Accueil     Plan | Recherche     Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base  
Le logo du CERIG MÉMOIRE Cerig 
Vous êtes ici : Accueil > Technique > Mémoires > Valorisation de l'image environnementale de l'industrie papetière : actions, innovations, certifications Révision : 06 mars 2009  
Valorisation de l'image environnementale de l'industrie papetière :
actions, innovations, certifications
             Émilien ALLAIN et Aurélie COUHERT

Élèves ingénieurs 2e Année
 Mai 2008
Mise en ligne - Mars 2009

Avertissement
Ce mémoire d'étudiants est une première approche du sujet traité dans un temps limité.
À ce titre, il ne peut être considéré comme une étude exhaustive comportant toutes les informations
et tous les acteurs concernés.

 

       
     
  Plan  
I - Introduction
II - L'industrie papetière en chiffres
III - Actions menées
IV - Environnement de l'industrie papetière
V - Perspectives d'évolution
VI - Conclusion
  VII - Bibliographie-Webographie  
     
Mémoire précédent    Liste des mémoires    Page technique    Mémoire suivant
Précédent Liste Thèmes Suivant

I - Introduction

Plan

                Coupe de bois illustrant ses différentes utilisations      
  Figure 1 - Coupe de bois illustrant
ses différentes utilisations
Source : Copacel - Le papier, c'est la vie
 
   
  Voir aussi

Comme toutes les industries lourdes, l’industrie papetière souffre d’une mauvaise image auprès du grand public. Pourtant, la demande de papier ne cesse d’augmenter – 3% par an – depuis les années 1970.

D’après une étude réalisée au niveau européen en 2002 sur l’image des industries de la filière bois, l’industrie des pâtes et de la fabrication des papiers et cartons mal connue est affectée d’une image tenace d'industrie source de nuisances et d’atteintes à l’environnement. Un sondage a révélé que, pour les gens interrogés, le secteur le plus responsable de la déforestation est celui de la fabrication du papier face aux secteurs de l’ameublement, du bois de chauffage et de la construction.

 

Pourtant, les professionnels du bois s’attachent à préciser que la papeterie n’utilise que les déchets de scierie ou les bois de coupe d’éclaircie, comme l'illustre la figure 1. De fait, comme le montre le tableau 1, l’industrie papetière n’apparaît jamais comme le secteur utilisant le plus de bois, même sur la scène internationale.

 

Pays Progression de la forêt Principale utilisation Parts dans l'industrie papetière
AFRIQUE - 0,8 % Bois de chauffage 1%
AMÉRIQUE
Nord et Centrale
- 0,1% Bois industriel
Planche
38,4%
AMÉRIQUE
Sud
- 0,4% Bois de chauffage
Bois industriel
4,2%
ASIE - 0,1% Bois de chauffage 26,1%
EUROPE
Nord et Centrale
+ 0,1% Bois industriel
Planche
28,8%
OCÉANIE - 0,2% Bois industriel 1,5%
MONDE - 0,2%    

Tableau 1 - Situation forestière et exploitation du bois dans le monde

Cette étude s’attache tout d'abord à faire le bilan en chiffres de l'industrie du papier en la comparant à d’autres matériaux et à d’autres industries. Puis, elle met en lumière les actions menées afin de redorer le blason de la papeterie. Enfin, l’environnement concurrentiel du secteur papetier et ses perspectives sont analysés.

II - L'industrie papetière en chiffres

Plan

II-1 - Comparaison du papier carton avec d'autres matériaux

Comparons les chiffres clés liés aux emballages fabriqués à partir de différents matériaux : papier carton, plastique, bois, métal et verre.

