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Grésivaudan, vallée historique de l'industrie du papier
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extrait du Bulletin de La Cellulose,
n°71, 2016
Mise en ligne : Mars 2016

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VIII - La Ouatose (Domène)

En 1929, Vincent Nicolet (1885-1971) et Paul de Gaudemaris (1882-1965) s’associent pour créer La Ouatose, au lieu-dit Le Crassier sur la commune de Domène. La raison sociale de cette société en commandite par actions est "Vincent Nicolet & Cie" Domène (Isère, France). Elle a pour objet la fabrication et la transformation de ouate de cellulose. La marque Ouatose® : ouate de cellulose et papiers légers et filtrants, est enregistrée en France le 23 mai 1929 (n°150 002). Elle est référencée au niveau international par le Bureau International de la Propriété Industrielle à Berne (Suisse), le 11 décembre 1929 (n°66 782). L'encart reproduit ci-dessous est publié dans la revue mensuelle "Les Marques Internationales de la Propriété Industrielle" - 37e année, n°12, 31 décembre 1929.

 Enregistrement international de la Ouatose

Pour finaliser et réaliser leur projet, Vincent Nicolet et Paul de Gaudemaris disposent de capitaux issus de leurs deux familles et de locaux industriels doménois appartenant à la famille Nicolet depuis 1894.

Paul de Gaudemaris est né le 31 octobre 1882 au château de Montavie à Bresson (Isère). Fils d’Anatole René de Gaudemaris (1860-1925), il est la 6e génération des Marquis de Gaudemaris. De noblesse reconnue, sa famille cumule de nombreuses propriétés terriennes et immobilières, en particulier dans le Sud-Est de la France. Paul de Gaudemaris a certainement voulu diversifier son patrimoine en investissant dans un secteur industriel nouveau mais certainement prometteur.

Vincent Nicolet est né le 20 février 1885 à Lyon. Fils de Gabriel Nicolet (1855-1927) qui s’est porté acquéreur de la Papeterie des Martinets à Pontcharra en 1910, il devient l'associé de son père au sein de cette papeterie dont la raison sociale devient "G. Nicolet père et fils" le 1er mai 1914. Il dirige l'usine de 1914 à 1921, date de sa cession au groupe Papeteries de France. Après la vente, il ne quitte pas le milieu papetier pour autant puisqu’il participe en tant qu’ingénieur à la mise en route de la plus grosse machine à papier d’Europe destinée à la fabrication de papier simili sulfurisé. Commandée à Neyret Beylier (Grenoble) en 1923 par les établissements J.B. Weibel de Novillars (25), cette machine a une largeur de toile de 3,80 mètres.

C’est en 1929 qu’il transforme la société de mosaïques de son père défunt en s’associant avec Paul de Gaudemaris afin de créer La Ouatose. Cette usine est la deuxième en France pour ce secteur d’activité après celle de La Robertsau installée dans la banlieue de Strasbourg. On peut supposer que son passage dans l’Est de la France pour le compte de J.B. Weibel et l’orientation de La Robertsau pour la production et transformation de ouate en 1925, ne sont pas étrangers à son initiative.

Gabriel Nicolet, père de Vincent, est né le 1er décembre 1855 à Grenoble. Fils de négociants grenoblois, il fait des études de droit dans sa ville natale. Diplôme en poche, il est nommé avoué près la cour de Grenoble puis près la cour de Lyon. Il épouse en 1882 Marie Troubat (1860-1937), fille d’un négociant lyonnais. Son frère Victor étant associé à la famille Allard pour exploiter une carrière de Saint-Égrève destinée à la production de ciment, Gabriel Nicolet revient en Isère comme négociant en matériaux ferreux utilisés dans la fabrication de bétons armés et moulés.

