Accueil | Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base de données
DOSSIER cerig.efpg.inpg.fr 
Vous êtes ici : Accueil > Technique > Procédés > Les presses numériques dans l'imprimerie (1)
        Révision : 21 mai 2001
Les presses numériques dans l'imprimerie
Éliane Rousset, Jocelyne Rouis et Jean-Claude Sohm - EFPG/CERIG
(06 novembre 2000)
I - La numérisation de la chaîne graphique

Le développement de l'informatique a touché toutes les activités industrielles, et le secteur graphique n'a pas échappé à cette évolution. À partir du milieu des années 80, on assiste à la numérisation progressive du flux d'information dans le prépresse. Au début des années 90, se développe les systèmes Computer-to-Plate ou CTP (insolation directe des plaques) et la numérisation gagne l'impression proprement dite, lorsque apparaissent sur le marché les premières presses numériques. C'est alors qu'est créé le terme "impression numérique". Avec l'arrivée des premières presses électrophotographiques en 1993, l'impression numérique se divise en deux filières, le Computer-to-Print (CTPrint) et Computer-to-Press (CTPress) de même que l'impression classique distingue le Computer-to-Film (CTFilm) du Computer-to-Plate (CTP).

Figure 1 - Les différentes filières d'impression

Ces quatre filières correspondent à une diminution progressive du nombre des étapes nécessaires à la réalisation d'un imprimé (figure 2).

Figure 2 - Les quatre variantes de la chaine graphique

 
I-1 Le Computer-To-Film

Le terme "Computer-To-Film" (CTF  -- de l'ordinateur au film) est utilisé pour caractériser la chaîne graphique lorsque l'information est traitée de façon numérique jusqu'à la production du film. Le texte est saisi dans un logiciel de traitement de texte (ex : Word), les photographies sont scannées puis retouchées dans un logiciel de traitement d'image matricielle (ex : Photoshop), les dessins au trait sont créés dans un logiciel de traitement d'image vectorielle (ex : Illustrator), la mise en page est effectuée dans un logiciel d'assemblage (ex : XPress). Le fichier PostScript résultant est transmis à un RIP (Raster Image Processor) qui crée, pour chaque couleur CMJN, le fichier bitmap contenant les points de trame correspondants. Ces fichiers bitmap sont utilisés par l'imageuse pour produire  le film qui sert à insoler les plaques. C'est au niveau de l'imageuse que l'information repasse de l'état numérique à analogique, et le reste jusqu'à la réalisation finale de l'imprimé.

Les principales technologies qui ont permis la numérisation du prépresse ont été développées au cours des années 80. Ainsi, la société Adobe a été créée en 1984 pour mettre au point la première version du langage PostScript, langage de description de page qui est interprété par le RIP.

En ce qui concerne le matériel, la numérisation des photos a d'abord été effectuée à l'aide de scanners à tambour. Ces derniers ont cédé la place aux scanners à plat pilotés par micro-ordinateur.

A la fin des années 70, la société Monotype avait mis sur le marché une imageuse appelée Lasercomp. Mais il a fallu attendre le milieu des années 80 pour voir arriver des flasheuses petite laize fonctionnant de manière satisfaisante (repérage, tramage). Les imageuses grande laize sont apparues au début des années 90, permettant l'imposition et supprimant le montage manuel des films.

 
I-2 Le Computer-To-Plate

Le terme "Computer-To-Plate" (CTP -- de l'ordinateur à la plaque) est utilisé pour caractériser  la chaîne graphique lorsqu'il y a suppression de l'étape du film. Les fichiers issus du RIP sont transmis directement à un dispositif (unité d'insolation / graveur CTP) qui image directement les plaques, grâce à un laser ou une diode laser émettant dans le visible ou l'infrarouge. C'est le développement des lasers de puissance IR qui a permis cette évolution vers la gravure thermique.

La société RCA fit en 1968 la première tentative de commercialisation d'un système CTP. En 1974, la société de presse Gannett procéda à des essais de gravure de plaques grâce à un laser de puissance. En 1979, deux entreprises (Iacom et Mugiscan) mirent sur le marché des systèmes CTP destinés à l'impression des journaux, mais ces systèmes ne donnèrent pas satisfaction. En 1989, la société danoise Hope Computer installa son premier système CTP chez un imprimeur de Dublin. Cette société réussit à vendre quelques dizaines de systèmes pendant les années suivantes, avant d'être absorbée par Krause (Allemagne). Mais le marché des systèmes CTP démarra réellement lorsque de multiples constructeurs exposèrent leurs machines à l'exposition Drupa en 1995. Dans une imprimerie, le passage au CTP requiert la maîtrise préalable du flux numérique.

Le procédé CTP nécessite des plaques adaptées. Leur technologie évolue depuis des années, et la plaque thermique (domaine de l'IR) gagne du terrain. Actuellement, les recherches semblent s'orienter vers des plaques utilisant un polymère thermo-inversible (switchable), passant d'un état hydrophile à un état oléophile et vice versa.

 
I-3 Le Computer-To-Press

Le terme "Computer-To-Press" (CTPress  -- de l'ordinateur à la presse) est utilisé pour caractériser la chaîne graphique lorsque les plaques sont gravées directement sur la presse. La suppression du calage, ajoutée à un repérage presque parfait, réduisent à la fois la gâche papier et le temps d'arrêt entre deux travaux successifs. On peut ainsi réaliser de courts tirages (quelques centaines d'exemplaires à quelques milliers d'exemplaires) à des coûts compétitifs. C'est le domaine de "l'impression à la demande" (POD, Print-On-Demand), ou encore "Just-In-Time".

