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Vous êtes ici : Accueil > Technique > Mémoires > ePub, format ouvert et standardisé pour eBook Révision : 23 octobre 2014  
ePub, format ouvert et standardisé pour eBook
 
             Marie-Cécile CLARENS et Alexis MERLEY

Étudiants Licence professionnelle
Juin 2014
Révision et mise en ligne - Octobre 2014

Avertissement
Ce mémoire d'étudiants est une première approche du sujet traité dans un temps limité.
À ce titre, il ne peut être considéré comme une étude exhaustive comportant toutes les informations
et tous les acteurs concernés.

       
  Plan  
I - Introduction
II - Format ePub
III - Analyse économique
IV - Perspectives
V - Conclusion
VI - Bibliographie - Webographie
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I - Introduction

Plan

   
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            Liseuses      
  Figure 1 - Liseuses  

Le Larousse définit le livre numérique (ou eBook) comme la "version électronique d’un ouvrage, constituant un fichier téléchargeable et consultable sur [...] micro-ordinateur ou un autre support multimédia" c'est-à-dire liseuse [Figure 1], tablette ou encore smartphone.

Quand on parle de livre numérique, on s’imagine qu’un simple fichier Word ou Open Office ou txt, sera facile à afficher sur tous les eBooks comme Kindle ou autres plateformes numériques. En fait, ce n'est pas le cas : les livres numériques nécessitent un traitement approprié afin d'offrir une bonne qualité de lecture. Tout est question de format de fichier.

Le format txt, qui n'intègre aucune mise en page, n'est pas du tout adapté au eBook. En revanche, il existe plusieurs formats standards parmi lesquels se trouvent, entre autres, le PDF, l’ePub et le Kindle. Sur ordinateur, le format PDF a longtemps été privilégié, c'est un standard international. Toutefois, sur des écrans plus petits, le rendu n'est pas satisfaisant. Même si les liseuses acceptent ce format, ses caractéristiques (données encapsulées) n'offrent pas de flexibilité pour une bonne adaptation d'un livre électronique à la taille de l'écran. Le Kindle d'Amazon propose son propre format, AZW, lu uniquement par le support Kindle.

L'ePub (acronyme d'electronic publication), quant à lui, est un format dérivé de l'univers du Web où l'interopérabilité (possibilité de fonctionner sur différents systèmes) est un enjeu clé. Il intègre les langages d'Internet (HTML et CSS) et propose ainsi du texte qui s'adapte à la taille des écrans des liseuses, ordinateurs, tablettes et smartphones en modifiant la taille des caractères, la police et l'interlignage. Il se décline désormais en format simple (ePub 2) voire enrichi (ePub 3).

Le format ePub fait partie intégrante d'un nouveau marché, celui du livre numérique : quelles sont sa situation actuelle et ses perspectives d'évolution ?

II - Format ePub

Plan

II-1 - Format de publication électronique

II-1-1 - Supports et formats numériques en quelques dates

1976 Projet Gutenberg
1999 Open eBook : premier format numérique
2000 Mobipocket
2007 ePub 2 : format standard
Kindle 1re génération (USA)
2009 Kindle 2e génération
Kindle DX
NOOK Simple Touch
NOOK GlowLight
2010 iPad 1
Kindle 3e génération
FnacBook
2011 ePub 3
Kindle 4e génération
iPad 2
Kobo Touch
2012 iPad 3
Kindle Touch
iPad 4
Kindle Paperwhite
Kindle Fire
2013 Kindle Paperwhite 2
Ipad 5

Tableau 1 - Supports et formats numériques en quelques dates

II-1-2 - Qu'est-ce que l'ePub ?

C'est un format ouvert et standardisé pour la lecture numérique proposé par le consortium International Digital Publishing Forum (IDPF). Dès 2007, basé sur le format antérieur Open eBook (OEB), l’ePub 2 vise à favoriser l’interopérabilité (capacité de fonctionner sur divers systèmes), l’accessibilité (adaptabilité aux différents handicaps) et la pérennité du contenu d'un livre numérique. C'est un format dynamique avec une mise en page qui s’adapte automatiquement à la largeur d’un écran, quel que soit le matériel utilisé (liseuse, tablette, smartphone, ordinateur). Cette spécificité suscite cependant quelques problèmes comme la création de veuves et orphelines.

Face aux limites de l'ePub 2, l'IDPF définit en 2011 un format plus évolué, l’ePub 3 qui permet une mise en page hybride mélangeant du contenu ajustable au contenant (reflowable) et du contenu fixe (fixed layout). La fonctionnalité fixed layout empêche le redimensionnement du contenu en conservant la mise en page d’origine. Elle sert notamment à réaliser des livres numériques riches en illustrations comme, par exemple, des bandes dessinées.

L’ePub 3 offre plus de possibilités techniques aux livres numériques et donne aux éditeurs une plus grande liberté au niveau du design. Il permet d'intégrer des éléments multimédia (audio et vidéo), l'interactivité, la prise en charge de la mise en page fixe, des documents SMIL, MathML et autres standards du Web (HTML5, feuilles de style en cascade (CSS) ou Javascript), des langues non latines ou encore un sens de lecture vertical.

La dernière version est l’ePub 3.0.1.

Un livre au format ePub est composé de plusieurs dossiers et fichiers réunis dans un conteneur qui porte l’extension .epub. Un fichier .epub est un ficher compressé. Il est possible de remplacer l’extension .epub par .zip.

