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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Grésivaudan, vallée historique de l'industrie du papier (in memoriam) > Papeterie des Martinets (Pontcharra) Révision : 26 septembre 2017  
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Grésivaudan, vallée historique de l'industrie du papier
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
Mise en ligne : Septembre 2017

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IX - Papeterie des Martinets (Pontcharra)

L’histoire de la Papeterie des Martinets à Pontcharra est moins connue que celle des autres usines de la Vallée du Grésivaudan. Elle est créée en 1884 pour la fabrication de pâte mécanique grâce à l’énergie fournie par une petite chute installée sur le canal de Renevier, en aval de Moulin Vieux. Ce canal dérivé du Breda, alimentait déjà, dans la première moitié du 19e siècle, une usine comportant plusieurs martinets, une taillanderie et même une forge, propriété d’un commerçant métallurgiste grenoblois, François Milan, depuis 1826. Cette usine dite de Renevier, utilisant encore un procédé ancien non compétitif, avait abandonné sa production de fer et d’acier en 1844. Elle avait gardé malgré tout une petite activité de taillanderie qui avait périclité entraînant une fermeture définitive en 1858.

Après le décès de François Milan (1874, Pontcharra), Zéphirin Orioli – créateur de la Papeterie de Moulin Vieux en 1869 – quoique très endetté, rachète en 1877 l’usine de Renevier et les terrains attenants aux consorts Milan. En 1879, n’ayant pas encore fini de rembourser son usine de Moulin Vieux et cumulant les déficits, Z. Orioli est contraint au dépôt de bilan. La totalité de ses biens est mise aux enchères. La Banque Gaillard de Grenoble, principale créancière, récupère la Papeterie de Moulin Vieux qu’elle confie en gérance à Henri Rochas. François Magnificat, négociant à Pontcharra, acquiert quant à lui l’ensemble de l’usine de Renevier. La création de la Papeterie des Martinets dans ses locaux désaffectés est ensuite due à l’initiative d’autres négociants : Augustin Tournier et Léonce Carre, en 1884.

Augustin Tournier, né en 1829, est un commerçant très actif. Issu d’une famille de maîtres de forge de Renage (Isère), il fabrique des pâtes alimentaires à Grenoble dans les années 1860 puis est représentant de commerce à Chambéry (Savoie) dans les années 1880. Léonce Carre (1825-1872), né d’une famille de propriétaires de Saint- Geoire-en-Valdaine (Isère) est également commerçant à Grenoble dans les années 1860, en particulier comme marchand de papier sur la place Grenette. Alfred Pellerin (1857-1910), natif de Montereau-Faut-Yonne (Seine-et-Marne) et fils d’un employé des chemins de fer, est quant à lui mécanicien. Divers emplois l’amènent à Lyon puis à Chambéry. À cette occasion, il fait la connaissance d’Augustin Tournier et épouse sa fille en 1882. Il est alors embauché par Henri Rochas à la Papeterie de Moulin Vieux dont il devient le directeur en 1883.

En 1884, lorsque A. Tournier et L. Carre créent leur papeterie dans l’usine de Renevier afin d'alimenter Moulin Vieux en pâte mécanique, Augustin Tournier en confie tout naturellement la direction à son gendre, Alfred Pellerin. Lors de la rédaction d’un acte de naissance en avril 1885, ce dernier est d’ailleurs qualifié de "maître d’usine". Sa présence à Moulin Vieux a-t-elle incité cette création ? A. Tournier a-t-il fondé cette papeterie pour son gendre ? Il est difficile de le prouver mais c'est tout à fait possible.

La papeterie Tournier et Carre est équipée d’un défibreur et alimente la papeterie Henri Rochas & Cie en pâte mécanique : en effet, pour relancer la rentabilité de l’usine après le dépôt de bilan par Z. Orioli, H. Rochas s’oriente progressivement vers la fabrication de sortes bas de gamme comportant de la pâte mécanique. Sa proximité de production diminue significativement son prix de revient, compte tenu de l’importance des frais de transport liés à la nécessité d’utiliser des pâtes mécaniques humides non séchées. Le séchage de la pâte mécanique pour son transport, puis sa réhydratation pour son utilisation, entraîne des pertes importantes de caractéristiques des papiers qui en sont issus.

