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Vous êtes ici : Accueil > Technique > Mémoires > Bande dessinée, de l'impression numérique à la réalité augmentée Révision : 2 septembre 2013  
Bande dessinée, de l'impression numérique à la réalité augmentée
 
             Marine BEAUFILS et Pauline PRIVAT

Élèves ingénieurs 2e année
Avril 2013
Mise en ligne - Septembre 2013

Avertissement
Ce mémoire d'étudiants est une première approche du sujet traité dans un temps limité.
À ce titre, il ne peut être considéré comme une étude exhaustive comportant toutes les informations
et tous les acteurs concernés.

       
  Plan  
I - Introduction
II - Impression offset ou numérique
et émergence de la réalité augmentée
III - Analyse économique
IV - Perspectives
V - Conclusion
VI - Bibliographie - Webographie
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I - Introduction

Plan

   
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  Figure 1 - Bande dessinée
[Wikipédia]
 

Apparue au XIXe siècle, la bande dessinée, considérée comme le 9e Art, peut être définie comme une succession d'images dessinées dans lesquelles sont insérés des textes et organisées pour raconter une histoire [Figure 1]. Elle est publiée sur divers supports : presse générale, magazines spécialisés ou albums.

Comme le souligne le Rapport d'activité 2012-2013 du Syndicat national de l'édition : "Bien qu’affectée par le contexte général économique difficile, la bande dessinée semble plutôt mieux résister à la crise que l’ensemble du marché du livre". En effet, avec un chiffre d'affaires de 245,6 millions d'euros, soit 9,3% des ventes de livres, ce segment du monde éditorial a progressé de 1% en valeur et de 0,9% en volume. Avec 5 565 titres publiés en 2012 contre 5327 en 2011, sa production a augmenté de 4,47%.

Ce secteur tonique sait trouver de nouveaux relais de croissance : "Les récentes et nombreuses adaptations de bandes dessinées à l’écran, de séries télévisées en bandes dessinés ou de classiques de littérature générale en bandes dessinées attestent de la capacité du secteur à se développer sur de nombreux et nouveaux segments".

De même, le SNE constate : "Le développement d’applications en direction de nouveaux supports numériques souligne [sa] volonté d’anticiper et de s’adapter aux révolutions technologiques en cours".

Dans ce contexte et compte tenu des récents progrès des procédés d’impression, notamment numériques, il est possible d’entrevoir des perspectives d’évolution permettant de conserver la dynamique de ce marché. D’autres valeurs ajoutées, telles que la personnalisation ou la réalité augmentée, représentent des enjeux intéressants pour ce type de produit.

II - Impression offset ou numérique et émergence de la réalité augmentée

Plan

Travail complexe autrefois confié à un coloriste, la reproduction de la couleur dessinée est désormais échue aux imprimeurs grâce à l'amélioration des techniques d'impression offset et numérique.

Le processus de fabrication d'une bande dessinée est le même que celui du livre. Pourtant, elle se distingue de ce dernier par la singularité de ses contenus : plus d’images et moins de textes. Le prépresse nécessite une grande rigueur et un traitement plus exigeant des fichiers, notamment pour valider les choix colorimétriques et typographiques de façon à restituer une version imprimée de la bande dessinée fidèle aux effets voulus par l’auteur. Un détail peut changer une ambiance. C’est pourquoi l’impression d’une BD demande une vigilance de chaque instant. La perfection doit être dans chaque page.

Du côté des procédés, avec sa capacité à imprimer des grandes séries avec des rendus d’aplat de haute qualité tout en conservant un prix très compétitif, l'offset a déjà fait ses preuves. Toutefois, les procédés numériques – jet d’encre et électrophotographie principalement – offrent une qualité et une vitesse d'impression de plus en plus compétitives pour des tirages de petites séries. Or, les grandes séries à imprimer sont plutôt rares dans le secteur de la BD. Les procédés numériques s’inscrivent donc comme des concurrents directs de l’offset dans ce domaine particulier de l’édition.

Les adaptations de nos BD préférées cartonnent au cinéma. Pourquoi ne pas déplacer l’animation jusque dans l’album lui-même en superposant des informations virtuelles au contenu du document imprimé ? Combiner le support papier avec une valeur ajoutée numérique, voilà peut-être l’avenir de la bande dessinée.

Née dans les années 70, la réalité augmentée nécessite un vecteur de d'information (webcam ou smartphone) ainsi qu’un logiciel ou une application (téléchargeable). Cette technologie permet d’enrichir le contenu des albums par des interactions attrayantes : vidéo, diaporama, animation 3D... Ces contenus multimédia sont visibles lors du passage du smartphone ou de la webcam sur l’imprimé et permettent à l’utilisateur de déclencher des actions personnalisables en temps réel.

II-1 - Impression de bande dessinée : numérique vs offset

II-1-1 - Impression offset

Procédé d’impression majeur, l’offset a un large champ d’applications tant dans la publication que dans l’emballage. Son succès réside dans sa grande capacité de tirages – de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires – mais aussi dans la qualité élevée et le coût relativement faible des produits imprimés. Bien que la tendance actuelle dans le domaine de la BD soit à la multiplication des titres et à la baisse des tirages, les presses à feuilles voire parfois les rotatives sont encore très utilisées pour la qualité du rendu des couleurs et leur rapidité d’impression.

L’offset est un procédé à plat, avec présence d’une forme imprimante. Le transfert de l’image est fait indirectement. Ce procédé est basé sur un double report de la forme imprimante : sur le blanchet dans un premier temps, puis sur le support d’impression dans un second temps. Il fonctionne sur un phénomène physico-chimique : la répulsion entre la solution de mouillage et l’encre, deux liquides non miscibles, dont le premier a un caractère hydrophile et le second hydrophobe.