Il y a trois fichiers standard [Figure 2].

Ils contiennent des bases : chapitres (.html), fonts, images (.jpg, .png ou .svg) et feuilles de style (.css). Pour l'ePub 3, s’ajoutent les fichiers d'animation (.js), audio (.mpeg-4) et de synchronisation sons-images-vidéos (.smil).

                Structure du format ePub      
  Figure 2 - Structure du format ePub  
     

Les Tableaux 2, 3, 4 & 5 ci-dessous indiquent la compatibilité de différents formats électroniques avec les liseuses, tablettes, systèmes d'exploitation et logiciels.

                     
  Tableau 2 - Quel format pour quelle liseuse ?  
     
                     
  Tableau 3 - Quel format pour quelle tablette ?  
     
                     
  Tableau 4 - Quel format pour quel système d'exploitation ?  
     
                     
  Tableau 5 - Quel format pour quel logiciel ?  
     

II-2 - Matériels de lecture

Liseuses [Tableau 6]

                     
  Tableau 6 - Tableau comparatif des liseuses  
     

Tablettes [Figure 3] [Tableau 7]

                Tablettes      
  Figure 3 - Tablettes  
     
                Tableau comparatif des tablettes      
  Tableau 7 - Tableau comparatif des tablettes  
     

Quelques logiciels – Adobe Digital Editions, Kindle Previewer, FBReader ou encore Cool Reader – permettent la lecture de livres numériques sur ordinateur. Readium permet de lire le format ePub 3 le plus simple sur le navigateur Chrome.

iBooks Author est un logiciel développé par Apple afin de créer des livres numériques enrichis. Ces derniers ont le format .ibooks et ne peuvent être lus que sur des équipements Apple. iBooks Author fournit une collection de widgets pour ajouter des vidéos, sons, galeries d’images et autres contenus multimédia interactifs. Il permet également de voir à tout moment un aperçu du livre sur Mac ou iPad.

Basé sur le standard de l’OEB, le format propriétaire MOBI est utilisé par la liseuse Kindle : il ne peut être lu qu’avec des applications fournies par Amazon. À noter que le format .azw est identique au format .mobi à l’exception de la gestion des droits numériques.

Le format KF8 (aussi appelé .azw3) est un format d’ePub utilisant la gestion des droits numériques d’Amazon. Ce format remplace désormais le MOBI en intégrant de nouvelles fonctionnalités comme l’HTML5 ou le CSS3. Il s’agit en fait de l'ePub 3 version Kindle.

II-3 - Mesures techniques de protection

Il s'agit de la gestion des droits numériques ou digital rights management (DRM), dispositif de protection du contenu numérique servant à :

La protection est effectuée par un chiffrement concommittant de l’œuvre et de la machine au moment de l’achat.

Risque : si la société qui vend l’ePub disparaît, comment l’appareil se connectera-t-il au serveur pour s’identifier ? Les ePubs téléchargés deviendront-ils inaccessibles ?

La technique de DRM d’Apple, FairPlay, vise à empêcher que les fichiers achetés via l'iTunesStore ne soient lus sur plus de cinq supports. Cette restriction est caduque car iTunes autorise ou enlève à souhait la lecture sur les supports.

Adobe Content Server est dédié à la gestion des bibliothèques numériques. Le plus utilisé, l’ACS4, permet d’associer un fichier à une seule personne. Il s’agit d’une DRM standard souvent employée qui nécessite un compte sur le site d’Adobe et limite la lecture d’un livre à six appareils [Figure 4].

                Représentation de l'ACS4      
  Figure 4 - Représentation de l'ACS4  
     

Kepub protège les livres achetés sur Kobobooks. Kobo a développé un système de protection basé sur Adobe Digital Experience Protection Technology (ADEPT) qui fournit aux éditeurs la protection de copie tant dans les établissements de lecture publique que dans la vente au détail. Lors du téléchargement du livre, le fournisseur ajoute une base de données (SQlite) qui permet de gérer les livres venant de sa librairie.

Readium LCP (Lightweight Content Protection) est un sous-projet de Readium SDK (Software Development Kit).

Quelles sont les différence entre la technologie LCP (Leightweight Content Protection) et la technologie HCP (Heavyweight Content Protection) ?

La mise en œuvre de la DRM LCP est d'un coût inférieur à celle de la DRM HCP notamment concernant l’impact sur le client car cela affecte les appareils et les logiciels. En effet, la DRM HCP utilise beaucoup de mémoire, d'où une certaine lenteur d’exécution. De plus, il y a une interaction complexe entre le serveur et le client.

D'une utilisation transparente, la DRM LCP est plus simple pour l'usager final : nul besoin d’une connexion Internet pour la vérifier et ce, même si le distributeur vient à disparaître.

Les intrusions de la DRM LCP sont quasi-inexistantes. Il en existe trois sortes.

La spécifité de la DRM HCP est l'amélioration de la sécurité.

Des technologies sont absentes sur la DRM LCP.

La DRM LCP présente plusieurs avantages.

Les caractéristiques de la DRM HCP sont complexes et onéreuses à mettre en place. De plus, elles gênent la performance, introduisent des failles de sécurité et ne respectent pas la vie privée des utilisateurs. L’interopérabilité de la DRM est en conflit avec les distributeurs qui souhaitent "enfermer" l’utilisateur final. Plus la technologie avancera, plus la DRM sera compliquée. Les usagers finaux n'en seront que plus restreints.