                Part des différents matériaux dans la production d'emballages      
  Figure 2 - Part des différents matériaux dans la production d'emballages
Source : Sessi - L'industrie française de l'emballage en chiffres - Édition 2008
 
     
Année 2007 Emballages
en matières plastiques
Emballages
en papier carton
Emballages
en verre
Emballages
en métal
Emballages
en bois
Nombre d'entreprises 290 278 18 57 216
Effectif au 31 décembre 33 167 31 000 10 913 10 674 11 367
Chiffre d'affaires hors taxes 7 178 M€ 6 380 M€  2 347 M€ 2 907 € 1 922 M€
Exportations 2 226 M€ 840 M€ 505 M€ 916 M€ 389 M€

Tableau 2 - Tableau comparatif des chiffres clés concernant
les secteurs de production des emballages par matériau
Source : Sessi - L'industrie française de l'emballage en chiffres - Édition 2008

Le papier carton occupe une place prépondérante dans le secteur de l’emballage. Il se situe soit à la première soit à la deuxième place dans les critères usuels de comparaison au sein d’un secteur : nombre d’entreprises, chiffre d’affaires, effectif et exportations. Au classement général, ce matériau tient le second rang derrière le plastique encore très répandu dans le monde de l’emballage.

Comme l'indiquent les figures 3 et 4, l’emballage papier carton est néanmoins le plus susceptible d’être recyclé ou valorisé. Cela en fait un matériau d’avenir car le recyclage et la valorisation des déchets sont des problématiques essentielles dans l’orientation actuelle vers le développement durable.

                Taux 
  de recyclage des emballages de 2002 à 2006 par matériau       Taux 
  de valorisation des emballages de 2002 à 2006 par matériau  
  Figure 3 - Taux de recyclage des emballages
de 2002 à 2006 par matériau
Source : Sessi - L'industrie française de l'emballage
en chiffres - Édition 2008
  Figure 4 - Taux de valorisation des emballages
de 2002 à 2006 par matériau
Source : Sessi - L'industrie française de l'emballage
en chiffres - Édition 2008
 
         

II-2 - Comparaison avec différentes industries

Comparons dans le tableau 3 les chiffres concernant les industries suivantes : industrie papetière (pâtes, papiers et cartons), industrie du travail du bois, chimie de base, façonniers de l'habillement et industrie manufacturière.

Année 2006 Industrie papetière
(pâtes, papiers, cartons)
Industrie du travail
du bois
Chimie de base Façonniers
de l'habillement
Industrie
manufacturière
Nombre d'entreprises 105 869 300 135 19 130
Effectif salarié au 31 décembre 23 926 58 135 60 150 5 970 2 682 166
Chiffre d'affaires hors taxes 7 660 M€ 10 038 M€ 36 798 M€ 157 M€ 678 848 M€
Taux d'exportation 53,9% 18% 44% 6,6% 43%

Tableau 3 - Tableau comparatif de différentes industries
Source : SESSI - Dossiers sectoriels

L’industrie manufacturière représente des industries de transformation des biens, c'est-à-dire principalement des industries de fabrication pour compte propre. Toutes les industries présentées ici font donc partie de cette catégorie. La papeterie face à des industries comme la chimie de base ne pèse pas lourd en matière de chiffre d’affaires ou d’emplois générés. Cependant, il faut remarquer que les exportations dans le secteur papetier sont les plus importantes ce qui, en ces temps de mondialisation, est un avantage non négligeable.

II-3 - L'industrie papetière française

L’industrie papetière est très concentrée : elle est organisée majoritairement en groupes de tailles plus ou moins importantes et les ¾ des entreprises appartiennent à un groupe). Le tableau 4 montre la force de l’industrie papetière française sur la scène internationale à travers ses groupes les plus importants.

                Performance 
  des groupes papetiers      
  Tableau 4 - Performance des groupes papetiers
(CAHT = chiffre d'affaires hors taxes - VAHT = valeur ajoutée hors taxes
Inv. = investissements)
Source : Sessi - L'industrie papetière en chiffres - Édition 2008
 
     

L’industrie papetière française à travers ses groupes internationaux et nationaux représente près de 20% du chiffre d’affaires mondial. Son chiffre d’affaires a augmenté de 0,9% entre 2005 et 2006 en dépit de la diminution de 3,7% de la valeur ajoutée.
Autre point fort du secteur du papier : sa conscience environnementale. En effet, étant depuis longtemps la cible privilégiée des organisations écologistes, ce secteur est devenu l'un de ceux qui réalisent le plus d’investissements en faveur de la protection de l’environnement comme en témoignent les chiffres du tableau 5.