En 1894, il rachète l’atelier de préparation de la pâte de chiffons situé dans l’usine de la Forge, au lieu-dit Le Crassier à Domène. Cet atelier est une annexe de la papeterie appartenant à la famille Chevrant, mise en liquidation en 1893. Conscient de l’importance des industries de la construction et du bâtiment en cette fin de XIXe siècle, il crée une usine de céramiques et de mosaïques. Ses productions, commercialisées régionalement, concernent les tables de bistrot, les céramiques et mosaïques utilisées pour les thermes et les bains douches, les édifices publics et privés ainsi que les demeures de particuliers aisés. La beauté et la qualité de ces produits peuvent toujours être admirées dans le cœur de l’église et dans le hall d’entrée du château Dodo à Domène.

Gabriel Nicolet se porte également acquéreur de la propriété ayant servi de résidence secondaire aux évêques de Grenoble au XVIe siècle. Cette propriété et sa bâtisse bourgeoise appartiennent à la famille Nicolet jusqu’au rachat de La Ouatose par le groupe Agache-Willot, en 1978. Elle devient propriété de la famille Candelier en 1988.

 Ancienne résidence secondaire des évêques de Grenoble
devenue propriété de Gabriel Nicolet.
[Photo CP]

Au début du XXe siècle, Gabriel Nicolet diversifie son activité et s’associe avec Alfred Pellerin, propriétaire de la Papeterie des Martinets à Pontcharra. Son fils aîné, Louis (1883-1914), devient chef comptable de cette papeterie et responsable du dépôt à Lyon, jusqu’à son décès en 1914. À la mort d’Alfred Pellerin en 1910, Gabriel Nicolet liquide l’entreprise puis la reprend à son compte.

C’est au décès de son fils Louis en 1914, qu’il s’associe avec son deuxième fils, Vincent. Ce dernier dirige la papeterie jusqu’en 1921. La deuxième activité de Gabriel Nicolet étant la papeterie, Camille Nicolet (1901-1979), l'un de ses fils, intègre l’École Française de Papeterie dont il sort diplômé en 1921. Après des débuts aux Papeteries de France, il rejoint le groupe Navarre. Gabriel Nicolet décède en 1927. En 1929, son entreprise de mosaïques est transformée en usine de ouate par son fils Vincent associé à Paul de Gaudemaris.

Au début de leur association, Vincent Nicolet assure la présidence et Paul de Gaudemaris la direction générale de La Ouatose. En Allemagne en 1929, ils achètent une première machine à ouate table plate monocylindrique, de laize 1,90 m, dont la vitesse de production ne dépasse pas 130 m/mn.

En 1931, la société en commandite La Ouatose est transformée en société anonyme avec l'arrivée de nouveaux administrateurs : MM. Biron, Bos et Cuzin. Cette activité de production et de transformation de ouate assure déjà une solide réputation aux Papeteries de La Robertsau en Alsace. La ouate de cellulose est un matériau relativement récent puisque sa fabrication a été mise au point en Allemagne lors de la Première Guerre mondiale afin de remplacer le coton hydrophile. Le développement de La Ouatose jusqu’à la fin de la guerre 1939-1945 est relativement laborieux car les applications sont encore très limitées. En 1936, 35 personnes environ se consacrent à la production de ouate destinée à la fabrication de serviettes périodiques, de couches en rouleaux pour bébés et de pansements. Le façonnage est fait à domicile comme pour la ganterie. L’usine s’agrandit en 1938 pour le lancement de ses premières serviettes de table imprimées. La cadence de production peut atteindre 400 serviettes/heure au format de 40x40 cm ou 50x50 cm. Le pliage est effectué à domicile. La Ouatose s’oriente également vers la production de capitonnages pour les boîtes de pharmacie, de chocolats, les écrins à bijoux, etc.

Les habitudes anciennes et le niveau de vie encore faible des consommateurs français retardent le décollage de ces productions en France alors qu’elles se développent fortement aux États-Unis. En 1946, de nouvelles machines à serviettes Westerman sont installées. L’activité économique générée par les Trente Glorieuses permet l’essor de l’activité liée à la production et à la transformation des papiers à usages sanitaire et domestique. La Ouatose, qui n’a encore que peu de concurrence, connaît une période faste durant les années 50 et 60, ce qui lui permet d’investir dans une deuxième machine à ouate en 1958. C’est René Nicolet qui assure la mise en route de cette machine d’une laize de 2,10 m.

