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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Le livre, Web de la Réforme > La papeterie à partir du XIIIème siècle Révision : 02 juin 2008  
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André FAURIE - Ingénieur EFPG

Conférence à La Cellulose,
12 octobre 2000
Mise en ligne : Juin 2008

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II - La papeterie à partir du XIIIème siècle

1 - Les acteurs

Les chiffonniers

Ce sont des colporteurs qui sillonnent les villes et les campagnes pour ramasser les ferrailles, les peaux et les vieux chiffons. Ils les troquent contre aiguilles, épingles, lacets et rubans.
La profession s’organise dès le XIIIème siècle. Saint-Louis concède aux "frépiers" un terrain sis près du cimetière des Innocents. Ils fournissent la matière première aux moulins et souvent se chargent de livrer le papier dans les villes où ils collectent les vieux chiffons. Leur réputation est douteuse, et les conflits sont nombreux avec les papetiers. Chiffons humides, chiffons de laine, sable et autres corps lourds à l’intérieur des ballots, prix prohibitifs, rien ne manque pour attiser les haines et les rancunes. Lors des grandes pandémies, ils sont soupçonnés de ramener la peste et le mauvais sort.

L'eau

Elle se comporte comme un catalyseur dans l'élaboration des liaisons _OH interfibres. Introduite dans le réseau fibreux de la cellulose au moment du raffinage, elle s'élimine au séchage en récréant les liaisons _OH originales entre deux fibres. Force motrice du moulin, elle sert aussi à diluer la pâte dans la cuve pour assurer une bonne formation de la feuille. De sa qualité dépend le collage.

Le maître papetier

Ancien fils de maître, ou gouverneur marié à la fille du maître, il a passé 10 ou 20 années dans les moulins. Il apporte son savoir-faire et avec son épouse, il dirige l'entreprise. Autour de lui, il rassemble les compétences et se préoccupe d'acheter les vieux chiffons, de vendre les produits fabriqués et surtout de maintenir la bonne harmonie au sein de la turbulente équipe de papetiers dont il est issu.

2 - Fabriano

L'Italie du Nord est le grand carrefour commercial entre l'Orient et l'Occident. Soieries et épices, draps et alun, idées et innovations transitent par la péninsule. Les Italiens inventent les assurances, développent le crédit et pratiquent le change. Les compagnies de marchands sont très actives et participent aux grandes foires des Flandres et de Champagne.

C'est au moulin de Fabriano que se sont regroupés toutes les innovations et le savoir-faire papetier de la fin du XIIIème siècle. Créé en 1276, il est offert par Temperanza d'Abatuccio aux moines de Montefano. Implanté au pied des Apennins sur le Giano, il est le fleuron de la technique dans l'Occident médiéval.

En 1494, Franscesco Grapaldo en fait une description sobre et complète :
" Chez nous aujourd'hui, le papier se fabrique avec de vieux chiffons de lin et de chanvre déchiquetés. On les coupe en petits morceaux, on les trempe dans de l'eau et les met à macérer pendant onze jours; après les avoir pilés minutieusement au moyen d'un maillet dans un baquet d'eau où l'on ajoute de la chaux. Après les avoir enlevés, on les met dans des bacs pleins d'eau et puis, sur des châssis qui laissent passer l'eau, on les réduit en feuilles séparées qui, intercalées avec des étoffes de laine, sont ensuite pressées sous un pressoir. Puis, on les met à sécher sous un abri spécial, à l’ombre; on les immerge dans une colle préparée en faisant bouillir les déchets de cuir ou chutes de peaux que les peaussiers mettent de coté à cet effet; on les met de nouveau à sécher puis on les lisse avec du verre, et ils peuvent alors supporter la plume et ne laissent pas passer l'encre".

Les potatos

Pour éviter l'usure de la tête des maillets, les papetiers de Fabriano ont l'idée de ferrer la partie active avec des clous. Ils s'aperçoivent qu'alors la qualité du papier est bien meilleure. Optimisant l'invention, ils mettent au point trois stades de raffinage.

Défilage, lavage
Dans les piles, les chiffes sont "buquées" (frappées) par les clous acérés des têtes de maillets. Entre clous et platine, elles sont lacérées, déchiquetées et lavées dans un courant d’eau continu.