D’un autre côté, le cryptage des fichiers PDF est largement adopté. Il est beaucoup moins controversé que la DRM HCP qui implique une authentification, l’activation de l’appareil et limite les utilisateurs. La DRM LCP quant à elle permet le partage de fichiers et donne implicitement plus de liberté aux utilisateurs.

II-4 - Adaptation de la chaîne de fabrication

Roman

Pour la littérature générale, le mieux est de partir d’une structuration XML d’après DTD (Definition of Type of Document) puis de faire une conversion en format ePpub.

Noir

Là aussi, il vaut mieux partir d’une structuration XML. L'index peut être extrait automatiquement. Les notes de bas de page ou de fin d’ouvrage sont traitées comme du texte à part. Une structuration facilite la mise en page et la représentation dans l’ePub.

Illustré – Sans enrichissements

La difficulté majeure est que la mise en page ne doit pas bouger d'où le choix de la fonctionnalité fixed layout du format ePub. Les livres illustrés sont généralement mis en page via la PAO (InDesign), enregistrés en fichiers PDF puis convertis en format ePub.

Illustré – Avec enrichissements

La mise en page doit être fixe. La création des enrichissements doit être prise en compte en termes de budget, de droits et de temps de réalisation : en effet, ils nécessitent souvent un développement à la main. Par ailleurs, ils ne sont pas acceptés sur tous les appareils : par exemple, les "tirettes" sont prises en charge par l’iPad mais pas par la Kobo Arc ou la Kindle. Il est important de prévoir à l’avance la réalisation d’un produit en version numérique car le prix du prestataire peut être réduit s’il a connaissance dès le début d’une double réalisation (papier et numérique). De plus, le processus de production est différent (choix d’un logiciel de PAO et d’une structuration différente).

Audio

Les spécificités concernant les livres audio sont peu nombreuses. En effet, il faut un fichier au format .mpeg‑4 par double page. S’il y a plusieurs types d’interactivité sonore, il faut dissocier chaque son par interactivité (ex : un fichier .mpeg‑4 par double page pour la narration principale et un fichier .mpeg‑4 pour le son qui se déclenche quand le lecteur tape sur l’écran).

Vidéo

Là aussi, il y a peu de particularités. Le format est mp4. Attention, le poids d’un fichier vidéo peut être très lourd. Par exemple, une vidéo de 1280x720 pixels (25 images/s) d’une durée de 20 secondes pèse 5,4Mo. Les formats les plus répandus sont 1280x720, 1024x768 et 768x576 pixels.

II-5 - Validation via EpubCheck

EpubCheck est une application dédiée à la validation des documents ePub. Elle utilise des contrôleurs qui examinent chaque partie du fichier ePub : l'OCFChecker valide la structure de OCF, l'OPFChecker valide le fichier OPF, etc.

Le premier fichier validé est le fichier ZIP. EpubCheck vérifie qu'il a une ZIP header (ligne de code spécifique au début du fichier), que le fichier MIME Type est au bon endroit avec le contenu approprié. Puis, le fichier ZIP est chargé comme un paquet. Si ce fichier est corrompu, la vérification échoue.

Analyse et validation des fichiers dans le paquet

Dans un document ePub, la plupart des fichiers sont basés sur XML (OPF, NCX, HTML, SVG). Chacun d'eux est vérifié et validé par rapport à des schémas qui définissent les structures de fichiers dans EpubCheck. En outre, des contrôles sont réalisés sur les caractéristiques non liées à la validité des fichiers XML individuels mais néanmoins nécessaires pour obtenir un document ePub valide.

Vérification de l’OCF

Les fichiers encryption.xml, container.xml, et signatures.xml, s’ils existent, sont vérifiés par rapport aux schémas respectifs. OCFChecker récupère également le fichier OPF.

Fichier OPF

Fichiers HTML

Fichiers DTBook

Fichier NCX

III - Analyse économique

Plan

Sur le marché global du livre, le format ePub 3 est intrinsèquement lié à l'évolution du marché de l'eBook.

III-1 - Chaîne du livre

L’irruption du livre numérique modifie les étapes de la chaîne du livre comme le montre la Figure 5 ci-dessous.

                Comparaison de la chaîne du livre pour l'édition papier et pour l'édition numérique      
  Figure 5 - Comparaison de la chaîne du livre
pour l'édition papier et pour l'édition numérique
[Culture Prospective]
 
     

Pour l'édition papier, la chaîne du livre implique que l’auteur ou l'éditeur est obligé de passer par l'intermédiaire d'un diffuseur ou distributeur qui envoie le produit au libraire qui se charge de le vendre aux consommateurs.

La chaîne du livre numérique peut comporter les mêmes étapes. Toutefois, un auteur ou un éditeur a la possibilité d'envoyer son livre au libraire, sans passer par un diffuseur ou une plateforme de distribution numérique (entrepôt numérique), voire de le vendre directement aux consommateurs, supprimant en plus l'étape du libraire.

L'impact économique de ce nouveau circuit peut être important puisque les réseaux de distribution habituels sont touchés. Désormais, les budgets sont répartis différemment. L’expansion du livre numérique peut défavoriser les libraires et les distributeurs et favoriser le développement de sociétés de programmation et d'entrepôts numériques.

Actuellement, en France, les deux chaînes de fabrication cohabitent aisément puisque, selon les statistiques publiées en 2013 par le Syndicat National de l’Édition, "le livre numérique représente 3,1% des ventes de livres". Néanmoins, les maisons d’édition essayent de ne pas rater le coche en développant des services dédiés aux livres numériques.