La plaque offset est la forme imprimante. Souvent en aluminium, elle est grainée et anodisée afin de bien capter l’eau dans les zones non imprimables hydrophiles, puis elle est recouverte d’une fine couche de polymère sur les zones imprimables. C’est la présence de cette couche photosensible qui permet de développer ces deux types de zones. La plaque est posée sur un cylindre porte-plaque qui est immergé dans la solution de mouillage afin qu'elle se dépose sur les zones non imprimables. Ensuite, ce cylindre porte-plaque est encré afin de déposer l’encre sur les zones imprimables. Il y a un premier transfert de la forme imprimante du cylindre porte-plaque sur le blanchet (cylindre porte-blanchet) puis un second, du blanchet au support d’impression se trouvant sur le cylindre de contre-pression [Figure 2].

                     
  Figure 2 - Schéma du procédé offset
[GDelacruz]
 
     

II-1-2 - Impression numérique

L’impression numérique est un terme générique qui recouvre une série de procédés d’impression apparus dans les années 90. Le dénominateur commun : la continuité du processus qui, de l’ordinateur à la presse, se déroule sans interruption du flux numérique des textes et des illustrations.

Le transfert de l’image sur le papier s’opère sans support intermédiaire. L’information source peut être régénérée à chaque exemplaire imprimé, ce qui permet de remplacer à la volée des passages de textes et des illustrations sans affecter la vitesse d’impression. Les informations modifiées sont appelées "données variables".

La magnétographie étant plutôt marginale, deux technologies se partagent le marché : l'électrophotographie et le jet d'encre [Figure 3].

                     
  Cliquer sur l'image pour l'agrandir
Figure 3 - Schéma du procédé d'impression numérique
[Wikipédia]
 
     

Jet d’encre

Cette technique d’impression consiste à projeter des gouttelettes d’encre depuis une petite ouverture jusqu’à des positions bien déterminées sur le support, de manière à créer une image.

L’adaptabilité de ce procédé est un atout indiscutable et l'un des gages d’avenir de l’édition notamment de livres et de bandes dessinées. L’information dynamique, c'est-à-dire variable d’une page à l’autre, autorise la personnalisation des documents et le tirage de très petites séries (de une à quelques milliers d’unités). Cet atout, combiné avec une vitesse et une qualité d'impression de plus en plus performantes, donne un procédé d’avenir pour qui les enjeux du numérique (personnalisation, réalité augmentée) représentent une opportunité à saisir.

Deux technologies existent : le jet d'encre continu et la goutte à la demande.

Jet d'encre continu (continuous inkjet)

Il repose sur la fragmentation contrôlée d’un jet liquide. À une vitesse fixée, des perturbations provoquent la rupture du jet d'encre en gouttelettes de taille précise. Avantage majeur : la vitesse très élevée de production de gouttelettes.

Principales étapes :

La qualité de ce procédé demeure inférieure à celle de la goutte à la demande, cependant les cadences de production sont bien supérieures.

Goutte à la demande (drop on demand)

Moins complexe que le jet d'encre continu, cette technologie est fondée sur la création d’une onde de pression dans un faible volume d’encre. Les gouttes ne sont générées que si c'est nécessaire sans déviation ni recyclage. Ce qui est créé est consommé.

Il existe plusieurs systèmes de création des gouttes :

Cette technique est de loin la plus développée actuellement : l’encre est dans un réservoir, elle forme un ménisque au niveau de la buse jusqu’à ce qu’une force dépasse la tension superficielle et éjecte la goutte [Figure 4].

                Schéma détaillant l'éjection de l'encre pour une tête d'impression      
  Figure 4 - Schéma détaillant l'éjection de l'encre pour une tête d'impression
[Timis]
 
     

Électrophotographie (ou xérographie)

Datant du milieu du XXe siècle, ce procédé est utilisé dans les imprimantes et photocopieurs laser. Il consiste à détruire localement, par la lumière, la charge électrostatique d’une couche photoconductrice recouvrant un support métallique. Cette opération génère une image latente qui est ensuite développée. L'électrophotographie utilise un cylindre recouvert d’un polymère photoconducteur. L’agent de développement est un toner.

À l’aide d’un dispositif haute tension, la couche photoconductrice du cylindre d’impression est initialement chargée en électricité statique par effet Corona. Elle est ensuite exposée à une lumière laser pour former l’image à imprimer. Les parties exposées à la lumière se déchargent. Le toner (liquide ou solide) se dépose par la suite sur le cylindre et est attiré par les parties chargées (et repoussé par les autres). Puis l’encre est transférée, directement ou via un blanchet, sur le support d’impression également chargé en électricité, qui est chauffé et pressé afin de fixer définitivement l’encre par polymérisation (si elle est liquide) ou par fusion (si elle est solide). En fin de cycle, le cylindre d’impression est lavé des résidus de toner puis rechargé en électricité afin de démarrer le cycle suivant.

                Fonctionnement du procédé électrophotographique ou xérographique  
  Figure 5 - Fonctionnement du procédé
électrophotographique
[Wikipedia : xerography]
 
     

En dépit des difficultés ambiantes, les innovations dans le domaine des presses numériques toner ou encre liquide se poursuivent. Le but est d'améliorer la productivité, accroître la qualité et ouvrir le monde du numérique à d’autres opportunités. Les paramètres d’évolution sur lesquels il faut concentrer les efforts sont :