                Investissements 
  de l'industrie papetière pour la préservation de l'environnement      
  Tableau 5- Investissements de l'industrie papetière pour la préservation de l'environnement
Source : Sessi - L'industrie papetière en chiffres - Édition 2008
 
     

La part de l’industrie papetière dans les investissements réalisés par les industries manufacturières pour la protection de l’environnement s’élève à près de 7%.

Production 2006

Pour terminer ce tour d’horizon en chiffres, le tableau 6 présente les valeurs de production en 2006 et la figure 5 schématise les flux en 2007 de l'industrie papetière française.

                Production 
  de l'industrie papetière française en 2006      
  Tableau 6 - Production de l'industrie papetière française en 2006
Source : Sessi - L'industrie papetière en chiffres - Édition 2008
 
     

Industrie papetière française en 2007

                Industrie papetière française en 2007 : 
  flux (en milliers de tonnes)      
  Figure 5 - Industrie papetière française en 2007 : flux (en milliers de tonnes)
Source : Copacel - Rapport annuel 2007
 
     

Voyons à présent les actions menées concrètement par l’industrie papetière pour se positionner comme une industrie engagée dans la voie du développement durable.

III - Actions menées

Plan

III-1 - Certifications

Le principal grief fait à l’industrie papetière est qu'elle serait responsable de la déforestation. C’est pourquoi l'une des premières mesures adoptée par les compagnies papetières a été en rapport avec leur matière première : le bois.

Au niveau international, il y a cinq grands systèmes de certification et de gestion durable de la forêt :

Qu’est ce que gérer durablement la forêt ?
"Gérer durablement sa forêt, c’est la mettre en valeur tout en préservant la diversité biologique, sa productivité, sa capacité à se renouveler et son potentiel pour les générations futures."

Les industries papetières ne sont concernées que par les certifications PEFC et FSC : étudions leurs similitudes et leurs différences.

Le système FSC est le plus ancien : il est apparu au début des années 1990 à l’initiative d’Alan Knight, responsable des achats d’une société de bricolage. Développé majoritairement en Amérique du Nord, il a rapidement été soutenu et demandé par les organisations de protection de l’environnement telles que Greenpeace, WWF et Amis de la Terre. Fin 2005, 60 millions d'hectares étaient certifiés FSC.
Toutefois, ce système bien adapté aux grandes surfaces forestières des États-Unis ou du Canada ne correspond pas aux besoins des propriétaires forestiers européens. En effet, la forêt européenne est très morcelée et majoritairement privée. C’est pourquoi, en 1998, ces derniers ont créé la certification PEFC qui a été adoptée bien au-delà des frontières européennes puisqu’elle comptait, au début 2006, 200 millions d’hectares certifiés et est aujourd’hui la plus répandue dans le monde.
Ces deux certifications ont des exigences quasi-identiques vis-à-vis des compagnies qui exploitent le bois. Elles essayent de concilier questions environnementales et réalités économiques et sociales. Elles ont d’ailleurs été reconnues, dans une résolution adoptée le février 2006, par le Parlement Européen comme des "instruments de marché qui cherchent à améliorer l’information du consommateur quant à la qualité du point de vue environnemental de la gestion forestière durable et à promouvoir l’utilisation de bois et d’autres produits forestiers en tant que matériaux respectueux de l’environnement".

Ces exigences sont listées dans le tableau 7.

PEFC FSC
  • Respecter la réglementation applicable en forêt
  • Se former à la gestion durable des forêts
  • Maintenir ou restaurer des zones d’intérêt biologique particulier
  • Implanter des espèces adaptées et variées
  • Mettre en place des peuplements mélangés
  • Appliquer une sylviculture dynamique
  • Laisser des arbres âgés ou morts
  • Mettre en œuvre des méthodes mécaniques de préparation
    du sol et favoriser des méthodes de défense biologique
    de préférence aux traitements chimiques
  • Ppréserver les arbres remarquables
  • Ne procéder aux coupes rases qu’avec discernement
    et ne jamais dépasser 10 Ha
  • Assurer l’équilibre forêt-gibier
  • Accepter le contrôle d’un auditeur
  • Rédiger un document de gestion
  • Respecter les lois et traités internationaux en vigueur
  • Droits de propriété clairement définis
  • Reconnaître et respecter les droits légaux et coutumiers
    de populations autochtones
  • Préserver le bien être des populations locales
  • Utilisation rationnelle des produits et services forestiers
  • Conservation de la diversité biologique et des ressources
    en eau et des écosystèmes fragiles
  • Réaliser un plan d’aménagement
  • Procéder à un suivi et évaluation des incidences des activités
  • Maintenir les forêts primaires
  • Les plantations complètent mais ne remplacent
    pas les forêts naturelles