III-2 - Marché des matériels de lecture numérique

Indispensables pour lire les livres numériques, ces matériels jouent un rôle important sur le marché des formats numériques qui en dépendent. La vente de ces supports a progressé ces dernières années en France [Figure 7].

                Progression des ventes en France de matériels de lecture numérique      
  Figure 6 - Progression des ventes en France
de matériels de lecture numérique
[AFJV]
 
     
            Évolution des ventes de tablettes et de liseuses en France      
  Figure 7 - Évolution des ventes de tablettes et de liseuses en France
[Challenges]
 

La Figure 7 ci-contre met en évidence une croissance des ventes de tablettes bien plus forte que celle des liseuses en France.

D'après l'étude "Référence des Équipements Multimédias 4ème trimestre 2013" publiée en février 2014 par GFK/Médiamétrie, 7,9 millions de foyers français possèdent une tablette tactile, soit près de 3 foyers sur 10. Or, il s'agit du support le plus adéquat pour le développement de la lecture numérique. Toutefois, les possesseurs de tablettes ne l'utilisent pas forcément pour cela [Figure 8]. Cette étude permet surtout de définir le profil du public pouvant être touché par la publication de livres numériques.

                Utilisation des tablettes      
  Figure 8 - Utilisation des tablettes
[La Feuille]
 
     

Par ailleurs, selon le rapport de Strategy Analytics sur les ventes mondiales des tablettes pour le deuxième trimestre 2013, Apple ne domine plus le marché des tablettes face à la déferlante Android qui propose des produits moins onéreux et avec des écrans plus petits.

En 2013, selon le cabinet d’études International Data Corp (IDC), Android, le logiciel d'exploitation mobile de Google, atteint 48,8% des ventes alors que celles d'Apple iOS reculent de 51 à 46%. Créer des applications ou des ePubs sur iOS présente un certain avantage puisqu’il n’y a que très peu de modèles, tandis qu'avec Android, la prolifération des marques et des tablettes implique des inconvénients et un développement plus complexe.

En 2013, 350 000 liseuses ont été vendues en France (contre 6,2 millions de tablettes). Avec 56% des parts en 2013, Amazon domine le marché des liseuses grâce à une stratégie de prix avantageux qui a fonctionné dans les pays anglo-saxons et commence à porter ses fruit en France. Kobo (20%), Barnes & Noble (10%) et Sony (6%) se partagent le reste du marché.

III-3 - Marché du livre numérique en France

En 2012, le cabinet Xerfi publie l'étude "La distribution de livres face au numérique à l’horizon 2015 : Quelles stratégies pour évangéliser un marché à fort potentiel mais encore sous-exploité ?". Certes, en France, le marché du livre numérique peine à décoller avec 3% des ventes globales de livres (20% aux États-Unis, 15% au Royaume-Uni, 5% en Allemagne, 3% en Espagne). Selon ses analystes, "la réticence des Français à abandonner le livre papier, mais surtout une offre encore peu développée expliquent le net retard du marché hexagonal du livre numérique, comparé aux pays anglo-saxons. En France, les tablettes et liseuses ont été lancées tardivement (octobre 2011 pour la Kindle d'Amazon), le prix des e-books reste élevé et le catalogue encore restreint. Toutefois, le passage à un taux de TVA réduit pour le livre numérique en janvier, les prémices d'une baisse des prix chez les éditeurs et le succès des ventes de liseuses depuis les fêtes de fin d'année 2011 pourraient conduire à une vraie rupture en 2012". Ils prédisent une progression significative du livre numérique qui pourrait atteindre 6% du marché du livre en 2015.

Cet essor inquiète les acteurs de la chaîne du livre imprimé, de l’auteur au libraire. Ce passage du livre imprimé au livre numérique modifie les modes de distribution en supprimant certains intervenants de la chaîne traditionnelle du livre. "L’arrivée de nouveaux intermédiaires (pure players, vente directe par les éditeurs, Apple, Google, etc.) risque ainsi de court-circuiter de manière plus ou moins marquée certains acteurs traditionnels, à l’image des imprimeurs et des diffuseurs". Pour autant, la majorité des 'nouveaux acteurs' du livre numérique sont toujours à la recherche de modèles économiques pérennes.

La lente évolution du segment de la lecture numérique en France n'incite pas à l’optimisme quant au développement du format ePub, surtout en comparaison avec le dynamisme des marchés anglo-saxons notamment le marché britannique [Tableaux 8 & 9].

                     
  Tableau 8 - Marché du livre numérique en France
[Global eBook report]
 
     
                     
  Tableau 9 - Marché du livre numérique au Royaume-Uni
[Global eBook report]
 
     

Amazon, qui a façonné le marché numérique aux États-Unis et en Grande-Bretagne en cassant les prix, se montre tout aussi déterminé en France devant ses principaux concurrents, Apple, Fnac, Kobo et Google Livres.

Si l'offre de contenu numérique se développe du côté des maisons d'édition, sa consommation semble quant à elle marquée par une certaine réticence des lecteurs à payer les livres numériques, préférant le téléchargement gratuit et le piratage. En 2011, un rapport de l'institut GfK indique que 27% des e-books sont téléchargés de manière illégale et seuls 3% des interrogés sur un panel de 1000 internautes déclarent s'offrir des e-books payants quand 77% trouvent leur bonheur dans les bibliothèques numériques gratuites.