Piles à maillets au 18e siècle (Encyclopédie Diderot)
Figure 6 - Piles à maillets au 18e siècle [Encyclopédie Diderot]

Raffinage
Après plusieurs heures de défilage, la bouillie ainsi obtenue est passée dans les auges des raffineuses. Là, il faut ménager les fibres et plutôt que de busquer, on "cravante" (écrase) avec des clous émoussés. Les chocs des têtes de clous sur la pierre ou la platine en bronze, transforme la pâte sure en une pâte grasse et onctueuse que la paume de la main aime à caresser.

Effleurage
Pour la dernière opération effectuée par les "potatos", les têtes de maillets ne sont pas ferrées. Le bois caresse la pâte et ne sert qu’à affiner, coller et colorer.
Les papetiers de Fabriano mettent ainsi au point le raffinage moderne qui sera utilisé jusqu'au milieu de XVIIIème siècle.

Le filigrane

  Les premiers filigranes  
Figure 7 - Les premiers filigranes

Entre les papiers provenant de Catalogne et d'Italie, les acheteurs ne peuvent déterminer la différence de qualité qu'en déchirant les feuilles. Même après ce test, ils ne sont pas certains que le reste de la rame est bonne, car certains marchands peu scrupuleux mettent à l'intérieur une deuxième qualité moins bonne.

Pour pallier cet inconvénient et éviter les contrefaçons, les papetiers de Fabriano ont l'idée de coudre sur la forme un fil qui diminue l'épaisseur de pâte et fait un clair dans la feuille. C'est leur deuxième innovation majeure : le filigrane est le signe de la traçabilité, la griffe du papetier.

"Il est la marque indélébile, l'expression d'un art qui comme un vitrail utilise la lumière pour transcrire l'immatérialité et l'approche de l'au-delà. Il n’apparaît, comme les encres sympathiques, que si vous le souhaitez. Il laisse la page blanche et sait se faire discret. Il ne resplendit que dans la lumière, et là, il marque le symbole, le luxe, les racines".

C'est la première xylographie.

 

3 - Les premiers moulins à papier français

Les marchands de papier doivent faire face aux aléas du transport sur les routes savoyardes et bourguignonnes, aux manques de marchandises, aux droits et taxes des princes savoyards. Le prix du papier est tel, et la pénurie parfois si importante qu'ils comprennent rapidement le profit qu'ils peuvent tirer de l'implantation sur place de moulins à papier. Moulin à blé ou à draps sont nombreux sur les routes menant de la Lombardie et du Piémont à la Champagne.

C’est ainsi que de riches marchands italiens et des banquiers lombards louent des moulins en Champagne et dans le Comtat Venaissin. Ils fournissent peilles, colles et autres matières premières, confient la fabrication à des papetiers venus de la plaine du Pô ou des provinces transalpines de la Savoie et se réservent la production. Le papetier est alors un artisan sédentaire qui négocie avec les marchands un contrat annuel. Il embauche les compagnons et assure à son commanditaire la livraison d’un bel ouvrage à chacun de ses passages.

Pour se libérer de cette tutelle, il va bientôt écouler une partie de sa production avec les merciers et épiciers du pays, puis il contacte des imprimeurs. Les chiffes sont négociées directement avec les péliarots, et le tanneur établi en aval sur le même cours d’eau fournit la couenne au sallerant.

Le moulin de Perrard Granier

C’est entre 1330 et 1340 qu'est probablement loué le premier moulin dans la région de Champagne. Dès 1341, les papeteries de Troyes et d’Essonnes auraient eu leurs contrôleurs et leurs gardes-jurés. Élus annuellement par leurs pairs, ils visitent les moulins pour relever les fraudes.
Le premier moulin à papier implanté en France et connu à ce jour d'une manière indéniable, date de 1348 :
"Perrard Granier loua le moulin de la Moline, ou moulin aux toiles pour la somme annuelle de 128 livres".

"Avec Étienne le Pevrier, dit de Verdun, il en loua un autre appartenant au chapitre de Saint-Pierre pour une redevance annuelle de 22 livres tournois, payables par moitié à Pâques et à la Saint Rémi. Dit moulin Le Roi ou de la papeterie".