Tableau 7 - Tableau comparatif des exigences des certifications PEFC et FSC

Ces deux systèmes de certification se rejoignent sur les faits suivants :

En revanche, ils s’opposent sur le faits suivants :

Ces deux systèmes de certification s’opposent sur des questions politiques puisque le système FSC est soutenu par les organisations non-gouvernementales de protection de l’environnement (Greenpeace, WWF,…) tandis que le système PEFC a été créé par les industriels. Ces deux parties ont des intérêts financiers à voir le système qu’ils soutiennent se développer et l’autre s’effondrer.

III-2 - Installations

Si les certifications permettent aux papetiers de garantir à leurs clients un certains nombre d’éléments concernant la matière première et l'exploitation durable des forêts dont elle est issue, les installations papetières sont également en elles-mêmes des preuves concrètes des efforts constants de cette industrie pour réduire l’impact de ses activités sur l’environnement.

III-2-1 - Stations d’épuration

         
  Figure 6 - Station d'épuration à boues activées
Source : Ademe - Organisation
et fonctionnement d'une station d'épuration
 

Il existe deux filières principales d’épuration des eaux : les filières physico-chimiques et les filières biologiques. Les deux sont souvent combinées pour assurer un bon traitement des effluents papetiers [Figure 6].

Les filières physico-chimiques utilisent des moyens physiques (décantation, flottation filtres et membranes) et/ou des produits chimiques tels que des coagulants ou des floculants. Elles sont utilisées pour certains effluents industriels dont les composés ne peuvent pas être dégradés facilement par des bactéries.

Les procédés biologiques, quant à eux, sont employés pour l’élimination des composés carbonés présents sous forme soluble tels que les sucres, graisses, protéines,… qui consomment de l’oxygène dissous dans l’eau lors de la dégradation et donc mettent en péril la survie des animaux aquatiques. Les traitements biologiques ont pour but d’éliminer la pollution organique soluble au moyen de micro-organismes hétérotrophes, des bactéries qui utilisent la matière organique comme source de carbone et d’énergie.

Leur rôle est double :

Ces deux filières peuvent donc être facilement combinées dans une papeterie puisqu'il faut traiter à la fois des composés organiques (la cellulose dissoute par exemple) et des effluents de couchage contenant des charges, des latex ou bien la lignine qui n’est pas biodégradable.

Exemple de station d’épuration : usine de Thonon
Les papeteries du Léman à Thonon-les-Bains sont spécialisées dans la fabrication de papiers fins dont la production est d’environ 60 000t/an. Leur production génère une liqueur noire contenant beaucoup de sels et de matières organiques ainsi que les eaux du procédé provenant des étapes de défilage et de blanchiment de la pâte. Il faut également y ajouter les effluents de couchage qui contiennent surtout des fibres, des charges et du latex qui sont difficilement biodégradables.
Cette usine utilise un tout nouveau procédé qui consiste à précipiter la lignine contenue dans la liqueur noire et qui élimine 35% de la teneur en matières organique de cette liqueur. Il permet en outre de produire de la lignine pure qui est ensuite réutilisée dans les colles, les polymères, les bactéricides ou les liquéfiants.

Quatre étapes principales d’épuration des effluents de cette usine

                Principe de séparation par flottation      
  Figure 7 - Principe de séparation par flottation
Source : Papeteries du Léman - Extension station
d'épuration usine de Thonon
 
     
                Principe de traitement biologique par la technologie Biofor      
  Figure 8 - Principe de traitement biologique par la technologie Biofor
Source : Papeteries du Léman - Extension station
d'épuration usine de Thonon
 
     

La station biologique repose ici sur le principe de l’épuration aérobie par biofiltre : réacteur biologique à bactéries fixées, à flux ascendant d’eau et d’air. Ce type de réacteur permet d’atteindre une très forte concentration en masse bactérienne active et donc, d’avoir un fort pouvoir épurateur tout en ayant un faible encombrement. De plus, on assiste en une seule étape à l’épuration de l’eau et à sa filtration.