Comme le souligne, en octobre 2011, ParisTech Review dans son article "Quel modèle économique pour le livre numérique ?" : "Le baromètre numérique trimestriel REC (Référence E-Content), de l’Institut GfK, montre régulièrement que les Européens, comme les Américains, ne seraient prêts à payer que 6 ou 7 euros (9 à 10 dollars) pour la version numérique d’un roman standard, vendu une vingtaine d’euros en librairie. Or les éditeurs n’évoquent bien souvent qu’une baisse de 20 à 30%. Dans le cas français, il est vrai que la différence de TVA entre le numérique (19,6%) et le papier (5,5%) limite les marges de manœuvre. Mais les éditeurs justifient aussi leur prudence par le souci de ne pas déstabiliser le circuit des librairies dont ils restent dépendants et qui est fragile".

En 2012, le "Baromètre sur les usages du livre numérique", commandité par le Syndicat National de L’Édition (SNE), la Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit (Sofia) et de la Société des Gens de Lettres (SGDL), indique que 58% des lecteurs achètent leurs livres numériques et 41% optent pour le gratuit. 64% préfèrent le paiement à l’acte plutôt que le prêt, l’abonnement ou la location. En 2013, selon ce même baromètre, 55% achètent leurs livres numériques et 44% optent pour le gratuit. 63% préfèrent le paiement à l’acte plutôt que le prêt, l’abonnement ou la location. En 2014, 73% des lecteurs de livres numériques ont acquis une partie de ces livres gratuitement (domaine public), 57% ont acheté au moins une fois un livre numérique pour moins de 9 euros, 46% ont déjà acquis un livre numérique pour moins de 4 euros. Enfin, le paiement à l'acte reste leur moyen d'accès privilégié aux livres (65%) contre 20% favorable au prêt numérique, 7% se disent intéressés par un modèle d'abonnement et 4% par la location.

                     
  Vidéo 1 - Baromètre SOFIA/SNE/SGDL
sur les usages du livre numérique, 2014
[YouTube]
 
     

III-4 - Marché mondial du livre numérique

Les ventes de livres numériques sont appelées à progresser davantage dans les années à venir. En 2012, le marché mondial de l'ebook est de 859 millions $. Une étude publiée en 2014 par Research and Markets passe au crible le paysage du marché mondial du livre numérique et ses perspectives de croissance de 2013 à 2018 : selon les experts, le segment du livre numérique représente environ 11,9% du marché global de livres en 2013. Leurs projections indiquent que ce segment devrait atteindre 26,3% en 2018 au niveau mondial, avec un taux de croissance annuel de 19,81% sur la période 2013-2018.

Prenons deux exemples illustrant le développement du marché du livre numérique : le cas américain et le cas des pays émergents.

III-4-1 - Le cas des États-Unis : la révolution Kindle

Quelques modèles de liseuses sont apparus dès la fin des années 90 (Rocket eBook, SoftBook Reader, EveryBook Reader...) mais le basculement des États-Unis dans une nouvelle ère a lieu lors du lancement du Kindle par Amazon en novembre 2007. Vendue initialement à 399 $ pour un accès à 88 000 titres, la liseuse connaît un succès immédiat et le géant d'Internet développe une stratégie commerciale agressive : en 2010, le Kindle 2 passe de 259 à 189 $ puis le Kindle 3 est proposé à 139 $, avec un catalogue de plus de 700 000 titres. La guerre des prix avec les concurrents se poursuit : en 2011, le Kindle 4 est vendu 79 $. En 2014, Amazon représenterait 79% du marché au Royaume-Uni, 67% aux États-Unis, 43% en Allemagne et 40% en France.

                     
  Tableau 10 - Marché du livre numérique au États-Unis
[Global eBook report]
 
     

Représentant 20% du marché du livre, le eBook semble devenir un objet de consommation courante pour les lecteurs américains. Dès 2012, les revenus générés par la vente de livres numériques sont supérieurs à ceux générés par les ventes de livres imprimés. Les Américains ont été rapidement séduits par l'eBook et, depuis plusieurs années, ils demeurent les premiers utilisateurs de supports de lecture numérique.

Pour autant, cette révolution ne semble pas irrésistible. En 2013, les analystes observent que le marché du livre numérique, jusque là très dynamique aux États-Unis comme au Royaume-Uni, accuse un certain ralentissement. Outre-Atlantique, ce tassement s'explique notamment par la résistance du marché du livre imprimé qui connaît une nouvelle vigueur.

III-4-2 - Le cas des pays émergents : le livre numérique prend de l'ampleur

                     
  Tableau 11 - Marché du livre numérique en Chine
[Global eBook report]
 
     
                       
  Tableau 12 - Marché du livre numérique au Brésil
[Global eBook report]
 
     
                       
  Tableau 13 - Marché du livre numérique en Russie
[Global eBook report]
 
     

Contrairement aux pays développés traditionnellement attachés au livre papier et réticents face à l'arrivée de l'édition numérique, les pays en voie de développement sont demandeurs de livres, quelque soit leur format. Du côté des lecteurs, les livres imprimés sont coûteux et difficiles d'accès. Les livres numériques, moins onéreux et accessibles directement depuis un ordinateur ou un smartphone, peuvent quant à eux toucher une grande partie de la population. Du côté des éditeurs, souvent privés de moyens d'action en raison de lourdeurs administratives et financières, ils ne voient pas l'arrivée du numérique comme une menace mais plutôt comme une opportunité.

