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         Mars 1998

Le transfert des données via le RNIS

 

par J.C. SOHM - Enseignant à l'EFPG

 


Chapitre I - La téléphonie numérique

1 - Le bon vieux téléphone d'antan

2 - Le nouveau téléphone numérique

3 - Le développement du RNIS

4 - L'avenir du RNIS


1 - Le bon vieux téléphone d'antan

Sommaire chapitre

Lorsqu'un usager téléphone, une ligne le relie à son correspondant. Elle assure le transport de la voix, dans les deux sens, jusqu'à ce que la communication soit terminée. Cette liaison provisoire est créée par la compagnie de téléphone (la "telco", ainsi qu'on l'appelle aux Etats-Unis), grâce à des opérations de commutation effectuées dans les centraux téléphoniques. Cette liaison est appelée "point à point" ou "en mode connecté" (connection oriented), et la technique utilisée la "commutation de circuits" (circuit-switching). Dans l'histoire du téléphone, la commutation a d'abord été réalisée de façon manuelle, puis électromécanique, puis enfin informatique.

Entre l'invention du téléphone par A.G.Bell (en 1877) et les années soixante, la voix fut transmise de manière analogique, sous forme d'un signal électrique se propageant sur des fils de cuivre. Puis les compagnies de téléphone commencèrent à utiliser la transmission numérique entre les centraux (figure 1).

La transformation du signal, analogique vers numérique et inversement, est assurée par des "codecs" (COdeur/DECodeur), qui fonctionnent suivant le schéma classique de l'échantillonnage et de la quantification. Aujourd'hui, les lignes reliant les centraux entre eux sont de plus en plus constituées de fibre optique ; une fibre unique peut transporter 30.000 communications simultanément, mais ce chiffre devrait quadrupler sous peu. Dans notre pays, France Télécom dispose d'un réseau numérique à longue distance de 1,5 millions de km de fibre optique, reliant entre elles 154 villes.

 

Figure 1 : le téléphone analogique actuel

 

 

Par contre, entre le poste de l'usager et le plus proche central téléphonique (portion du réseau que l'on appelle "boucle locale" ou "réseau local"), la voix reste transportée de manière analogique sur une paire de fils de cuivre. C'est le bon vieux téléphone d'antan, celui que les Américains appellent familièrement le POTS (Plain Old Telephone Service), et les Français RTC (Réseau Téléphonique Commuté). En 120 ans, le POTS s'est considérablement développé, et le nombre mondial d'abonnés au téléphone approche aujourd'hui du milliard.

2 - Le nouveau téléphone numérique

Sommaire chapitre

On peut aussi assurer le transport de la voix sous forme numérique sur le réseau local. La transformation du signal analogique vers numérique et inversement, est alors assurée par le codec situé dans le poste de l'usager (figure 2).

Le protocole correspondant, défini par l'ITU (International Telecommunications Union), a été baptisé ISDN (Integrated Services Digital Network) -- RNIS (Réseau Numérique à Intégration de Services) est la traduction française, et Numéris le nom commercial utilisé (depuis 1988) par France Télécom. Le RNIS peut servir à transmettre tout type de donnée numérique, ce qui élargit le champ d'action habituel des compagnies de téléphone.

 

Figure 2 : le téléphone entièrement numérique (RNIS)

 

Le remplacement du téléphone ordinaire par le RNIS (dans sa version la plus simple, appelée "accès de base") peut généralement s'effectuer sans modification des lignes téléphoniques existantes (lesquelles sont constituées de paires de fils de cuivre non écrantées -- c'est à dire sans protection particulière contre les parasites d'origine électromagnétique). Il faut cependant que ces lignes ne soient pas trop mauvaises, et que leur longueur n'excède pas 6 km. Le passage au RNIS ne nécessite pas non plus de changement important dans les centraux téléphoniques : ils sont déjà informatisés, et les modifications portent essentiellement sur le logiciel. A titre d'exemple, en Californie, 30% des lignes étaient impropres à l'ISDN avant 1995 ; deux ans plus tard, il en restait à peine 3%. Pour l'ensemble des Etats-Unis, 20% des lignes sont impropres à l'ISDN.