   
René Nicolet

Durant la deuxième moitié des années 50, René Nicolet (1913-1981) succède à son père à la direction technique de l’usine. La direction générale est assurée par François-Régis de Gaudemaris (1914-1979), ingénieur agronome, fils de Paul. La production de La Ouatose avec les deux machines à table plate équipées chacune d’un cylindre yankee pour sécher et crêper la ouate est d’environ 4000 tonnes par an. La première machine moderne pour la transformation (converting) de la ouate est achetée en 1964. Cette machine PCMC (Paper Converting Machine Company, Green Bay, Wisconsin) est fabriquée par la filiale italienne de Lucca.

En 1967, l’entreprise installe une troisième machine à ouate de 2,23 m de laize, prévue pour tourner initialement à 500 m/mn. Cette machine Beloit possède un cylindre de tête aspirant, une table inclinée avec pick up et un cylindre yankee équipé d’une hotte à haute température (315°) par combustion directe du propane dans la veine d’air. Elle est mise en route avant les arrêts pour les fêtes de fin d’année afin d’être opérationnelle dès le début de l’année 1968. Elle permet à La Ouatose de couvrir environ 16 % de la production nationale. La société emploie alors 280 personnes, dont une majorité de femmes, pour la transformation de la ouate. Pour intégrer la nouvelle ligne de production, une première machine de converting allemande HOBEMA est également achetée en 1967.

La Ouatose et La Robertsau connaissent une situation de précurseurs en France en matière de ouate de cellulose. La frilosité des dirigeants de La Ouatose en matière d’investissement l’a empêchée de connaître un développement qui lui aurait assurée une position dominante. Cela n’a pas été le cas de l’entreprise Béghin-Say de Corbehem (Pas-de-Calais) qui, après l’abandon du papier journal vers le milieu de la décennie 1960, redéploie son activité pour produire des papiers couchés, du carton ondulé et surtout de la ouate de cellulose. Cette nouvelle orientation engendre rapidement une forte concurrence pour La Ouatose.

Feuille de ouate crêpéepour augmenter la douceur et l’absorbance – 
   Photo G. Coste/EFPG- G=2000X
Feuille de ouate crêpée pour augmenter
la douceur et l’absorbance
[Photo G. Coste/EFPG- G=2000X]

En 1966, Béghin-Say démarre une usine de transformation de ouate à Kunheim en Alsace. En février 1967, il annonce le rachat de l’activité ouate de cellulose de La Robertsau avec ses machines spécialisées et ses marques déposées comme Lotus® et Vania®. La même année, grâce à une publicité bien orchestrée, la marque Lotus® s’affiche sur tous les murs de la capitale et booste la production de ouate de Béghin-Say. Cette nouvelle usine de la Compagnie de Kaysersberg, installée sur la rive gauche du Rhin, dispose d’un terrain de 150 ha, d’un port privé et d’une chaufferie ultra moderne alimentant conjointement l’usine de ouate et la cartonnerie en service depuis 1963.

En 1969, Béghin installe une première machine à ouate Beloit de 2,6 mètres de laize pour une capacité de 5000 t/an afin d'alimenter un nouvel atelier de transformation de ouate en cours de construction sur le site. En 1970, il rachète la société Pansements et Produits Wuhrlin et son usine d’Hondouville dans l’Eure. Une deuxième machine à ouate Voith de 5,2 mètres de laize est ensuite installée à Kunheim et, dès 1973, les parts de marché de la société Béghin représentent déjà 55 % des papiers hygiéniques, 35 % des couches pour bébés et 29 % des serviettes d'hygiène féminine.

  Georges Candelier  
 Georges Candelier

À La Ouatose, la direction technique de l’entreprise familiale est toujours assurée par René Nicolet. Georges Candelier (EFP 1957), adjoint au directeur technique depuis 1964, participe au démarrage et à la montée en puissance de la machine 3 ainsi qu'à l’installation et la mise en route de plusieurs machines modernes de transformation. L’effectif de la Ouatose atteint 295 personnes. Durant cette période, Georges Candelier acquiert une solide expérience dans la fabrication et la transformation de la ouate et profite d’une opportunité en 1975. Il quitte l’entreprise pour participer à la création et prendre la direction de la Papeterie du Moulin Rouge-Siffrein Garcin, également appelée "Peaudouce", à Châteauneuf-de-Gadagne (Vaucluse). C’est Jules Pelloux-Prayer (EFP 56) en provenance de la société Beloit à Pinerolo (Italie) qui le remplace à La Ouatose comme adjoint à la direction technique.