En Chine, l’industrie de l’édition numérique est en forte augmentation : de 42 milliards $ en 2012, une étude de Market Research estime qu'elle passera à plus de 56 milliards $ fin 2014, dopée par l'explosion des smartphones ces deux dernières années.

En Inde et au Brésil, en 2011, des études de marché révèlent que la lecture numérique est déjà plus une habitude qu'une alternative : 24% des Indiens et 18% des Brésiliens connectés ont déjà téléchargé un livre numérique.

En Russie, le marché du livre numérique est en forte augmentation depuis 2008 et représente 1% du marché global en 2014. L’offre des éditeurs est de 80 000 à 100 000 titres. Toutefois, le piratage y est un véritable fléau : en 2013, les contenus piratés sont estimés à 90 voire 95% des livres téléchargés.

En Afrique, des organisations tentent de démocratiser la lecture numérique afin notamment de remédier aux problèmes d'éducation. En 2011, le sud-africain Snapplify, en collaboration avec plusieurs éditeurs numériques, a lancé l'Academic eReader qui permet aux utilisateurs de prendre des notes, souligner ou faire des annotations sur des eBooks associés à leurs profils. Snapplify stocke ensuite les données et les modifications sur un serveur sécurisé : les usagers peuvent ainsi accéder librement à leurs eBooks. Une solution plébiscitée dans divers pays africains où les étudiants, n'ayant pas les moyens de posséder leur propre liseuse, partagent leurs supports de lecture.

III-5 - Fiscalité du livre numérique : une grande disparité

En France, le livre bénéficie du régime du prix unique. En effet, fixée depuis le 1er janvier 2012 à 7%, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) appliquée sur les livres numériques a été ramenée le 1er janvier 2013 au même taux réduit (5,5%) que les livres imprimés. Cette politique fiscale, motivée par le désir de favoriser le développement du secteur du livre numérique, a engagé la France – ainsi que le Luxembourg qui applique une TVA unique de 3% – dans un bras-de-fer avec la Commission Européenne qui exige l'application d'une TVA de 20%. En effet, l'Union Européenne distingue les deux supports, papier et numérique, en appliquant à l'un le taux réduit, et à l'autre le taux normal de TVA : elle considère le livre numérique comme un service et non comme un bien de première nécessité, seul susceptible de bénéficier d'une TVA à taux réduit. En 2014, l’Allemagne a affirmé son soutien à la France sur ses positions concernant la TVA réduite et sur la nécessité de faire changer la loi européenne. Il appartient aux hautes instances européennes de préparer une rénovation de la fiscalité sur ces points afin de l'harmoniser dans tous les états membres.

Le Tableau 14 ci-dessous illustre les grandes disparités concernant la fiscalité pratiquée sur les ventes de livres entre divers pays et également, entre l'édition papier et l'édition numérique.

France Luxembourg Finlande Royaume-Uni
Papier Numérique Papier Numérique Papier Numérique Papier Numérique
5,5% 5,5% 3% 3% 9% 23% 0% 20%
Allemagne Belgique Italie Islande
Papier Numérique Papier Numérique Papier Numérique Papier Numérique
7% 19% 6% 21% 4% 21% 7% 25,5%
USA Chine Russie Brésil
Papier Numérique Papier Numérique Papier Numérique Papier Numérique
5-7,5% 1-10% 13% ? 10% 20% 0% 0%
Japon Norvège Suède Afrique du Sud
Papier Numérique Papier Numérique Papier Numérique Papier Numérique
5% 5% 0% 25% 6% 25% 14% ?

Tableau 14 - Différents taux de taxe selon les pays et les supports de livre

III-6 - Piratage, une question complexe

Comme d'autres œuvres numériques - films, musiques - le livre n'échappe pas au piratage. Ce dernier consiste en la copie d’un livre numérique ou papier qui sort du cadre privé du lecteur. La copie devient illégale car elle constitue une violation du droit d’auteur. Sa diffusion, généralement gratuite sur Internet, ou toutes autres formes d’échange sont assimilées au délit de contrefaçon.

Selon le SNE, 14% des lecteurs de livres numériques admettent avoir téléchargé des œuvres piratées en 2013 et 13% en 2014. Les raisons invoquées sont l'indisponibilité des titres en offre légale (53%), l'offre légale trop chère (37%) et l’offre illégale jugée globalement plus facilement accessible (35%).

En 2012, le MOTif, Observatoire du livre et de l'écrit d'Ile-de-France, publie pour la 3e année consécutive son étude EbookZ sur l’offre pirate disponible sur les réseaux. En 2009, elle dénombrait entre 4000 et 6000 titres différents (EbookZ1), en 2011, entre 8000 et 10 000 (EbookZ2) et, en 2012, entre 11 000 et 14 000 (EbookZ3). Cette étude n’est pas restreinte aux seuls titres disponibles en offre numérique légale : elle concerne l’ensemble des textes piratés qu’ils proviennent du scannage de livres imprimés ou du cracking ("craquage") de livres numériques. Cette troisième édition indique que le piratage représente 2% de l’offre légale et concerne essentiellement les livres pratiques et les essais grand public, suivi d’anciens best sellers de la SF/fantastique et du polar [Tableau 15].