3 - Le développement du RNIS

Sommaire chapitre

L'extension de la technologie numérique à la boucle locale a été étudiée dès les années 70, et les protocoles ont été définis à partir de 1984. Mais il faudra attendre le milieu de la présente décennie pour que l'ISDN commence à se faire une réelle clientèle, essentiellement parmi les entreprises. Aux Etats-Unis, le nombre d'abonnés à l'ISDN est passé de 725.000 en 1966 à 1.1 millions en 1997, et il devrait atteindre 1.7 millions à la fin de cette année. Il y a environ 400.000 abonnés au RNIS en France, et plusieurs millions en Allemagne. Ce dernier chiffre ( qui correspond à 7,6 millions de canaux B installés, soit un taux de pénétration de 18 %) est dû à la politique commerciale agressive de Deutsche Telekom, qui offre depuis longtemps le RNIS au même prix que le RTC.

Quatre raisons principales ont freiné le développement du RNIS pendant une dizaine d'années.

La première est de nature technique : à l'origine, tous les fabricants de commutateurs n'interprétaient pas les normes de la même manière, et la disparité des matériels rendait l'installation d'une connexion RNIS difficile. Pour la même raison, les réseaux ISDN des divers pays (ou des divers états à l'intérieur des Etats-Unis) n'étaient pas vraiment compatibles. A partir de 1990, l'interopérabilité a fini par se réaliser entre 20 pays européens d'une part (Euro-ISDN), et entre tous les états américains d'autre part (auparavant, l'ISDN ne fonctionnait pas toujours entre la côte est et la côte ouest !). Quelques années plus tard, l'interopérabilité s'est étendue à une quarantaine de pays dans le monde (à l'exception de quelques problèmes de facturation, qui sont en cours de résolution).

Le deuxième obstacle au développement du RNIS est de nature culturelle : les compagnies de téléphone ont l'habitude de vendre de la communication téléphonique, pas de la transmission de données. De plus, jusqu'à une date récente, les compagnies de téléphone jouissaient d'un monopole légal sur leur territoire, et l'absence de concurrence a toujours été synonyme de routine (d'où la plaisanterie, accessible aux seuls anglophones : ISDN = It Still Does Nothing !). Les services commerciaux des compagnies de téléphone manquèrent d'agressivité, et ne ciblèrent pas tout de suite les bons clients. Ceux-ci sont essentiellement les PME qui ont des données à transmettre et ne peuvent, comme les entreprises plus importantes, s'offrir la location à temps plein d'une ligne spécialisée. Les particuliers ne sont pratiquement pas concernés par le RNIS, à la rare exception près de ceux qui veulent absolument s'offrir un accès rapide à Internet... et qui en ont les moyens.

Le troisième obstacle au développement du RNIS est de nature économique. A l'origine, les compagnies de téléphone pensaient que l'intégration de la voix et des données attirerait l'usager vers le RNIS, et l'inciterait à payer plus cher la nouvelle technologie. Mais elles ont placé la barre trop haut : il y a deux ans, le coût de Numéris était encore le triple de celui du téléphone analogique. Lorsqu'une entreprise ayant des données à transmettre faisait une étude comparative, le RNIS n'apparaissait pratiquement jamais comme la solution la moins chère, et n'était donc pas retenu. De plus, au fil des ans, les services annexes propres au RNIS (l'identification du correspondant, par exemple) ont en grande partie été offerts aux abonnés du téléphone analogique. Il en résulte que beaucoup d'usagers ont préféré reporter l'accroissement de leurs dépenses de télécommunication sur le téléphone mobile, où la concurrence a fait rapidement progresser la technique et baisser les coûts. Aujourd'hui, les communications Numéris sont facturées au même tarif que celles du téléphone analogique, ce qui permet enfin au marché de se développer -- même si l'abonnement d'une ligne Numéris coûte encore 1,5 fois plus cher que celui d'une ligne analogique (compte tenu du fait qu'une ligne Numéris permet de faire transiter deux communications téléphoniques simultanément).

Quatrième obstacle enfin : l'émergence d'un marché. Ce dernier s'est constitué progressivement avec la généralisation de la numérisation de l'information, elle-même tributaire du développement de la micro-informatique. Le transfert de données entre entreprises, le télétravail et la consultation d'Internet constituent les principaux marchés du RNIS.

4 - L'avenir du RNIS

Sommaire chapitre

Le RNIS présente les propriétés suivantes :

En confrontant les propriétés du RNIS aux besoins du marché, nous arrivons à la conclusion que l'avenir du RNIS est dans la transmission de volumes moyens de données numériques entre les petites et moyennes entreprises (small business connectivity), beaucoup plus que dans la téléphonie. Une conclusion que les compagnies de téléphone, habituées à vivre du monopole de transmission de la voix seule, mirent du temps à accepter.

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