Noir Feuille à feuille Toner Performances bien maîtrisées pour l’édition.
  • Xerox Nuvera et Docutech
  • Oce Varioprint
  • Kodak Digimaster
  • Canon ImageRunner
  • Konica Minolta Business Hub Pro
  • Ricoh Pro 1357 EX
Jet d'encre Pas de modèle
Bobine Toner Productivité de 1000 p/min. Hauts volumes de l’édition.
  • Xerox Sedona
  • OCE Variostream
  • InfoPrint
  • Delphax (recto-verso)
Jet d'encre Productivité de 3000 p/min. Technologie en pleine évolution. Petits et moyens tirages.
  • HP T300
  • Impika iPrint
  • Kodak Prosper 1000 et Versamark
Couleur Feuille à feuille Toner Productivité 100p/min. Performances bien maîtrisées. Large choix de supports.
  • HP indigo. 32x45 cm
  • Kodak Nexpress
  • Xerox iGen4 36x57 cm
  • Canon Imagepress
  • Konica Minolta Business Hub Press
  • Ricoh C751, C901
Jet d'encre Technologie en devenir : environ 100 pages B2/min
  • Fuji Jet Press 720
  • Screen True Press Jet SX
Bobine Toner Éditique, personnalisation de documents.
  • Xerox 650/1300
  • Xeikon (recto-verso simultané)
  • OCE Colorstream 10000
  • HP Indigo W7200
Jet d'encre Technologie nouvelle. Pour forte pagination et tirage faible.
  • Agfa Dotrix Transcolor
  • HP T200, T300, T350 et T400
  • OCE Jetstream, et Colorstream
  • Impika iPrint et iPress
  • Agfa 5000
  • Kodak Versamark, Prosper 5000XL
  • Fuji-Xerox 2800
  • Screen True Press Jet 520
  • Xerox 2800

Tableau 1 - Presses numériques couramment utilisée dans l'édition

II-1-3 - Atouts et inconvénients de l'impression de BD

Le marché de la bande dessinée est exigeant en termes de qualité et de rapidité d’exécution. Les contraintes spécifiques rencontrées par les prestataires sont le prix, les délais de fabrication (en général, 10 jours de la réception du fichier numérique à la livraison), la qualité et la rapidité. Selon les collections, les papiers varient en format, couleur, opacité, rigidité, rugosité et imprimabilité. Les tirages varient de 10 000 à 15 000 exemplaires, allant jusqu’à 500 000 exemplaires pour les titres les plus connus.

Pour toutes ces raisons, les imprimeurs ont besoin d’une réactivité maximale. Choisir le bon procédé d’impression apparaît alors comme crucial.

Procédés Avantages Inconvénients
Offset
  • Faible coût pour les tirages longs
  • Vitesse d’impression élevée (jusqu’à 800 m/min ou 18 000 feuilles/h)
  • Qualité d’impression, en particulier des aplats
  • Tons directs, vernis, encres spéciales
  • Tous travaux de finition
  • Procédé non adapté aux petites séries, pas de calage pour moins de 200 ex.
  • Mise en œuvre longue
  • Gâches papier (de moins en moins vrai)
  • Délais de livraison
Impression numérique :
électrophotographie
  • Pour les tirages courts (jusqu’à 1200 ex) ou livres à la demande
  • Délai de fabrication très court, pas de calage
  • Personnalisation des documents, impression de données variables
  • Qualité d’impression des presses numériques feuilles N&B et couleur proche de l’offset
  • Large gamme de papiers
  • Gamut étendu
  • Vitesse d’impression des presses en continu plus faible que celle des presses jet d’encre en continu
  • Format d’impression limité
  • Travaux de finition le plus souvent hors ligne
  • Coût à la page élevé
  • Encres souvent exclusives
  • Problème de finition (pliage) pour papier de fort grammage sur des zones d’aplat.
Impression numérique :
jet d'encre
  • Pour tous tirages
  • Vitesse de production élevée (200 m/min pour presse bobine)
  • Délai de fabrication très court, pas de calage
  • Grande flexibilité dans le choix des formats
  • Personnalisation des documents, impression de données variables
  • Contraintes sur le choix des papiers. Traitement de surface nécessaire.
  • Consommation d’encre très élevée pour les aplats (le coût à la page peut vite augmenter)
  • Travaux de finition le plus souvent hors ligne
  • Encres souvent exclusives

Tableau 2 - Tableau comparatif des procédés d'impression pour l'impression de bandes dessinées

II-2 - Réalité augmentée : évolution et avenir

                 
  Figure 6 - Réalité augmentée
[GM Consultants & Associés]
 

La réalité augmentée, expression de plus en plus familière en cette ère du tout numérique, renforce bel et bien sa présence dans notre environnement. Cette technologie permet de superposer des éléments virtuels 2D ou 3D sur des images filmées en temps réel [Figure 6].

Le premier système de réalité augmentée apparaît en 1968. Utilisée en premier lieu dans le domaine militaire, puis pour la recherche médicale, la réalité augmentée intéresse aujourd’hui de nombreux secteurs d’activité.

Son premier avantage est d’enrichir la réalité en affichant des informations uniquement disponibles sur Internet par le biais d’un terminal muni d’un capteur optique, comme un téléphone portable par exemple. La réalité augmentée combine des éléments réels et virtuels, est interactive et fonctionne dans un environnement 3D.

L'enrichissement de la réalité peut se manifester par la perception d’éléments tels que l’image ou le son, et pourquoi pas, un jour prochain, l'odeur.

         
  Figure 7 - Journal
et réalité augmentée
[20minutes]
 

La réalité augmentée fonctionne grâce à un logiciel permettant à l’utilisateur d’avoir accès à l’animation des objets d’un imprimé. Toute la difficulté se situe au niveau de la conception de ce logiciel : en effet, le programme doit être réglé de façon à détecter l’imprimé. Des études sont en cours afin de développer des logiciels fiables, rapides et simples d’utilisation.

Certains journaux et magazines ont déjà pris le pli en proposant à leurs lecteurs un accès à du contenu en réalité augmentée intégré dans leurs pages. Par exemple, depuis avril 2013, le quotidien gratuit 20minutes dispose d'une version augmentée [Figure 7]. À l’aide d’un smartphone et de l’application dédiée, les lecteurs peuvent activer les pictogrammes présents dans le journal et profiter de son contenu enrichi en direct. Ce contenu peut être publicitaire ou rédactionnel. Le partenaire qui a permis de développer cette application est RedShift qui commercialise la solution PaperPlay. Cette dernière combine une plateforme de gestion à une application mobile dédiée ou un kit de développement logiciel à intégrer à une application existante. Cette solution permet aux éditeurs d’intégrer du contenu en réalité augmentée dans les pages de leurs publications.