                     
  Tableau 15 - Proportion de titres piratés par rapport à l'offre légale
[Le MOTif]
 
     

"Le développement des usages de lecture numérique (avec celui des liseuses et tablettes) crée une demande. Les principaux "fonds de catalogue" étant désormais piratés, les titres nouvellement mis à disposition sur les circuits de diffusion illégaux sont des ouvrages plutôt récents, de fait encore disponibles à la vente. Sans surprise, le piratage s’accroît, relativement mais sûrement". Toutefois, selon le MOTif, la solution est entre les mains des éditeurs : "Aujourd’hui, l’on s’accorde à penser que c’est à l’offre légale de se présenter comme la meilleure rivale du piratage (par un développement en quantité comme en "attractivité" – prix, qualité, facilité d’accès, interopérabilité, services associés, etc.). Cependant, nous nous trouvons encore dans la situation de transition que nous évoquions l’an passé : alors que l’offre légale se développe, l’offre pirate ne décroît pas".

III-7 - Coût de production d'un livre numérique

Dans une étude publiée en 2010, le MOTif a établi le Tableau 16 ci-dessous donnant les coûts de production de diverses catégories de livres numériques simples ou enrichis (en tenant compte d'une TVA encore à 19,6%).

                     
  Tableau 16 - Coûts de production par catégorie de livre numérique
[Le MOTif]
 
     

Cette étude établit également une comparaison de la répartition de la rémunération des acteurs de la chaîne du livre pour la version papier et pour la version numérique [Figures 9 & 10]

                Répartition de la rémunération des acteurs de la chaîne du livre papier et du livre numérique      
  Figures 9 & 10 - Répartition de la rémunération des acteurs
de la chaîne du livre papier et du livre numérique
[Le MOTif]
 
     

L'étude du MOTif conclut : "Les coûts des livres numériques sont relativement faibles, surtout pour des nouveautés qui s’intègrent maintenant dans la chaîne de production des éditeurs (coûts amortis entre 50 et 500 exemplaires pour des nouveautés, 200 à 800 exemplaires pour des livres à numériser, sans contenu multimédia). On peut faire des livres numériques en espérant des gains rapides notamment sur les nouveautés, c’est le message qui ressort de l’ensemble de l’étude. À condition, selon certains, de proposer des prix dits attractifs — des éditeurs l’ont déjà compris, notamment dans le domaine de la bande dessinée — et aussi de proposer des ebooks faciles d’utilisation, convenablement édités et interopérables".

IV - Perspectives

Plan

IV-1 - Analyse concurrentielle (diagramme de Porter)

                Analyse concurrentielle du marché du livre numérique       
  Cliquer sur l'image pour l'agrandir
Figure 11 - Analyse concurrentielle du format ePub 3 sur le marché du livre numérique
 
     

En résumé, le format ePub 3 et la tablette iPad (Apple) font figures de nouveaux entrants sur le marché du livre numérique et ont de bons arguments pour se développer. En effet, l’ePub est un format libre développé par un consortium regroupant différents acteurs majeurs du secteur de l’informatique et le standard de ce codage est basé sur le langage des pages Web. Cependant, la bataille des formats fait rage entre les grands géants du numérique – avec d'une part, Amazon et sa plateforme Kindle qui n'accepte pas l'ePub et, d'autre part, Apple avec son format iBooks et les iPads capables d'accepter l'ePub – afin de contrôler la chaîne de vente et d'enfermer les clients dans une architecture maîtrisée.

IV-2 - Diagnostic stratégique (matrice SWOT)

Forces Faiblesses
  • Ajout d’annotations.
  • Un seul format standard.
  • Format enrichi (multimédia).
  • Format le plus évolué à l’heure actuelle.
  • Stockage et archivage facile.
  • Pas de consommation de papier.
  • Format ePub 3 lisible uniquement sur iPad.
  • Coût de la mise en place de la norme.
  • Liseuses à durée de vie limitée.
  • Vol de tablettes, batteries à recharger.
  • Téléchargements illégaux en augmentation.
  • Stockage sur serveurs : consommation importante d’électricité et de bande passante réseaux.
Opportunités Menaces
  • Recherche et développement.
  • Mise à jour du standard et du format.
  • Prix unitaire du livre numérique non dépendant du nombre d’exemplaires, contrairement au prix unitaire du livre papier.
  • Lobbying écologique des acteurs du numérique.
  • Vente de livres numériques en croissance, vente de livres papier constante.
  • Exemple américain de développement numérique.
  • Baisse de ventes des tablettes et liseuses.
  • Hausse de la TVA.
  • Trop de formats.
  • Culture de la lecture difficile à faire évoluer dans certaines régions du monde.

Tableau 17 - Analyse stratégique du marché du livre numérique

IV-3 - Scénarios

IV-3-1 - Scénario 1 - Dans 3 ans, grâce à une intégration plus large du ePub 3, les ventes de livres numériques dépassent les ventes de livres imprimés

Hypothèses

Avec le développement des supports de lecture par les géants du secteur (Apple, Amazon, Kobo), les maisons d’édition investissent dans de nouveaux services, tels que le développement de widgets. Désormais, de nombreux fabricants s'orientent vers le numérique. 95% des livres sont produits en versions papier et numérique. Les lecteurs sont séduits par l’enrichissement apporté par rapport aux livres traditionnels.

Les ventes de livres numériques s’envolent (+20 % en 2015, +35% en 2016 par rapport à 2013) et celles des livres papier s’effondrent (-35% en 2015, -50% en 2016 par rapport à 2013). Le prix du livre numérique s’accorde avec les estimations des lecteurs, soit entre 4,99 et 9,99 euros suivant la popularité de l’auteur, le nombre de signes et la période de mise en vente.