Le paupelleur ou papetier Pierre Garnier continue son activité "en le moulin de Pielle, sis dans le quartier de Vouldye, ancien faubourg Saint-Denis de Troyes".

La demande est grande, les applications innombrables

La France se couvre rapidement de moulins à papier

1348 : Ville sur Saulx ; 1354 : Essonnes ; 1374 : Carpentras ; 1376 : Saint-Cloud ; 1383 : Beaujeu ; 1389 : Houplines ; 1396 : Thiers et Chamalières ; 1400 : Clermont.
Sur le chemin de l'Italie, en Savoie, la première implantation date de 1350 à Faverges et le monastère de Hauterive installe le "bastoir à papier ou pâterie" de la Glane en 1479.

Malgré la mauvaise image de marque auprès des principaux clients potentiels, le saut technologique majeur entraîne une baisse importante du coût de la page et le nouveau support prend place sur le marché. Tout d'abord dans des utilisations subalternes dédaignées par les princes de la profession. Les actes de commerce, les documents de peu d'intérêt élaborés entre consommateurs de peu d'importance commencent à s'établir avec le réprouvé.
Parfois l'avantage technologique de la légèreté dans le transport prime sur la pérennité du produit.
Face à la demande croissante de papier et au déclin des foires de Champagne, l'Université s'inquiète et incite le pouvoir à accorder des avantages aux papetiers pour favoriser leur implantation . En 1354, Jean II le Bon accorde aux papeteries de Troyes et d’Essonnes, l’exemption de tout impôt ou taxe.

Les papetiers devant la demande en profitent et ne respectent pas la déontologie du métier. En 1398, Louis de Tignoville, bailli de Troyes, alerté de la tromperie sur les formats publie une ordonnance, dit de Troyes, réglementant le format régulier :
"Paupelleurs ou ouvreurs de pappier, ne doivent sous aucun prétexte faire retraire ou appetiser les moles où il font le dit pappier d'environ ung bon doy de long et autant de large, sous peine de confiscation".

Le pouvoir en profite et se mêle d'imposer des règles puis cherche à en tirer profit en instituant taxes et redevances. S'appuyant sur l'Université, puis plus tard sur l'Église propriétaire de moulins, les papetiers essaient de garder le maximum de liberté en faisant leur propre police avec les gardes-jurés.

4 - La production de masse

  Johannes Gensfleisch dit Gutenberg  
Figure 8 - Gutenberg 
[BiblioLettres]

C'est l'invention de Johannes Gensfleisch dit Gutenberg en 1445 qui est à l'origine de la fulgurante expansion du papier. La première édition d'une bible de 170 pages en 30 exemplaires sur parchemin montre l'incompatibilité de ce support pour une production de masse. Gutenberg adopte pour son deuxième livre le papier qui est plan, inerte et souple.
Sans le papier, son invention n’aurait pas connu le succès, sans l’imprimerie le papier n’aurait pas connu son fulgurant essor.

Entre 1450 et 1500, l'Europe imprime 1 livre pour 5 habitants. En 1500, on dénombre 240 imprimeries et au cours du XVIème siècle, 200 millions de livres sont imprimés, portant la consommation de papier de 400 à 2000 tonnes par an. Papier, imprimerie, jamais l’un sans l’autre.

Pour ses premiers essais, Gutenberg enduit un bloc de lettres avec un tampon imbibé d'encre puis dépose un papier qu'il imprime "au frotton". Ce procédé demande une pression importante pour compenser les irrégularités du bloc moulé et provoque un "foulage" au dos du papier qui interdit l'impression du verso. Sa véritable invention est la presse à imprimer qui, par la pression d'une platine sur un bloc d'impression parfaitement plan, permet une impression sans foulage. Les types moulés en métal répondent seuls à cette exigence.

Pour les impressions xylographiques avec des surfaces en bois, on utilise au Moyen Âge de l'encre composé de noir de fumée avec de la colle et du fiel de bœuf. Pour le nouveau procédé, il faut un produit plus gras et plus adhésif. Avec pour base le noir de fumée, on ajoute alors de la térébenthine et de l'huile de noix que l'on réduit par cuisson jusqu'à obtenir une sorte de vernis.

1483 : 13 ans après son compatriote Fichet à Paris, Antoine Neyret implante la première imprimerie de Savoie quartier Maché à Chambéry.

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