La papeterie Tournier et Carre abandonne rapidement la commercialisation de sa pâte mécanique et installe une machine à papier pour fabriquer et commercialiser des papiers d’emballage (ou de pliage comme on disait à l’époque). En 1892, Pierre Escarfail, repreneur de la papeterie de Moulin Vieux, rachète le défibreur de Tournier et Carre, d’occasion, pour assurer sa propre autonomie en pâte mécanique. Au début du 20e siècle, Alfred Pellerin, dont le fils Jean est plus attiré par la poésie que par la papeterie, s’associe avec la famille Nicolet qui était à la tête d'une entreprise de mosaïques et de carrelages à Domène. Jean Pellerin (1885-1921), poète de l’École Fantaisiste aux côtés de Francis Carco, plus connu que son père, a une rue à son nom à Pontcharra.

Après le décès d’Alfred Pellerin en 1910, la société A. Pellerin et G. Nicolet est dissoute le 10 octobre. Le liquidateur Gabriel Nicolet (1855-1927) – il est également avocat – prend seul la suite des affaires. Son second fils, Vincent Nicolet (1885-1971), assure ensuite pendant quelques années la direction de l’usine et son fils aîné, Louis Nicolet (1883-1914), chef comptable de la papeterie au début du 20e siècle, dirige également le dépôt de Lyon jusqu’à son décès prématuré en 1914. À partir du 1er mai 1914, Gabriel Nicolet s’adjoint son fils Vincent comme associé. La nouvelle raison sociale de la papeterie est : G. Nicolet père et fils. Comme beaucoup d'autres, la Papeterie des Martinets cesse son activité pendant la Grande Guerre (14-18). Par la suite, la remise en route est laborieuse : la revue La Papeterie du 10 novembre 1921 annonce une reprise appréciable des activités papetières dans l’Isère et la remise en marche de deux machines aux papeteries Nicolet à Pontcharra dont la production est écoulée par les services commerciaux des Papeteries Bergès. Cette information laisse supposer qu’il y avait à cette époque deux machines à la Papeterie des Martinets, alors qu’il ne subsiste aucune trace de la deuxième machine.

En 1921, Gabriel Nicolet cède l’usine à la société des Papeteries de France constituée le 14 avril 1921 et dont l’objectif est la création d’un grand groupe papetier par absorption ou fusion d’autres papeteries, en particulier les Papeteries Bergès de Lancey (Isère) et la papeterie des usines Fredet à Brignoud (Isère).

Papeterie Martinets (Pontcharra) en 1920
Papeterie des Martinets lors de la reprise par les Papeteries de France en 1921

Sur la photo ci-dessus, on reconnaît de gauche à droite :

Désormais la Papeterie des Martinets est intégrée à un puissant groupe papetier. Elle possède sa chute de 8 mètres de hauteur avec un débit de 3 m3/s sur le canal de dérivation du Breda et peut se relier également au réseau de distribution d’énergie électrique des Papeteries de France. Un lessiveur permet de traiter les chiffons et la production est de 10 à 15 tonnes de papier d’emballage par jour. Après le rachat par les Papeteries de France, la Papeterie des Martinets connaît une période confortable, abritée derrière la production de papiers d’emballage pour les autres usines du groupe. Cette situation perdure jusque dans les années 1960 : la production annuelle assurée par une seule machine à papier atteint 4 500 tonnes. Cependant, l’outil de production, déjà vieillissant entre les deux guerres, devient pratiquement obsolète.

Papeterie des Martinets en 1925
Papeterie des Martinets en 1925 [Photo CP]

Lors de l’intégration des Papeteries de France dans le groupe Aussedat-Rey en 1971, la Papeterie des Martinets n’intéresse pas ce dernier. Elle est donc reprise par le groupe La Rochette. L’usine s’oriente alors vers la production de papier pour mandrins, 100 % papiers recyclés, avec intégration en aval pour la production de tubes spiralés et mandrins.

André Lagrange (EFP 67), qui vient de passer une décennie comme ingénieur d’exploitation carton à l’usine de la Rochette en Savoie, est nommé directeur de l’usine de Pontcharra en 1977. Compte tenu de ses difficultés dans le secteur des tubes et mandrins classiques, il oriente l’entreprise vers de nouveaux produits. En 1980, il obtient ses premiers succès avec le lancement de tubes de calage destinés à l’emballage et surtout au stockage des gros appareils électroménagers. En 1981, lancement du tube de coffrage Ecobat dont les débuts sont difficiles car il se heurte à la réticence des professionnels du bâtiment qui ne sont pas forcément des partenaires idéaux pour l’innovation. Il faut l’opiniâtreté et la persuasion d’André Lagrange et surtout attendre 1986, pour voir enfin un vrai décollage avec une vente mensuelle de 50 km de tubes de coffrage pour des diamètres de 100 à 1000 millimètres. 1981 est aussi l’année de la création de l’entité Rochette Carton Transformé (RCT) qui regroupe les fabrications de tubes de Schweighouse en Alsace et de Pontcharra en Isère au sein du groupe La Rochette.