Kobo et Amazon restent leaders en matière de vente de liseuses et de livres dans les librairies en ligne. Attiré par cet essor, Samsung développe des appareils capables de lire le format ePub 3. Or, Apple, leader de la lecture de ce format sur tablette et smartphone, engage un procès pour plagiat des lignes de code. Après des mois de litiges, les supports de lecture numérique de Samsung comme d'Apple peuvent lire le format ePub 3. Toutefois, Samsung, désireux de se démarquer de son concurrent, développe une technologie permettant aux personnes handicapées de lire voire écouter des livres numériques. Ainsi, une personne aveugle peut écouter une lecture de l'ouvrage sur sa tablette ou son smartphone. De même, une personne malvoyante peut lire son livre aisément avec une mise en page qui s’adapte aux paramètres de son handicap visuel préalablement indiqués.

En 2017, le livre numérique représente 65% des ventes sur le marché global du livre.

Probabilité de réalisation du scénario : 10%

IV-3-2 - Scénario 2 - Dans 3 ans, les ventes de livres numériques s’effondrent

Hypothèses

En dépit du développement des supports de lecture par les géants du secteur (Apple, Amazon, Kobo), les maisons d’édition sont hermétiques à l’arrivée du numérique : elles y voient une perte de parts de marché pour les livres papier et tentent de tuer dans l'œuf ce nouveau concurrent. Seul Apple et quelques (très rares) éditeurs osent affronter la perte assurée de bénéfices. Le marché n’étant pas couvert de références, les ventes tendent à s’effondrer faute de titres disponibles en librairie numérique (-20 % en 2015, -35% en 2016 par rapport à 2013) et ce, malgré des chiffres de vente élevés de smartphones et de tablettes (+35% en 2015, +25% en 2016 par rapport à 2013). Les ventes de livres papier quant à elles restent stables (-1,5% en 2015, +0,5% en 2016 par rapport à 2013).

En raison de cette défaillance de l'offre de livres numériques, Kobo et Amazon ne vendent et ne développent plus de liseuses (-28% en 2015, -36% en 2016, -61% en 2017). Apple, faute de se renouveler, voit les ventes de ses tablettes et smartphones chuter (-55% en 2017).

Les livres numériques ne se vendent pas par manque de supports capables de lire cette technologie. En 2017, l’industrie du livre numérique ne vit plus que sur ce qui a été initialement créé. Privé de développements innovants, le marché s’autodétruit.

Probabilité de réalisation du scénario : 70%

IV-3-3 - Scénario 3 - Dans 3 ans, les éditions papier et numérique coexistent sur le marché du livre

Hypothèses

Apple, Amazon et Kobo, portés par l’engouement des Français pour les liseuses et les livres numériques, poursuivent les perfectionnements technologiques en développant notamment l'accessibilité pour les personnes handicapées. De son côté, Samsung intègre la lecture du format ePub 3 à ses tablettes et smartphones renforçant ainsi les ventes de livres numériques.

Les éditeurs, quant à eux, voient dans le numérique l'opportunité de conquérir une nouvelle part de marché permettant de pallier la baisse des ventes de livres papier. Ils créent de nouveaux départements dédiés à l'édition de livres numériques de qualité à moindre coût. Désormais, 95% des livres sont publiés en versions papier et numérique. L'édition numérique s'impose comme une valeur ajoutée qui attire de nouveaux lecteurs, jusque là peu enclins à lire sur papier.

Les ventes de livres numériques sont de 35% en 2015 et 38% en 2016. Les lecteurs traditionnels continuent d’acheter des livres imprimés mais aussi la version numérique pour bénéficier du "plus produit". Les ventes de livres papier sont stables : 65% en 2015 et 62% en 2016. En 2017, elles sont de 64% pour le livre papier et 36% pour le livre numérique. Les deux catégories de livre parviennent à une solution de coexistence sur le marché global du livre

Probabilité de réalisation du scénario : 45%

V - Conclusion

Plan

L'ePub 3 représente une véritable révolution pour le lecteur de livres numériques. Grâce à ce format, il dispose d'une version du livre adaptée à son support (interopérabilité) et bénéficie d'un confort de lecture remarquable. Il peut également interagir avec l'ouvrage et accéder à des contenus multimédia. Cependant, comme ce format n'est accessible aujourd'hui qu'aux utilisateurs de iPad (Apple), son utilisation reste limitée. Dans ce contexte d'évolution, quelle sera la stratégie des maisons d'édition vis-à-vis du livre numérique en général et de l'apport de ce nouveau format en particulier ?

Si, dans certains pays comme les États-Unis et le Royaume Uni, le livre numérique a progressé de façon significative, en France, les ventes ne décollent pas. Outre les problèmes de téléchargements illégaux et de mesures de protection qui en résultent, il convient de réfléchir à une question de fond à savoir le respect de la liberté et de la vie privée des lecteurs. Les plateformes donnant accès aux eBooks réalisent des statistiques commerciales en collectant, à leur insu, des données personnelles comme leurs choix et comportements de lecture. Sans réel cadre juridique, cette surveillance constitue un véritable risque pour le développement du livre numérique.

Le livre papier n'a peut-être pas encore dit son dernier mot !

VI - Bibliographie - Webographie

Plan

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