Les avantages pour les éditeurs sont nombreux. En plus de répondre aux problématiques et limites de l’édition papier, la réalité augmentée leur permet d’atteindre des objectifs marketing :

Bien entendu, ces avantages sont imputables aux autres segments de l’édition et a fortiori à la bande dessinée.

Des expériences de bande dessinée augmentée sont d'ores et déjà tentées [Vidéos 1 & 2].

                     
  Vidéo 1 - Monde Binaire "Hello World !!!" de Baptiste Milési
[Viméo]
 
     
               
 
     
  Vidéo 2 - "La Douce" de François Schuiten
[La Douce]
 
     

III - Analyse économique

Plan

Le marché de la bande dessinée se portant relativement mieux que celui du livre, il est intéressant d'en faire une étude économique et statistique. De même, la réalité augmentée permet de nouveaux développements au monde de la bande dessinée. Quels sont les pronostics quant à l’entrée de cette technologie émergente sur le marché de la BD ?

III-1 - Marchés de la bande dessinée et de la réalité augmentée

  Données économiques Données statistiques
Bande dessinée 2011
LIVRE
4.3 Milliards €. 52% du marché des biens culturels en France. (Source : GfK)
79 300 titres de livres édités et 632 millions d’exemplaires produits par 305 maisons d’édition.
102 maisons d’édition produisant plus de 200 titres par an éditent 91% du total des titres.

BD
CA = 225.8 millions € (représente 8.5% du CA global) Secteur en croissance de +4.7% en valeur et +3.5% en volume.

  • Secteur Mangas et Comics : forte augmentation (+13.8% en valeur et +7.8% en volume)
  • Secteur Album : hausse de +2.1% en val et de +1.6% en volume.
 
Réalité augmentée 2009 : marché évalué à 2 millions de dollars (Source : Juniper Research)

2011: 0.1% de la population mondiale utilise des produits de RA,. Le marché des applications de réalité augmentée estimé à 181,25 millions de dollars (Source : MarketsAndMarkets)

2014 : marché évalué à 732 millions $ (Source : Juniper Research)

d’ici 5 ans : 1% de la population utilisera la réalité augmentée

2016 : devrait atteindre 5,15 milliards $ (Source : MarketsAndMarkets)

Tableau 3 - Données des marchés de la bande dessinée et de la réalité augmentée

III-1-1 - Nombres de titres et d'exemplaires édités dans le segment de la bande dessinée (2010)

5 213 titres sont édités dont 2 832 nouveautés et 2 381 réimpressions. Le nombre d’exemplaires s’élève à 62 859 ; parmi eux, 42 636 nouveautés et 20 223 réimpressions.
Chiffre d’affaires : 231 520 €.

III-1-2 - Pourcentage de titres édités par segment du marché de l'édition (2011)

Le nombre de titres produits dans le segment Jeunesse & BD représente 22% des titres édités, toutes catégories confondues [Figure 8]. C’est le pourcentage le plus important !

                     
  Figure 8 - Pourcentage des titres édités en 2011 par segment  
     

III-1-3 - Répartition des traductions par segment du marché de l'édition (2009 et 2010)

L'augmentation de 3% en un an du nombre d’exemplaires traduits de bandes dessinées montre que le succès croissant des BD étrangères [Figure 9].

                      
  2009   2010  
  Figure 9 - Évolution en 2009-2010 du pourcentage des traductions par segment  
         

III-1-4 - Répartition par catégorie de lecture et par genre (2008)

                     
  Figure 10 - Répartition par catégorie de lecture et par genre de lecteur en 2008  
     

III-1-5 - Production de la BD francophone (2000-2012)

Comme le montre la Figure 11, la production de la BD francophone est encore en augmentation en 2012, alors que les autres segments du marché (mangas & comics) progressent de façon modérée voire stagnent.

                     
  Figure 11 - Évolution de la production de la BD francophone 2000-2012
[ActuaBD]
 
     

III-2 - Environnement économique

III-2-1 - Bande dessinée

En 2011, le chiffre d’affaires des ventes de livres, tous genres confondus, s’élève à plus de 4 milliards d’euros et représente le meilleur résultat dans le secteur culturel. Le segment de la bande dessinée représente plus de 38 millions d’exemplaires vendus pour un chiffre d’affaires de 416 millions d’euros. Cela revient à 12% du chiffre d’affaires du marché total du livre en France (Source : GfK).

Les ventes ont légèrement baissé en quantités (- 0,4%) mais ont progressé significativement en chiffre d’affaires avec + 3,9% gagné par rapport à 2010. En 2011, c’est la bande dessinée Jeunesse qui a été le segment le plus dynamique.

Ce marché de la bande dessinée est donc marqué par une croissance sur laquelle des facteurs plus ou moins extérieurs au secteur ont une influence et sur laquelle il faudra compter pour la pérennisation du marché.

III-2-2 - Réalité augmentée

Bien que le concept existe depuis plusieurs années, la réalité augmentée n'est devenue que récemment une technologie aux multiples usages [Tableau 4]. Cet essor s'appuie notamment sur le développement des objets nomades – smartphones, tablettes numériques – accessibles au grand public.

