerner pour l'instant les logiciels utilisés par les imprimeurs.

L'argument principal des partisans du NC est d'ordre économique. Sun cite des études montrant qu'un poste de travail basé sur un micro-ordinateur revient à 10.000 $/an, contre la moitié environ pour un poste basé sur un NC. Une entreprise utilisant un millier de postes informatiques pourrait à terme économiser 5 M$/an : un tel chiffre ne laisse pas les gestionnaires indifférents !

Mais gardons la tête froide : en comparant le coût d'un produit qui fonctionne à des millions d'exemplaires à celui d'une nouveauté qui arrive tout juste sur le marché, on peut démontrer n'importe quoi. On ne pourra se livrer à des comparaisons valables que lorsque le parc de NC installés sera suffisant.

Quand il fonctionne bien, le micro-ordinateur est un remarquable outil de productivité : qui songerait aujourd'hui à taper un rapport sur une machine à écrire, ou à faire de la PAO sur un gros système ? Mais, quand il ne fonctionne pas bien, le micro-ordinateur se transforme en machine à perdre du temps. Et c'est ce temps perdu qui expliquerait pour l'essentiel le coût de 10.000 $/an, car les micro-ordinateurs sont peu onéreux à l'achat, et on arrive à les amortir sur deux à trois ans malgré le rythme frénétique du progrès technique.

Le micro-ordinateur a la réputation (méritée) d'être une machine fiable, et les pannes sont de nature essentiellement logicielle : un fichier qui refuse de s'ouvrir, une disquette qui ne veut pas se lire, une application qui ne veut pas s'exécuter, un logiciel système qui se plante, une machine qui démarre de travers... Le NC, disent ses partisans, sera exempt de tous ces maux, car le logiciel et les données résideront sur les serveurs, lesquels seront gérés de manière centralisée par des spécialistes. En d'autres termes, les micro-ordinateurs seraient devenus trop complexes, donc trop difficiles à manier pour une partie de leurs utilisateurs, ce qui n'est pas entièrement faux.

Le micro-ordinateur n'est pas un simple moulin à café - c'est un outil professionnel. Son usage requiert un apprentissage, et son bon fonctionnement nécessite de la maintenance logicielle. Il faut régulièrement purger, scanner, défragmenter et optimiser le disque dur : combien d'utilisateurs le savent réellement ? Et parmi ceux qui le savent, combien le font effectivement ? Il ne faut pas hésiter à réinstaller un logiciel qui ne fonctionne plus correctement, système d'exploitation compris le cas échéant. Ceux qui ont le courage, de temps en temps, de sauvegarder les données, de reformater le disque dur, et de tout réinstaller, savent à quel point ils redonnent à leur machine une nouvelle jeunesse : comme elle va vite tout d'un coup !

Schématiquement, il y a deux sortes d'utilisateurs. Les uns sont de "gentils robots", qui exécutent toujours la même tâche avec le même logiciel, qui craignent les mises à jour comme la peste, et qui se précipitent vers le service informatique chaque fois que leur machine a un octet de travers. Le NC, c'est sûr, est fait pour eux et pour le chef (du service informatique) qui poussera un ouf! de soulagement. Les autres utilisateurs exécutent des tâches variées, et prennent des initiatives ; ils n'ont pas peur de réactualiser leur logiciel, et ils connaissent bien leur machine. Pour ceux-là, le NC serait une calamité : plus de possibilité de modifier le logiciel, de lire un CD-ROM, de charger polices, icônes, images et utilitaires.

Il semble que les premiers clients du NC soient plutôt de grosses entreprises, dans lesquelles l'administration d'un parc étendu de micro-ordinateurs pose problème au service informatique, et où les tâches répétitives sont de règle sur de nombreux postes de travail. Dans les PME, dont les imprimeries font généralement parti, les utilisateurs d'informatique oeuvrent souvent en professionnels entraînés, et l'introduction du NC risque d'apparaître comme une régression.

Le NC, qui arrive juste sur le marché, n'obéit à aucun standard de fait. Les sociétés groupées autour de Sun vendent du "Network Computer", tel que décrit plus haut. Tektronix commercialise des "Net Stations", qui ne sont que des terminaux graphiques. Des constructeurs (Compaq, Dell, HP) groupés autour d'Intel et de Microsoft vont vendre des "Net PC", qui posséderont un disque dur et un système d'exploitation, et dont les spécifications seront publiées sous peu. D'autres sociétés, demain, proposeront du "Net Quelque chose". L'entreprise qui achète du NC aujourd'hui se livre, pieds et poings liés, à un constructeur unique, ou presque.

Et l'on sait que les sociétés d'informatique sont très fortes pour enfermer leur client et l'exploiter à fond. Dans le monde des micros, par contre, la concurrence règne : le client peut se défendre. D'autant que l'arrivée du NC fait peur aux constructeurs de micro-ordinateurs et que, comme dit le proverbe, la crainte est le début de la sagesse. Ces messieurs nous promettent donc des machines et du logiciel moins chers, plus simples à utiliser, et plus facile à maintenir. Nous verrons bien !

Le raisonnement que nous avons appliqué au marché professionnel peut s'étendre au marché domestique. A la maison, comme au travail, on trouve à la fois des fanatiques de micro-informatique, et des gens qui voudraient se servir d'un ordinateur comme d'une TV. Le clivage ne se fait pas en fonction du niveau de vie (aux États-Unis, un micro-ordinateur domestique ne coûte pas plus cher qu'une TV milieu de gamme), mais en fonction des mentalités.

Aujourd'hui, 40 % des foyers américains sont équipés d'un micro-ordinateur, mais ce chiffre ne devrait pas dépasser 50 % à l'avenir. La moitié de la population qui est censée être allergique au computer pourra se livrer aux joies de la "smart-TV", pour interroger Internet sans tomber dans les affres de la micro-informatique. Pour elle, le NC s'appelle TVID (TeleVision Internet Device) : il peut être extérieur au poste (Set-Top Box) ou incorporé au poste (Internet-ready TV Set). Ceci dit, les augures peuvent se tromper : n'avaient-ils pas prévu le succès du CD-I (2 % de pénétration dans les foyers) et nié celui du home computer (40 %) ?

En conclusion, restons prudents. Depuis le début des années 80, le micro-ordinateur joue un rôle moteur fantastique dans le domaine de l'informatique, et cette situation ne va pas disparaître comme par enchantement. Les fanatiques qui prédisent aujourd'hui la mort du micro-ordinateur dans les trois ans à venir sont sans doute les mêmes qui nous promettaient le bureau sans papier il y a quelques années. Le NC fera sans doute son chemin, mais il est bien difficile de dire aujourd'hui quelle part du marché il prendra. Pour les petites entreprises, rien ne presse.

 
 
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