L’usine Peaudouce appartient au groupe Agache-Willot, leader en change complet et en non-tissé par voie sèche, qui ne possède cependant pas de machine à ouate. Le groupe est bien implanté dans la distribution (Bon Marché, Belle Jardinière, Conforama, Galeries Anspach en Belgique,…). Il est dirigé par quatre frères, Jean-Pierre, Bernard, Antoine et Régis Willot, appelés "les Dalton" à cause de leurs méthodes de rachat à la hussarde d’entreprises en difficultés et des règlements de leurs factures avec des délais énormes… Pour l'usine Peaudouce, les frères Willot achètent aux enchères à la bougie une machine neuve Black Clawson, en caisse (et il en manquait !), qui n’avait pas été installée. Georges Candelier a la lourde charge de modifier, compléter puis implanter cette machine. Il réussit ce challenge.

Fin 1977, nostalgique de ses montagnes iséroises, il revient à Domène pour prendre la direction technique de La Ouatose, lors du départ à la retraite de René Nicolet. Ce dernier, féru de montagne de longue date, ne profite pas longtemps de sa passion puisqu’il décède en 1981, victime d’un accident cardiaque en montagne. De même, François-Régis de Gaudemaris ne profite pas non plus de sa retraite puisqu’il décède en 1979 à 65 ans.

Les difficultés croissantes de La Ouatose dans un environnement très concurrentiel ne sont certainement pas étrangères à son rachat par le groupe Agache-Willot en 1978. La Ouatose se consacre désormais aussi à la fabrication de changes complets pour bébé pour la marque Peaudouce®. Les Willot installent René Dutoo à la fois à la direction commerciale et à la direction technique. Georges Candelier quitte La Ouatose en 1979 pour la direction technique des Papeteries de Vizille.

Vue générale de la Ouatose en 1978, lors du rachat 
   par les frères Willot. Photo CP. 
 Vue générale de la Ouatose en 1978, lors du rachat par les frères Willot.
[Photo CP]

Les frères Willot sont spécialisés dans la reprise, à des conditions très avantageuses, d’entreprises en difficulté. Après les avoir expurgées de leurs anciens dirigeants, souvent membres d'une même famille, ils mettent en place la fabrication de changes complets ou de non-tissés, puis procèdent à la vente d’une partie du patrimoine immobilier de l’entreprise. Cette reprise par les frères Willot et des problèmes liés à leur forte expansion – le groupe Agache-Willot, 26 000 personnes, 6,3 milliards de Francs, renforcé en 1978 par la reprise de l’empire Boussac, atteint 45 000 personnes et 12,5 milliards de Francs de chiffre d’affaires en 1980 – précipite le déclin de La Ouatose. La chaîne de magasins Korvette achetée aux États-Unis en 1979 accumule des dettes qui plombent le groupe Agache-Willot déjà en difficulté.

Devenu Compagnie Boussac Saint-Frères (CBSF), le groupe dépose définitivement le bilan en 1981. Avec la bénédiction de Pierre Dreyfus, ministre de l’industrie du gouvernement Mauroy, CBSF est géré par René Mayer, ancien directeur général de l’Institut Géographique National (IGN). Ingénieur des Ponts-et-Chaussées, il ne connaît rien au textile !