Applications initiales de la réalité augmentée
  • Défense : dispositif de réalité augmentée implémenté sur les casques des pilotes d’avion ou encore dans les tableaux de bord des avions de combat.
  • Médecine : visualiser directement des données d’imagerie à ultrasons sur le corps du patient pour mieux comprendre les pathologies. Les médecins pouvaient superposer les examens tels que les radios ou les scanners avec le patient lui-même.
Applications actuelles de la réalité augmentée
  • Publicité : panneaux publicitaires.
  • Architecture, environnement et tourisme : culture, loisirs, transports, restaurants… Ex. : Grenoble, ville augmentée
  • Automobile : représentation 3D de prototype n’existant que sur ordinateur
  • Musées : Ex. Projet GAMME au Musée des Beaux-Arts de Rennes.
  • Marketing : dynamisation d’une marque, communication, support de campagne marketing, lancement de nouveaux produits...
  • Jeux vidéo (65% du CA)
  • Magasins : vitrines, bornes promotionnelles, packaging interactif...
  • Ventes en ligne : tester les produits chez soi, essayer des vêtements et accessoires…
  • Télémédecine et chirurgie
  • Tatouage : avantage = possibilité de modifier le motif tatoué à volonté ; inconvénient = sans la technologie associée, il y a juste un carré noir tatoué.
  • Aide au handicap : Ex. réalité augmentée audio pour aider les malvoyants.
  • Livres : Dokéo, premier livre en réalité augmentée. L’arrivée des livres utilisant la réalité augmentée.
  • Bandes dessinées :
    - La Douce : ressusciter une locomotive rétro-futuriste mythique grâce à la magie de la 3D.
    - Star Wars : dans chaque numéro, un personnage est mis en lumière via la réalité augmentée.
    - Génération mal logée : possibilité de découvrir une surprise en scannant la couverture.

Tableau 4 - Applications de la réalité augmentée

III-3 - Analyse concurrentielle (diagramme de Porter)

Le diagramme de Porter permet de mettre en exergue les acteurs essentiels du marché de la bande dessinée, notamment en y faisant apparaître :

Ce diagramme nous permet de faire une analyse concurrentielle du marché de l’impression numérique (jet d’encre et électrophotographie) des bandes dessinées. Il suit de très près celui de l’impression numérique des livres en général.

Les deux procédés numériques majeurs jouent le rôle de nouvel entrant sur le marché de la BD. Les substituts possibles, pouvant nuire au développement de la BD imprimée numériquement, sont l’apparition des liseuses électroniques. En effet, avec l’évolution exponentielle des technologies en la matière ces dix dernières années, il est certain que la couleur ne tardera pas à faire son apparition sur les tablettes de lecture numériques, l’avenir de la bande dessinée papier s’en trouvera forcément affecté.

Dans le rôle des utilisateurs de l'impression numérique, on retrouve bien sûr les imprimeurs de bandes dessinées. Cependant, on peut également penser aux petites entreprises qui possèdent des imprimantes jet d'encre pour la production, par exemple, de bandes dessinées personnalisées et à la demande.

                Analyse concurrentielle du marché de l'impression numérique de bandes dessinées      
  Cliquer sur l'image pour l'agrandir
Figure 12 - Analyse concurrentielle du marché
de l'impression numérique de bandes dessinées
 
     

IV - Perspectives

Plan

Malgré un contexte économique et social morose, la bande dessinée est encore un secteur porteur avec 5 327 titres publiés en 2011 contre 5 165 en 2010, soit 162 titres supplémentaires en un an, ce qui représente une augmentation de 3,04% (ACBD, Association des critiques et journalistes de bande dessinée). Les nouveautés ont augmenté de 30 albums entre 2010 et 2011, tandis que les rééditions affichent dans le même temps une progression de 78 titres.

Le secteur de la BD a réalisé en 2011 un chiffre d’affaires de plus de 225 millions d’euros, soit 38 millions d’exemplaires vendus et près de 12% du marché du livre (GfK).

Le 9e Art comprend quatre principaux acteurs :

Ainsi, les facteurs clés actuels et à venir de développement de la bande dessinée sont les suivants :

L’enjeu est de taille et la vigilance de mise sur ce secteur. Cependant, l’avenir est prometteur et le développement des technologies d’impression numérique offre de belles perspectives pour mettre en œuvre les tendances actuelles de ce type de marché.

IV-1 - Tendances & facteurs clés de développement

IV-1-1 - Facteurs technologiques

Les perspectives de développement du marché de la bande dessinée sont prometteuses tant sur l’évolution des procédés d’impression que sur l’apport de nouvelles technologies au sein même de l’album papier. L’intégration de l’impression numérique dans l’édition est incontestable : d'abord minoritaire face à l’offset, elle se démarque de plus en plus dans ce domaine en profonde mutation.

La qualité des presses numériques se rapproche considérablement de celle des presses offset. La régularité de l'encrage et l’arrivée d’une nouvelle génération de papiers – traités en surface pour ne pas laisser l’encre traverser et pour améliorer la fixation des pigments – permettent de se rapprocher des standards de l’offset.

Les étapes de fabrication sont également réduites, passant de 9 étapes pour l’offset à 4 étapes seulement pour l’impression numérique jet d’encre. Cette souplesse facilite les réimpressions et la réalisation de petits tirages adaptés au marché visé (notamment dans le cas de la BD). Or, la réactivité est un atout majeur de ce procédé et une aubaine pour les imprimeries qui voient leurs stocks disparaître.

L’impression numérique permet aussi une certaine flexibilité de gestion de la production. Elle offre l’opportunité d’intégrer de la personnalisation ou de la réalité augmentée dans les albums de bande dessinée.

Les constructeurs de presses numériques cherchent également à répondre à la demande en termes de vitesse de production et de qualité d’impression et lancent sur le marché des machines de plus en plus compétitives. Citons les constructeurs Xerox, HP, Ricoh, Océ ou encore Kodak qui rivalisent d’ingéniosité sur leurs nouvelles presses jet d’encre.

IV-1-2 - Facteurs économiques

Ces dix dernières années, le segment de la bande dessinée est en constante augmentation et se distingue du reste du secteur de l’édition. Cette évolution encourageante permet d’envisager l’avenir des albums papier avec optimisme. La soif croissante de contenus numériques qui inquiète tant le monde de l’édition montre que la demande de livres et de bandes dessinées ne diminue pas mais se transforme et réclame de nouveaux formats et contenus.