Les Papeteries du Léman sont aujourd’hui totalement autonomes en termes de gestion de leurs effluents et ne dépendent plus de la station de la commune. Elles peuvent rejeter leurs eaux épurées dans la Dranse tout en respectant les instructions de l’arrêté préfectoral en termes de flux MeS, DCO, DBO. En outre, l'usine a pu augmenter sa production de pâte dont le facteur limitant était le flux de rejet en station d’épuration de la ville de Thonon.

Cet exemple illustre bien les efforts réalisés par les papetiers pour gérer complètement leurs effluents tout en respectant les lois en vigueur et en s’inscrivant dans une démarche d’amélioration de leurs installations en termes d’efficacité d’épuration par exemple.

III-2-2 - Cogénération

Le principe de la cogénération est de produire à partir d’une énergie primaire combustible, deux énergies secondaires utilisables : une thermique et une électrique dans le cas d’une papeterie. Le cas le plus fréquemment rencontré est celui de l’utilisation d’une turbine à vapeur, c’est-à-dire une turbine qui va détendre une partie de la vapeur produite par la chaudière de l’usine pour en faire de l’électricité.
La cogénération permet aux papetiers qui génèrent effectivement de très grandes quantités de vapeur, de produire de l’électricité en cas d'excédent de vapeur, ou bien d’adopter une stratégie d’autosuffisance énergétique. Dans ce dernier cas, le papetier peut choisir de produire constamment de l’électricité afin de couvrir ses besoins et peut-être de revendre l'excédent éventuel au réseau.

La cogénération par turbine à vapeur [Figure 9] permet d'utiliser des sources d'énergie primaires variées : entre autres, les sources d'énergie diverses issues de la valorisation des déchets (déchets de bois dans les scieries ou déchets végétaux de l'agriculture).

                Cogénération par turbine à vapeur      
  Figure 9 - Cogénération par turbine à vapeur
Source : Wikipedia
 
     

La cogénération est une formule réellement intéressante financièrement pour le papetier puisqu’il peut être totalement indépendant des fournisseurs d’électricité. De telles installations, bien que coûteuses, sont rapidement amorties comparativement aux besoins énergétiques d’une telle usine. De plus, elles sont incontestablement innovantes et respectueuses de l’environnement puisqu’il s’agit finalement de tirer parti au maximum de la vapeur produite et de porter le rendement énergétique global de l’usine à une valeur de proche de 90%.

III-2-3 - Recyclage – désencrage

La filière papier carton est l'une des filières qui recycle le plus aujourd’hui [Figure 10]. Les fibres recyclées constituent une ressource aussi importante que la pâte vierge : 50% des fibres utilisées aujourd’hui pour fabriquer le papier sont des fibres recyclées.
La filière de recyclage-désencrage commence par la collecte et le tri des vieux papiers. Plus le tri est efficace, plus le recyclage le sera par la suite. En effet, le papetier a tout intérêt à recevoir des vieux papiers déjà triés par sorte de façon à avoir a priori des caractéristiques comparables : cela lui permet de recycler ces vieux papiers en papiers de même sorte.

                Recyclage du papier      
  Figure 10 - Recyclage du papier
Source : Copacel - Environnement
 
     

Ces vieux papiers subissent alors différents traitements dont l’ordre et la fréquence dépendent de la nature du papier produit et de son application future :

Les filières de désencrage rejettent des boues d’épuration qui contiennent en grande partie des encres et le moins possible de fibres et de charges. Actuellement, ces boues sont valorisées puisqu’elles interviennent par exemple dans la composition de matériaux utilisés pour la construction.
Ainsi, cette filière de recyclage-désencrage est aujourd’hui très au point et pourrait fonctionner encore mieux si le tri était plus efficace. Les papiers recyclés produits aujourd’hui présentent de très bonnes caractéristiques mécaniques et sont de plus en plus utilisés dans des applications a priori destinées à des fibres vierges : beaux livres, impression-écriture,... autant d’applications qui font aujourd’hui l’apologie du papier recyclé et qui positionnent l’industrie papetière comme l'une des plus performantes en matière de recyclage de ses produits.