Le CTPress est apparu 1991, lorsque la société Heidelberg mit sur le marché la première presse numérique (GTO DI) utilisant le procédé DI (Direct Imaging) de Presstek. En 1993 les diodes laser remplacèrent l'électroérosion, ce qui améliora fortement la qualité de gravure. Néanmoins, les ventes restèrent faibles. A la Drupa de 1995, Heidelberg présenta une nouvelle machine, la QuickMaster DI, qui rencontra un succès immédiat, succès qui dure encore aujourd'hui. Les autres constructeurs de presses se mirent alors de la partie, et 14 presses du type CTPress furent présentées à la Drupa de l'année 2000.

On notera que les termes "presse hybride", ou "presse offset hybride", sont parfois utilisés pour désigner les presses du type CTPress. L'appellation "presse mixte" désigne une machine CTPress acceptant aussi des plaques insolées dans un système CTP.

Aujourd'hui, le procédé CTPress évolue dans deux directions :
    la branche actuelle, dans laquelle on utilise des plaques gravées directement sur la presse ;
  une nouvelle branche, dans laquelle la plaque n'est plus matérialisée. Certains l'appellent déjà Computer-To-Cylinder (CTCylinder -- de l'ordinateur au cylindre), car c'est directement sur le cylindre d'impression que sont créées les zones imprimantes et non-imprimantes.
Le procédé CTCylinder se décline à ce jour en trois variantes :
    le procédé DICO (Digital Change Over) de MAN Roland. La presse Dicoweb utilise la technique SQUAREspot de CreoScitex pour créer les zones imprimantes par transfert thermique d'un polymère à partir d'un ruban donneur. Lorsque l'impression est terminée, les zones image sont éliminées à l'aide d'un solvant. La presse Dicoweb est actuellement en début de commercialisation, et le slogan de MAN Roland est "oubliez vos plaques !" ;
  le procédé LiteSpeed développé conjointement par CreoScitex et Agfa, dans lequel la couche oléophile est pulvérisée sur le cylindre puis fixée par chauffage. Ce n'est encore qu'un prototype ;
  un procédé toujours au stade de la R&D, dans lequel serait utilisé un polymère thermo-inversible pour réaliser les zones imprimantes et non-imprimantes.
 
I-4 Le Computer-To-Print

Le terme "Computer-To-Print" (CTPrint  -- de l'ordinateur à l'imprimé) est utilisé pour caractériser la chaîne graphique lorsqu'une image latente est générée à chaque tour de presse, puis révélée. Chaque impression peut donc être distincte, ce qui permet la personnalisation de l'imprimé.

Le CTPrint a fait une première apparition en 1990 avec la Docutech 90, une presse électrophotographique noir et blanc de Xerox, société qui produit depuis une quarantaine d'années des copieurs basés sur ce principe. En fait, on considère généralement que le CTPrint a véritablement débuté lorsque les sociétés Agfa, Xeikon et Indigo présentèrent à l'Ipex de 1993 les premières presses couleur générant une image latente par le procédé électrophotographique, image révélée par un toner (solide pour Xeikon et Agfa, liquide pour Indigo).

On peut se demander où se situe la limite entre les copieurs numériques et les presses CTPrint. Un consensus semble s'être fait jour autour des deux critères suivants, pour que le terme de "presse" puisse être invoqué :

    la machine accepte les fichiers PostScript ;
  la résolution est au moins égale à 600 dpi.

Dans le CTPrint, l'image peut être générée par des procédés autres que l'électrophotographie :

    l'ionographie (ou electron beam imaging) crée l'image latente par projection de particules chargées. Cette technique est utilisée par Xerox pour réaliser des presses très rapides ; 
  la magnétographie crée l'image latente par des têtes d'écriture magnétiques. Cette technique (Nipson, racheté par Xeikon) n'est pour l'instant utilisable qu'en noir et blanc ;
  l'elcographie crée les zones image par une réaction électrochimique. Ce procédé est aujourd'hui proche de la commercialisation (société Elco).

On classe également dans le CTPrint des procédés sans image latente, tel le jet d'encre en continu, utilisé pour les très grandes laizes, ou le "toner jet", procédé en cours de développement, dans lequel le toner est projeté directement sur le cylindre d'impression.

En général, les presses du type CTPrint n'utilisent pas de blanchet pour reporter l'image sur le support d'impression, à l'exception des presses de la société Indigo et de la NexPress de Kodak / Heidelberg.

 
I-5 Conclusion

L'avenir des différents procédés "Computer-To-..." dépend de leurs qualités respectives et de leur coût. La figure 3 ci-dessous représente, de manière schématique, les domaines propres à chacun, dans l'état actuel de la technique.

Figure 3 - Comparaison entre les diverses filières d'impression

Pour l'instant, les presses numériques ne représentent qu'une faible part du parc machines installées (quelques %), surtout en ce qui concerne le CTPress. Cette situation va changer au cours des prochaines années, par la montée en puissance de deux nouveaux marchés, visant à :
    répondre, au dernier moment, aux besoins spécifiques d'un client sur des courts ou moyens tirages (de 200 à 5000 exemplaires, avec une prédominance des tirages de 2000 à 3000 feuilles) ;
  atteindre un consommateur individuel avec un message personnalisé.

Nous allons donc examiner, dans les pages suivantes, l'état de l'art en matière de CTPress et de CTPrint.

 
Chapitre précédent Sommaire  Chapitre suivant 
 
 
  Accueil | Technique | Liens | Actualités | Formation | Emploi | Forums | Base de données  
 
Copyright © CERIG/EFPG 1996-2001