Secteur de l’impression

Le procédé numérique a l’opportunité de tirer son épingle du jeu. Avec sa rapidité de fabrication et sa réactivité sur un marché en constante mutation, l'impression numérique permet des coûts intéressants en réduisant les délais de production et les stocks tout en s’imposant des frais fixes. Cependant, les presses numériques demeurent un investissement de taille. Bien que cette faiblesse économique soit également valable pour l’offset, elle n’est pas à négliger. D’autant qu’à cela s’ajoute un coût de maintenance relativement élevé. De plus, de nombreux constructeurs de presses numériques vendent des machines sur lesquelles seuls certains types d’encres et de papiers peuvent être utilisés. Le marché s’en trouve quelque peu sclérosé et les imprimeurs sont contraints de ne traiter qu’avec un ou deux fournisseurs seulement, d’où une augmentation des prix.

Secteur de l’édition

Confrontés à la hausse du prix du papier, les éditeurs se tournent vers les nouvelles technologies et proposent des versions numériques de leurs bandes dessinées imprimées. Cette menace est toutefois à relativiser, surtout au niveau économique. La première constatation est que la lecture numérique nécessite un support (tablette, smartphone, liseuse) qui coûte actuellement un minimum de 300 euros.

À noter également, les coûts liés au numérique sont nombreux : conversion des fichiers et leur stockage, sécurisation, frais juridiques liés à l’adaptation des contrats d’édition et à la défense contre le piratage.

En outre, le taux réduit de TVA de 5,5 %, dont bénéficie l’édition papier, ne concerne pas la lecture numérique, taxée au taux normal de 19,6 % : d'où un surcoût de 14 %.

Tous ces facteurs sont à prendre en compte et laissent présager que l’édition papier, et tout particulièrement celle des bandes dessinées, a encore des opportunités de rebondir. On constate d’ailleurs que la lecture des œuvres sur les tablettes numériques stagne et reste minoritaire. Selon une étude du MOTif, Observatoire du livre et de l'écrit en Île-de-France, citée par Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD dans son Bilan 2012, 90% des lecteurs de bandes dessinées préféreraient le papier au numérique.

Secteur de la réalité augmentée

L'ajout d’un élément de réalité augmentée ne représente pas un surcoût, bien au contraire. L’impression reste inchangée tandis que le logiciel ou l’application à télécharger sont bien loin des coûts élevés des tablettes numériques.

En plus d'enrichir le contenu de la bande dessinée et de répondre aux limites du support papier, cette technologie permet de collecter des informations sur les lecteurs. Les éditeurs peuvent ainsi mieux cibler leur lectorat, appréhender ses goûts, anticiper ses demandes, le fidéliser voire générer de nouveaux revenus publicitaires. Avec cette nouvelle forme de lecture, l’édition peut obtenir de réels résultats marketing.

IV-1-3 - Facteurs environnementaux

Le souci de la protection de l’environnement et de la préservation des ressources naturelles a de lourds conséquences sur les utilisateurs du média papier et impose des démarches contraignantes et souvent insuffisamment normalisées. Néanmoins, les imprimeurs s’en sont emparés afin de mieux convaincre leurs clients de leur engagement quant à ces problématiques. Mieux, la profession a su mettre en place et promouvoir de nombreuses démarches telles que la marque Imprim’Vert, les normes ISO 9001 et ISO 14001, les certifications forestières PEFC et FSC, etc.

Malgré ces efforts, de nombreuses campagnes tapageuses portant sur l’impact environnemental de l’imprimé et des informations erronées sur la destruction des forêts pour fabriquer du papier, ont fortement affecté l’image du média imprimé.

L’impression numérique ne fait pas exception. Tout d’abord, en travaillant en flux tendus et avec des temps de calage réduits, la gâche papier est beaucoup moins importante. Par rapport aux équipements offset, les presses numériques consomment moins d’énergie et nécessitent moins d’espace.

En revanche, le désencrage est plus compliqué que pour les procédés traditionnels. En jet d’encre notamment, l’encre (souvent à base de colorants) pénètre les fibres du papier et devient difficile à retirer proprement. Diminuer la quantité d’encre utilisée semble donc à envisager mais à condition de bien maîtriser l’épaisseur du film d’encre déposé.

Une évolution au niveau des papiers est également étudiée afin de les rendre moins poreux, ce qui en plus de simplifier leur désencrage, permettrait de mieux maîtriser la qualité du rendu final.

En ce qui concerne la composition des encres utilisées, elle est de plus en plus respectueuse de l’environnement et des recherches en ce sens sont en cours.

Enfin, la rapidité de ce procédé et son adaptation au marché permettent de réduire les transports (moins de retours d’invendus) et de diminuer ainsi la consommation de carburants.

IV-2 - Diagnostic stratégique

Via la matrice SWOT, tentons d’analyser la structure du marché entrant qu’est la réalité augmentée dans des bandes dessinées imprimées au moyen de procédés numériques. Pour cela, nous évaluons les forces et faiblesses inhérentes au produit ainsi que les facteurs extérieurs – menaces ou opportunités – pouvant peser sur son développement [Tableau 5].