En 1982, est créée une structure commerciale avec Abzac dont la direction générale est confiée à André Lagrange qui assume également les fonctions de directeur général de RCT. Il s’installe désormais à Paris.

En 1986, RCT rachète l’activité de Sofratube comprenant les usines de Cernay (68), Saint-Hilaire-de-la-Côte (38) et Neaufles- Saint-Martin (27) et en 1987, nouvelle création avec le lancement d’un tube de coffrage dont l’intérieur est rectangulaire ! Le travail innovant de Sofratube-RCT est récompensé par le Grand Prix attribué en 1988 par le Jury du Trophée du Cartonnage sous les auspices de la Fédération Française du Cartonnage.

Trophée obtenu par Sofratube-RCT en 1988 pour son coffrage à section rectangulaire
Trophée obtenu par Sofratube-RCT en 1988 pour son coffrage à section rectangulaire

En mai 1987, André Lagrange est nommé président du groupe Soulier et quitte Sofratube-RCT. Il peut être fier du travail accompli car, en dix ans, le chiffre d’affaire est passé de 15 millions de francs (1977) à 150 millions de francs (1986). Il est remplacé par Jean-Paul Charleux qui dirige Sofratube-RCT en développant la croissance interne jusqu’à la vente de la filiale de la Rochette au groupe américain Sonoco en juin 1995, date de son départ de l’entreprise. D’importants investissements ont lieu sous sa direction, ce qui facilite la reprise de Sofratube RCT par Sonoco.

Section d’un tube de coffrage à section rectangulaire 
Section d’un tube de coffrage à section rectangulaire

Philippe Malaval (EFP 83), chef de fabrication à l’usine de la Rochette à Vénizel (02), est nommé directeur de l’usine de Pontcharra et intègre le groupe RCT au début de la décennie 1990. La reprise de la filiale de la Rochette Sofratube-RCT par Sonoco en 1995 condamne la machine à papier qui est définitivement arrêtée en novembre 1996. Cette dernière avait une laize de toile de 2,25 m. pour 1,97 m. à l’enrouleuse. Elle produisait un papier 100% recyclé dans une gamme de grammage allant de 200 à 500 g/m2. Les vitesses de production s’échelonnaient entre 20 et 70 m/mn en fonction du grammage. Le circuit de préparation de la pâte comprenait un pulpeur suivi d’un épurateur pâte épaisse et d’un dépastilleur. La pâte diluée alimentait directement un épurateur SP 600 sous pression, puis une caisse de tête ouverte Allimand équipée de 2 rouleaux dématonneurs. La machine à papier table plate munie de pontuseaux Rollvac et de sept caisses aspirantes n’avait pas de cylindre aspirant mais seulement un cylindre manchonné en bout de table suivi de deux presses coucheuses et d’une presse montante. La sécherie comprenait une première batterie avec un réchauffeur et six cylindres sécheurs suivis d’un frictionneur et presse comprimeuse, puis d’une deuxième batterie de six cylindres sécheurs. La fin de machine était équipée d’une lisse, d’une régulation grammage/humidité et d’une enrouleuse Pope. La production atteignait alors 30 à 35 t/jour. La papeterie fonctionnait en deux factions (5h-13h et 13h-21h) La machine à papier était arrêtée du vendredi 20h30 au lundi 5h00.

En 1997, après l’arrêt de la machine à papier, l’entreprise Sonoco se concentre sur les seules activités de transformation avec la production de tubes spiralés (mandrins) et tubes de coffrage. Philippe Malaval quitte à son tour l’entreprise en mars 2004 pour prendre la direction puis la présidence de la société Dinobat du Cheylas en Isère, spécialisée dans la fabrication de tube de coffrage et concurrent actuel de la société Sonoco Alcore qui, à Pontcharra, emploie encore à ce jour une quarantaine de personnes.

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