III-2-4 - Développement des usines de biocarburants

Avec les prévisions du futur épuisement des gisements de pétrole, l’idée d’utiliser les sous-produits de la papeterie pour produire du biocarburant prend tout son sens. En 2005, la France était le 5ème producteur de bioéthanol avec 2% du marché, loin derrière le Brésil et les États-Unis qui fournissaient près de 70% des bioéthanols.

La recherche avance dans le développement de la bioraffinerie dans les usines de pâtes à papier. Ainsi le Laboratoire Génie des Procédés Papetiers, à Grenoble INP-Pagora travaille sur ce projet dans le cadre de l'Institut Carnot Énergies du Futur.
"Ce projet consiste à valoriser les hémicelluloses qui seront extraites des copeaux de bois utilisés pour la fabrication des pâtes papetières, au lieu d’être brûlés dans les liqueurs de ces fabrications. L’extraction de ces produits sera faite dans les installations des usines de pâtes. Il s'agit de mettre au point un procédé d’extraction de ces produits, non dégradant pour la cellulose, de transformer les hémicelluloses extraites en mélange valorisable, permettant de fabriquer du bioéthanol par fermentation et éventuellement des bioproduits. La production simultanée de pâte à papier, de bioéthanol et de produits chimiques valorisables représentera une solution particulièrement élégante pour améliorer la rentabilité des usines de pâte et obtenir des produits organiques par une voie autre que pétrolière. L’avantage de ce concept est qu’il sera appliqué dans une unité existante ayant déjà collecté la matière première (bois) pour la production de fibres. De plus, l’extraction ne nécessitera pas de modification importante de la chaîne de fabrication". [Cerig, avril 2008]

Cela illustre bien le fait que l’industrie papetière cherche toujours à exploiter au maximum la matière première qu’elle utilise ce qui va dans le sens d’une minimisation du gaspillage. Elle saura donc s’imposer dans un domaine clé : celui des biocarburants.

III-2-5 - Limitation de la consommation d’eau

De plus en plus d’usines fonctionnent au maximum en circuit fermé en eau de façon à limiter grandement leur consommation en eau fraîche.

IV - Environnement de l'industrie papetière

Plan

IV-1 - Principaux acteurs autour de l'industrie papetière

Les principaux acteurs sont bien évidemment les papetiers. Ce sont les seuls garants de l’intégrité de leur industrie et de sa défense face aux diverses attaques des associations environnementales qui visent bien souvent à la faire passer pour responsable des multiples problèmes bien connus tels que la déforestation, l’effet de serre, la pollution des eaux, etc.
Interviennent bien évidemment aussi les clients de l’industrie papetière : les imprimeurs et les transformateurs dans un premier temps, les consommateurs dans un second temps.
Enfin et surtout, les autorités imposent des législations qui peuvent atteindre l'industrie papetière au niveau des matières premières qu’elle doit utiliser, au niveau des taux maximum en MeS, DCO, DBO dans ses rejets, etc.

IV-2 - Variables essentielles

Les variables essentielles qui régissent le fonctionnement de l'industrie papetière sont :

C’est la combinaison de tous ces paramètres, bien ajustés les uns par rapport aux autres qui pourra faire de chaque usine, une usine respectueuse de l’environnement.

IV-3 - Facteurs clés de développement

Pour améliorer son image vis-à-vis du grand public, les facteurs clés sont les suivants :

Ces différents éléments sont synthétisés dans un diagramme de Porter afin de mieux cerner l’environnement concurrentiel autour de cette industrie et son impact sur son image [Figure 11].

                Diagramme de Porter sur l'industrie papetière      
  Figure 11 - Diagramme de Porter sur l'industrie papetière  
     

Le diagramme de Porter met en lumière les nombreux paramètres intervenant dans l’image du support papier et de sa production. Les industriels papetiers ont tout intérêt à surveiller de près les nouveaux supports qui pourraient voir le jour et tenter de détrôner le matériau papier.