Forces Faiblesses
  • 9e Art : bande dessinée, objet d’art
  • Multitude et diversité des contenus et formats
  • Personnalisation possible par l'impression numérique
  • Coffrets collector
  • Amélioration des procédés numériques et adaptation au secteur de la BD
  • Tendance à l’interactivité : personnalisation et réalité augmentée
  • Prix d’une BD
  • Prix des papiers, encres et autres consommables
  • Marché exigeant (délais de fabrication, qualité d’impression, choix limité des papiers et encres)
  • Vitesse d’impression
  • Désencrage du papier difficile (surtout en jet d’encre)
  • Public restreint et essentiellement européen : extension au marché mondial difficile (phénomène culturel)
  • Coût élevé d’achat et de maintenance des presses numériques
Opportunités Menaces
  • Marché porteur
  • Succès dynamisé par les médias : adaptations cinématographiques et télévisuelles
  • Phénomène des séries
  • Rareté des éditions originales ; réimpression des classiques
  • Nombreuses manifestations (festivals, salons, prix)
  • Essor du e-commerce
  • Développement du marché des BD d’occasion
  • Nouvelles technologies (communication, numérique)
  • Apparition de la BD sur support numérique (tablette, e-book)
  • Amélioration des techniques conventionnelles d’impression (offset)
  • Concurrence avec les marchés asiatique (mangas) et américain (comics)
  • Mauvaise presse du support papier

Tableau 5 - Analyse stratégique du marché de la bande dessinée imprimée par procédé numérique et intégrant la réalité augmentée

IV-3 - Scénarios

Imaginons trois scénarios afin de projeter notre étude de marché dans le futur et de mettre en avant l'objectif visé dans quelques années.

IV-3-1 - Scénario 1 - Dans 10 ans, explosion de la vente en ligne de BD, amélioration et extension de l’e-book à la bande dessinée numérique (Probabilité : 10%)

L’avènement d’Internet et l’accès du grand public aux nouvelles technologies changent les habitudes, notamment de lecture. Le marché s’adapte, les modes de commercialisation des produits de l’édition aussi. En plus des librairies et des points de vente de la grande distribution, ce secteur doit désormais compter avec la lecture sur support numérique et les achats en ligne.

La bande dessinée est elle aussi aussi emportée dans cette révolution numérique. Ce segment de l'édition doit faire face à l'attractivité de la tablette numérique. Les BD numériques bénéficient d’un design soigné et d’une bonne ergonomie. De plus, les fabricants de liseuses électroniques sont à présent en mesure de commercialiser des tablettes compétitives, plus légères, compatibles avec de nombreux formats et à des prix très intéressants. La capacité de stockage et la durée d’autonomie se sont aussi améliorées pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Des acteurs du secteur – Fnac, Sony, Amazon, Archos ou encore Booken – rivalisent d’innovations techniques. Par exemple, la marque PocketBook remporte un franc succès en sortant en 2013 la version Lux de sa liseuse : elle permet de régler au doigt l’intensité de la lumière pour un plus grand confort de lecture de jour comme de nuit. Cette version comporte également une application pour les mangas et les bandes dessinées. Les prochaines versions devraient comporter les premiers écrans flexibles.

En dépit de la menace des tablettes telles qu'Ipad ou Samsung Galaxy, les liseuses électroniques savent se réinventer, au détriment du support papier. Seul le bilan écologique est encore à revoir dans ce nouveau marché.

IV-3-2 - Scénario 2 - Dans 10 ans, impression numérique de 90% des bandes dessinées et engouement pour les BD intégrant la réalité augmentée (Probabilité : 30%)

Avec la constante diminution des volumes de production de BD mais également une nette augmentation du nombre de titres publiés chaque année, les procédés d’impression numériques se posent comme les sauveurs du secteur. Flexibles et réactifs, le jet d’encre et l’électrophotographie permettent aux imprimeurs d’associer rentabilité et délais de fabrication extrêmement courts.

Bénéficiant de l’évolution technologique des papiers, des encres et des presses numériques, ces procédés concurrencent l'offset quant à la qualité et la rapidité d’impression et au volume de production. Incapable de s’adapter à la nécessité de courts tirages et de proposer des services novateurs (personnalisation, réalité augmentée), la totalité de la chaîne de fabrication de l'impression offset est remise en cause.

Malgré le passage du livre sur support numérique, l’engouement des lecteurs pour la BD traditionnelle ne faiblit pas et augmente même avec l’émergence d’une nouvelle génération d’albums. En lien avec des sociétés informatiques (Redshift par exemple), les bandes dessinées à réalité augmentée font une entrée fracassante sur le marché, attirant de nouveaux adeptes qui avaient depuis longtemps délaissé le secteur. La demande de ces nouveaux clients est bien ciblée et comprise. L'enrichissement des contenus apporté par la réalité augmentée et le caractère ludique de l’application en font une tendance à la mode. L’ensemble des publications s’y mettent : journaux, revues, livres d’art, livres pour la jeunesse... Grâce aux revenus publicitaires générés, des études sont lancées pour développer davantage cette technologie.

L’essor de la réalité augmentée et les contenus interactifs intégrés au support papier permettent à l’édition de s’offrir une nouvelle jeunesse.

Les liseuses électroniques, après un lancement prometteur en 2010, sont dépassées par le succès des tablettes numériques et les acteurs économiques ne réagissent pas assez tôt pour éviter l’effondrement du marché.

IV-3-3 - Scénario 3 - Dans 10 ans, l’impression numérique représente 50% du marché de l’édition et les premières BD avec réalité augmentée apparaissent (Probabilité : 60%)

Malgré l'arrivée remarquée des liseuses électroniques, l'usage du support papier reste encore ancré dans nos habitudes culturelles et l’impact dévastateur prévu par les plus pessimistes n’a pas lieu.

La bande dessinée, avec son statut particulier, surtout dans les mentalités européennes, est encore moins touchée que le reste du secteur de l’édition. D’autant que les e-books ne sont pas encore en mesure de satisfaire le lecteur assidu de BD sur le plan du rendu des couleurs ou encore de la diversité des formats.

L’entrée dans l’ère du tout numérique a pourtant bien un impact. Les demandes des lecteurs changent et les éditeurs comme les imprimeurs doivent s’adapter. L’impression conventionnelle offset, jusque là incontournable, doit partager le marché avec l’impression numérique. Très compétitive pour les petits tirages, cette dernière s’adapte particulièrement au segment de la bande dessinée. En outre, les avancées technologiques concernant la qualité d’impression et le rendu des dessins colorés lui permettent de trouver sa place sur le marché.