Une nouvelle société – la Compagnie de l’Union Industrielle – est créée et reprend en location-gérance les actifs de CBSF et d’autres actifs du groupe Agache-Willot. En 1982, avec des discours de circonstance promettant l'absence de découpage de l'entreprise, CBSF devient donc de fait – même si ce n’est pas officiel – le 6e groupe industriel nationalisé. Les promesses ne résistent pas à la réalité industrielle : en 1985, le groupe Ferinel (Bernard Arnault) reprend CBSF et, avec l'appui de l'Institut de Développement Industriel représentant l'Etat, le démantèle rapidement par des cessions. Il conserve le fleuron Dior qui sera le départ de son empire du luxe, mais hélas, pas la Ouatose ! Bernard Arnault a bénéficié d’un sérieux coup de pouce de la part du gouvernement de l’époque qui, après 1983, a redécouvert les vertus du libéralisme… Une quarantaine d’ouvrières de La Ouatose se rendent en car à Wambrechies (Nord) en mars 1985 pour rencontrer leur nouveau patron qui veut vendre leur usine comptant encore 226 salariés. Sans résultat, malgré un arrêt de travail avec occupation d’usine.

Le 1er novembre 1986, La Ouatose est reprise par Sodipan-Nokia, filiale de l’entreprise finlandaise Nokia. À l'époque, cette dernière est essentiellement tournée vers la ouate de cellulose et le caoutchouc (bottes, bandes transporteuses, pneumatiques...). Puis, plus tard, vers la télévision et les téléphones portables. Le PDG de Sodipan-Nokia est Harry Forssell et le directeur technique pour toutes les usines, Guy Beaurepaire. Cette reprise met un terme à la fabrication des petites spécialités de luxe comme les capitonnages pour boîtes et écrins, les sous-tasses ou sous-verres pour hôtels et restaurants de standing. La machine 3 passe en 5 équipes en 1986. Sa production annuelle atteint 5700 tonnes nettes.

     
Exemples de sous-tasses en ouate
fabriqués par la Ouatose dans les années 1960.
[Photos G. Coste]

En 1986, Sodipan-Nokia ne possède que des usines de transformation de ouate en France dont celle de Sotteville-Lès-Rouen. Elle projette d’installer à Domène un atelier de fabrication de serviettes de table qui pourrait atteindre une capacité de 15 000 t/an, intégré sur la production de ouate. Georges Candelier réintègre l’usine début 1987 comme directeur de production et, en 1988, Olivier Clermont est recruté pour diriger l’usine.

Sur le site de Domène, sont alors regroupés les ateliers de serviettes de table de Grenoble (ex-Gémo-Moyet-Perrin racheté en 1985), de l’usine Renucci et de La Sotralose de L’Isle-sur-la-Sorgues, appartenant déjà au groupe Sodipan. Pour ce regroupement, un atelier de 2700 m² pour les serviettes et un magasin de 3000 m² pour le stockage sont construits. La production atteint 10 millions de serviettes de table, imprimées ou non, par jour. Les machines de converting (serviettes, gaufreuses, sous-verres) en provenance de l’usine Renucci arrivent à Domène en décembre 1988 et celles de l’usine Sotralose en novembre 1989.

La Ouatose étant fortement syndicalisée et Sodipan-Nokia ambitionnant de calquer les salaires de l’usine de Domène sur ceux, plus bas, de l’usine de Grenoble, la suppression de certains acquis ne va pas sans poser des problèmes. Le 6 juin 1988, la grève perlée depuis 2 mois se durcit. 63 % du personnel ouvrier se met en grève et bloque le portail d’entrée aux camions. La machine 3 tourne encore sur ses stocks de pâte à papier. Dans la nuit du 23 au 24 juin, une trentaine d’hommes extérieurs à l’usine forcent le piquet de grève pour faire rentrer une quinzaine de poids lourds chargés de pâte à papier qui repartent ensuite chargés de produits finis. Le tout sans incident. Le lendemain, le portail est à nouveau fermé et la grève complète. Quelques jours plus tard, on s’achemine enfin vers des négociations…

La machine 3 passée en marche en continu, modernisée par Georges Candelier (vitesse portée à 800 m/min) et la seule maintenue en service, peut finalement fournir plus de 10 000 t/an à l’usine-mère de Sotteville et à l’atelier de transformation de serviettes de table de Domène. Un laboratoire de contrôle moderne, annexé à la machine, voit le jour afin de répondre aux exigences de qualité.