V - Perspectives d'évolution

Plan

V-1 - Matrices SWOT pour analyses stratégiques

Forces Faiblesses
  • Recyclage
  • Développement de biocarburants
  • Stations d'épuration
  • Cogénération
  • Chimie
  • Utilisation d'eau
  • Odeurs
  • Idée de nuisance vis-à-vis des forêts
Opportunités Menaces
  • Disparition du pétrole
    → Nécessité de remplacer le plastique
  • Utilisation d'une matière première renouvelabe
  • Certifications
  • Associations environnementales
  • Développement de nouveaux supports
  • Mauvaise image : abattage des arbres, etc.
  • Législation

Tableau 8 - Matrice SWOT pour l'analyse stratégique de l'industrie papetière

Dans les années à venir, les industriels papetiers seront probablement confrontés à des législations de plus en plus strictes concernant leurs effluents et leurs rejets malodorants par exemple. Le procédé qui remplacera le procédé Kraft qui génère des mercaptans, sources de mauvaises odeurs existe déjà : il s’agit du procédé soude anthraquinone. Toutefois, les papetiers n’ont pas intérêt à utiliser ce procédé plus onéreux et moins efficace que le procédé actuel. Par ailleurs, ces problèmes d’odeurs étant gênants mais ne portant pas atteinte à la santé publique ou à l’environnement, les papetiers adopteront le nouveau procédé uniquement lorsqu’ils y seront forcés par la loi.

L’industrie du papier ne doit jamais oublier de communiquer au grand public les efforts réalisés pour protéger l’environnement afin de mieux se faire connaître et de mettre en échec les idées reçues qui circulent sans cesse.

Il est également intéressant de créer des matrices SWOT sur des installations courantes dans l’industrie papetière telles que le recyclage et la cogénération.

Forces Faiblesses
  • Efficacité du désencrage
    → Augmentation de la qualité du recyclé
  • Valorisation des boues
    → briquettes pour la construction
  • Valorisation des vieux papiers
  • Boues de désencrage
  • Coût énergétique
  • Tri insuffisamment sélectif
  • Mentalités : mauvaise image du recyclé
  • Difficultés d'approvisionnement
  • Encres flexographiques
Opportunités Menaces
  • Mouvement en faveur de la préservation
  • de l'environnement
  • Disparition du pétrole
  • Législation imposant un pourcentage
  • de pâte recyclée
  • Associations environnementales
  • Développement du jet d'encre
  • dans les journaux

Tableau 9 - Matrice SWOT pour l'analyse stratégique du recyclage

Forces Faiblesses
  • Les papeteries s'y prêtent très bien
  • Autosuffisance énergétique
  • Attitude "verte"
  • Revente de l'électricité excédentaire
  • Coût des installations
  • Besoin de techniciens qualifiés
  • Maintenance
Opportunités Menaces
  • Mouvement en faveur de la préservation
  • de l'environnement
  • Coût de l'énergie
  • Législation

Tableau 10 - Matrice SWOT pour l'analyse stratégique de la cogénération

V-2 - Scénarios

V-2-1 - Scénario 1 - L’industrie papetière souffre d’une image de plus en plus négative en 2020

En 2020, toutes les papeteries sont délocalisées en Asie parce que la main d’œuvre y est moins chère. L’Asie, n’ayant que très peu de ressources forestières, est obligée d’importer plus de matières premières qu’en 2008 pour faire face à la demande croissante de papier. Par ailleurs, elle doit aussi exporter de plus en plus pour fournir ses clients. Rien que par les transports que cela implique, les rejets de CO2 sont colossaux et les associations environnementales ne ratent pas l’occasion de s’insurger. L’image du papier ne fait que de se détériorer.

V-2-2 - Scénario 2 - En 2030, le papier est le matériau le plus utilisé

Le pétrole a totalement disparu et le papier a profité de cette opportunité pour revenir sur le devant de la scène : il apparaît comme le matériau le plus respectueux de l’environnement et il est présent partout. Il est même courant de trouver des papiers électroniques servant de support à des nouvelles générations d’écrans de télévision. De plus, les mentalités ont évolué et les gens sont habitué voire séduits par de toutes nouvelles applications de ce matériau : des constructions, des moyens de transport en papier-carton et même des vêtements.