Autre grande force des procédés numériques : la possibilité d’intégrer à l’album papier classique des innovations ludiques et attractives comme la personnalisation ou la réalité augmentée. En partenariat avec des sociétés de logiciels informatiques, les premières BD intégrant la réalité augmentée font leur apparition dans les librairies. Après la surprise suscitée par ce mélange des genres, l’originalité du principe en séduit beaucoup et les premières ventes sont prometteuses. D’autres médias – quotidiens et magazines – suivent l'exemple. Utiliser son smartphone pour enrichir son objet de lecture devient banal.

Il reste encore bien des efforts à faire pour démocratiser cette nouvelle génération de bandes dessinées mais l’édition dans son ensemble vient peut-être de trouver là son ticket gagnant.

IV-4 - Analyse des risques

Analysons plus en détail les risques pouvant être associés aux hypothèses faites dans nos trois scénarios.

La principale menace de l’édition imprimée est bien sûr l’avènement du livre numérique. Avec les progrès technologiques, les liseuses du futur offriront bientôt des écrans tactiles avec une qualité et des couleurs satisfaisantes. Les acteurs économiques de ce secteur – Amazon, Sony, Archos, Fnac ou encore Apple – continueront de rivaliser d’ingéniosité pour faire perdurer ce marché en jouant sur les couleurs, les applications diverses, l'éclairage frontal et les écrans flexibles. Cette avancée dopera les ventes de contrats publicitaires, ce qui fera chuter les prix des abonnements, encore élevés aujourd’hui.

Si le phénomène prend de l’ampleur, les tablettes numériques verront elles aussi leur prix de vente baisser sensiblement. L’impact environnemental de ce type de marché étant mal connu du grand public, il ne sera pas un frein à cette expansion, d’autant que le livre papier pâtit quant lui d’une mauvaise image, pourtant injustifiée, sur ce sujet-là.

Si les tablettes de lecture sont dotées de la couleur et si les technologies permettent un meilleur rendu des différents formats possibles, les bandes dessinées ne feront pas exception à la règle et seront également touchées par la vague numérique.

Les États-Unis sont les premiers à présenter des ventes spectaculaires de livres électroniques. Amazon a même affirmé en 2012 que ces dernières dépassaient les ventes de livres papier. En Europe, le phénomène se heurte à un ancrage culturel assez important du support papier mais les ventes de supports numériques affichent malgré tout une hausse constante depuis quelques années.

Il est également à prévoir que le secteur de l'impression offset ne se laissera pas mourir sans réagir et réformera sa chaîne de fabrication afin d’améliorer sa flexibilité et sa réactivité au marché actuel, concurrençant ainsi l’impression numérique.

Un autre facteur doit également être pris en compte. Imprimer en numérique a un coût élevé (notamment en jet d’encre), et pas seulement à l’achat de presses. Ces petits bijoux de technologie requièrent une maintenance lourde et onéreuse. De plus, les fabricants de machines imposent des standards stricts concernant les encres et les papiers que les imprimeurs sont obligés d’acheter à des fournisseurs de consommables spécifiques. Ce système économique ne favorise pas la baisse des prix de fabrication pour rivaliser rapidement avec d’autres procédés.

Ces risques identifiés pèseront à coup sûr dans la balance quant à l'avenir du marché de l’édition et de l'impression de bandes dessinées.

V - Conclusion

Plan

Le monde de l’édition est aujourd'hui à un tournant décisif. Menacé de toutes parts par l’avancée spectaculaire des technologies numériques, ce marché ancien est obligé de se réorganiser s'il veut survivre. La crise économique ne fait qu’accélérer cette révolution inévitable. L’engouement pour les tablettes numériques, les smartphones et les liseuses électroniques fait craindre la disparition des versions papier. Or, les chiffres ne vont pas forcément dans ce sens, notamment dans le cas de la bande dessinée. Il est donc d’autant plus important de profiter de cette tendance favorable pour révolutionner le paysage de l’édition afin de la relancer sur le marché économique actuel.

Même si elle n'a pas encore eu le temps de consolider sa présence sur le marché, l’impression numérique présente des perspectives très intéressantes. Elle offre de nombreux avantages par rapport à l’offset, en permettant de nouvelles interactions (personnalisation, réalité augmentée) et en optimisant le flux de travail dans le système de production.

La réalité augmentée, quant à elle, n’a pas encore fait ses preuves mais est en plein essor. L’irruption de la 3D chez les particuliers n'en est qu'à ses débuts et elle peut certainement faire évoluer les imprimés, à l'instar de la technologie QR Code de plus en plus utilisée de nos jours. De nombreux secteurs, comme celui de l’emballage par exemple, s’intéressent à cette technologie. Nous verrons avec le temps comment elle prolongera la bande dessinée papier dans le monde du numérique.

La personnalisation est également un atout porteur qui peut intéresser de nombreux lecteurs. Il faut pour cela se tourner aussi vers les procédés d’impression numériques, les seuls aujourd’hui à disposer de la flexibilité nécessaire pour permettre ce genre d’application.

L'interactivité offerte par la réalité augmentée et la personnalisation permet de stimuler et d'enrichir l'imagination du lecteur de livre ou de bande dessinée. La réalité augmentée avec les animations qu'elle ajoute rend l'histoire écrite plus active tandis qu'avec la personnalisation, le lecteur devient un personnage à part entière de l’histoire qu'il lit.

Au terme de cette étude, notre point de vue sur ce secteur d’activités est assez optimiste. Les procédés numériques sont des techniques d’impression d’avenir et ont encore beaucoup à apporter. Une réorganisation de l’édition ne signifie pas son extinction, bien au contraire. Bien entendu, l'avenir de la bande dessinée, comme du livre en général, dépend de nombreux facteurs, notamment de la façon dont les imprimeurs sauront utiliser et promouvoir les atouts de leurs procédés pour s’adapter aux nouvelles demandes du marché.

VI - Bibliographie - Webographie

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