La mondialisation de l’industrie papetière ainsi que les marges encore conséquentes pour les papiers sanitaires et domestiques entraînent une inévitable concentration du secteur. En 1986, la partie ouate de l’entreprise Béghin est cédée à l'italien Eridania (groupe Ferruzzi) qui, par un jeu d’alliance et de montage financier complexe, s’associe à l’américain James River et au finlandais Nokia en 1989 pour former la holding JA/MONT.

James River, qui veut devenir un acteur majeur dans ce secteur industriel en égalant voire dépassant son compatriote américain Scott Paper, rachète en 1991 Sodipan-Nokia à Nokia qui se désengage du papier à partir de 1990. La Ouatose passe alors sous le contrôle de l'Américain. En 1995, James River construit une machine de 5,2 mètres de laize à Hondouville dans l’Eure, alimentée par de la pâte recyclée, désencrée et blanchie à un fort degré de blancheur.

La croissance mondiale continue du marché des papiers sanitaires et domestiques et une rentabilité supérieure à 10 % incitent encore les investisseurs à s’intéresser à ce secteur industriel. C’est ainsi que de 1997 à 1998, James River se rapproche de Fort Howard pour former le groupe Fort James, l’un des plus importants au monde pour ce secteur d’activité.

La Ouatose qui, à la suite de licenciements économiques successifs, compte encore 90 salariés, n’est plus rentable et ne rentre plus dans la stratégie de ce groupe qui veut devenir le n°1 mondial. Elle est fermée en 1997. La longue grève de 1988 qui a beaucoup marqué la direction générale de l’époque, n’est probablement pas totalement étrangère à cette décision.

La machine 3 est vendue. Georges Candelier, alors à la retraite, qui avait démarré cette machine fin 1967 et la connaît très bien, assure son redémarrage aux Philippines au début 1997. Les machines de transformation de l’atelier de serviettes sont transférées à Hondouville et les bâtiments sont rachetés par l’entreprise Matussière & Forest (M&F) pour servir d’entrepôts.

Georges Candelier et la Machine 3 de la Ouatose installée 
   et redémarrée aux Philippines. Photo CP. 
 Georges Candelier et la Machine 3 de la Ouatose installée
et redémarrée aux Philippines.
[Photo CP]

Dans les faits, l’usine, peu utilisée par Matussière, est livrée au pillage et au taggage pendant plusieurs années. Finalement, après le dépôt de bilan de la Papeterie des Alpes (ex-Domeynon) en 2007 et celui du groupe M&F en 2008, les terrains de La Ouatose et ceux de la Papeterie des Alpes sont repris par la commune de Domène. Le 22 décembre 2008, le Conseil municipal adopte un premier budget annexe de 52 100 euros pour des études sur l’aménagement des friches industrielles. À la suite de ces études, la municipalité opte dans un premier temps pour une action publique permettant la reconversion des 2,4 hectares du site de La Ouatose en zone résidentielle. Le budget prévisionnel 2010, adopté le 11 janvier, prévoit un budget annexe d’aménagement urbain de 2 063 500 € pour l’acquisition, la vente et la dépollution de l’ex-site de La Ouatose-Sodipan.

Cette acquisition est réalisée avec un portage foncier de l’Établissement Public Foncier Local (EPFL) qui se substitue à la commune pour l’avance des fonds. Au total, 114 logements sont construits entre 2011 et 2013, répartis entre logements sociaux et logements en accession libre ou aidée. Le sénateur-maire Michel Savin inaugure officiellement ce nouveau quartier baptisé La Ouatose, le 26 juin 2013 en présence des trois promoteurs du projet : Cogedim, Safilaf et SDH.

Logements construits sur la friche industrielle de la Ouatose 
   entre 2011 et 2013. Photo G. Coste
 Logements construits sur la friche industrielle
de la Ouatose entre 2011 et 2013.
[Photo G. Coste]

Pendant ce temps, par rachats successifs, la partie ouate du groupe Fort James, devenu Georgia Pacific en 2002, est reprise par Svenska Cellulosa Aktiebolaget (SCA) en novembre 2011, en attendant la suite… !

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