VI - Conclusion

Plan

L’image d’une industrie conditionne ses ventes et ses parts de marché. C’est pourquoi les industriels ont tout intérêt à surveiller de près l’opinion publique par rapport à leurs activités, d’où l’utilité des veilles technologiques qui permettent de suivre les évolutions du marché et les facteurs qui peuvent influencer l’image de leur industrie.

L'étude révèle que l’industrie papetière, bien que très impliquée dans des actions pour la préservation de l’environnement, a malgré tout une image très négative, étant considérée par l'opinion publique comme majoritairement responsable de la déforestation et de divers types de pollutions. Cette mauvaise image est fondée sur une mauvaise information du public : il est donc du devoir des papetiers de corriger ces préjugés en mettant plus en lumière les efforts environnementaux réalisés dans leur domaine, d’autant plus que ce secteur du papier se situe bien souvent en tête des innovations concernant le développement durable.

Par ailleurs, le diagramme de Porter montre toute la complexité de l’environnement concurrentiel qui entoure la valorisation de l’image de cette industrie et les matrices de SWOT sont autant de preuves que l’industrie papetière bénéficie de nombreux avantages et surtout d’un contexte très opportun quant à son développement.

L’industrie papetière est une industrie porteuse qui sait s’insérer dans les impératifs et les exigences de son époque pour apporter toujours plus d’innovations et de réponses aux problématiques rencontrées. Elle doit impérativement mettre en valeur ses activités et se faire connaître plus largement du grand public. C’est pourquoi l'un des grands axes de son développement devrait être la communication et la promotion de ses activités.

VII - Bibliographie - Webographie

Plan

Commission Européenne - Direction Générale des Entreprises   Étude qualitative de l’image des industries de la filière bois auprès des états membres de l’Union européenne   Rapport final. Février 2002, 70 p.
PEFC–France   PEFC (Programme Européen des Forêts Certifiées) : un système de certification pour une gestion durable de la forêt européenne.   Dossier de presse PEFC, octobre 2003, 15 p..
Consulter
Réseau Éco-Consommation   Les labels du bois [en ligne].   Réseau Éco-Consommation. Fiche conseil n°108, juillet 2005
Consulter
KINDERMANN Heinz   Résolution du Parlement européen sur la mise en œuvre d’une stratégie forestière pour l’Union européenne [en ligne].   Parlement européen
Consulter
Ministère de l'Économie, des Finances
et de l'Emploi - SESSI
  L’industrie papetière en chiffres - Édition 2008 [en ligne].   Consulter
Ministère de l'Économie, des Finances
et de l'Emploi - SESSI
  Le bois en chiffres - Édition 2008  [en ligne].   Consulter
Ministère de l'Économie, des Finances
et de l'Emploi - SESSI
  La chimie de base en chiffres - Édition 2008 [en ligne].   Consulter
Ministère de l'Économie, des Finances
et de l'Emploi - SESSI
  Les façonniers de l’habillement - Édition 2008 [en ligne].   Consulter
Ministère de l'Économie, des Finances
et de l'Emploi - SESSI.
  L’industrie française de l’emballage en chiffres - Édition 2008  [en ligne].   Consulter
Préfecture de Champagne Ardenne
et Préfecture de la Marne - Direction régionale de l’agriculture et de la forêt de Champagne Ardenne - Direction départementale de l’agriculture et de la forêt de la Marne - Service de la Forêt et du Bois
  Gérer durablement sa forêt : la garantie de gestion durable [en ligne].   Consulter
Wikipedia   Épuration des eaux [en ligne]   Consulter
Papeteries du Léman   Extension Station d’épuration usine de Thonon – concept détaillé [en ligne].   Consulter
Wikipedia   Cogénération [en ligne]   Consulter
Copacel   Rapport annuel 2007   Consulter
Ademe   Organisation et fonctionnement d'une station d'épuration.   Consulter
Copacel   Bois et papier : l'utilisation des sous-produits de la forêt.   Le papier, c'est la vie
Consulter
     
  Mémoire précédent
Précédent
Liste des mémoires
Liste
Page technique
Thèmes
Mémoire suivant
Suivant
 
Accueil | Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base
Copyright © Cerig/Grenoble INP-Pagora
     
 Mise en page : A. Pandolfi