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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Conclusion Révision : 28 novembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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IX - Conclusion

Les extraits tannants de châtaignier commencent à être industrialisés dans les années 1860-1870. Deux décennies sont nécessaires pour qu’ils s’imposent auprès des ateliers de tannerie. Adoptée définitivement par les professionnels du cuir vers 1890, l’industrie des extraits tannants végétaux connaît un essor exceptionnel. Portée par la Révolution industrielle de la deuxième moitié du 19e siècle et par les besoins exceptionnels en cuirs des armées engagées dans le premier conflit mondial, elle atteint son apogée à la veille de la Guerre 1914-1918 et reste florissante jusqu'en 1920.

La diminution logique des commandes militaires puis la crise des années trente lui portent un premier coup. Le paysage de ce secteur change avec la fermeture de certains sites et la reprise ou le regroupement d’autres. La Seconde Guerre mondiale et la généralisation des produits de tannage synthétiques ou au chrome portent le coup de grâce : la quasi-totalité des usines restantes dans les années 1950 et 1960 ferment. Seuls les sites de Condat, Saillat, Couze et Labruguière choisissent l’innovation et la diversification, et se pérennisent.

Cette saga industrielle a duré un siècle avec un cycle de vie particulier : triangulaire, il n'a pas de pallier indiquant que le développement a atteint sa maturité après sa période de croissance. Ce cycle ne comporte que deux phases : une phase de croissance, d’abord lente puis accélérée, durant un demi-siècle et une phase de déclin pendant le demi-siècle suivant. De nombreux sites ont été rayés de la carte soit par reconversion soit par disparition. Certaines communes et associations locales œuvrent malgré tout pour la restauration et la conservation de ce patrimoine industriel, véritable mémoire de leur passé. Parmi les vestiges de cette grande aventure ne subsiste souvent qu’une haute cheminée laissée en place lorsqu’elle ne présente pas de danger pour la sécurité par risque d’effondrement. C’est le cas à Saint-Sauveur-de-Montagut (07) où la cheminée de l’ancienne usine Progil d’extraits tannants trône dans le paysage local.

Cheminée de l’ancienne usine Progil de Saint-Sauveur-de-Montagut
Cheminée de l’ancienne usine Progil
de Saint-Sauveur-de-Montagut se dressant majestueusement
face à la villa qui fut celle des Villez père & fils,
directeurs de l’usine de 1910 à 1962
[Photo G. Coste]

À une époque où d’autres modèles économiques et sociaux sont proposés, il est toujours intéressant de se pencher sur les exemples du passé pour mesurer l’impact de l’activité industrielle sur le mode et la qualité de vie des populations vivant au rythme des usines. Bien sûr, ces anciennes entreprises étaient moins regardantes sur les questions environnementales – rejets industriels, déforestation – mais elles avaient le mérite de fixer et faire vivre les habitants des campagnes déshéritées.

La photo ci-dessus est le parfait symbole de cette ancienne industrie paternaliste. La cheminée de l’usine représente l’outil de production apportant travail et prospérité économique à la commune ainsi que des avancées pour la société civile. Protection sociale, activités culturelles, éducatives et sportives (colonies de vacances, équipes de sport, écoles de musique…), logements, garderies, dispensaires, coopératives, épiceries,... ces progrès ont largement contribué à l’amélioration du niveau de vie des populations rurales.

La villa du propriétaire ou du directeur symbolise le patron, parfaitement intégré dans le paysage régional et vivant au milieu de ses salariés. Cette résidence est construite à proximité voire, dans certains cas, intégrée à l’usine : un excellent moyen pour être au fait de ce qui se passe à l’intérieur. Beaucoup de patrons paternalistes, largement décriés par la suite, ont été cependant très impliqués dans la vie et la gestion des communes où était implantée leur usine et ce, pour le plus grand bien de tous. Citons en particulier la famille Rey dont Alexis, frère de Pierre-Albert, est maire de Montreuil-sur-Ille de 1920 à 1935. Louis Rey, fils de Pierre-Albert le fondateur des Tanins Rey, diplômé de l’ESCIL en 1901, prend la direction de l’usine de Couze-le-Port en 1902 et devient maire de Baneuil (24) de 1902 à 1953, soit 51 ans passés au service de sa commune et de ses concitoyens ! À titre de comparaison, parmi tous les édiles français – dont ceux à qui leurs administrés vouent une reconnaissance et admiration sans borne –, le record absolu doit être détenu par Aimé Césaire, maire de Fort-de-France de 1945 à 2001. Dans les grandes villes, citons Jacques Chaban-Delmas, 48 ans à Bordeaux (1947-1995) et Edouard Herriot, 47 ans à Lyon (1905-1940 puis 1945-1957). Par ailleurs, Louis Rey et sa famille font don de leur château familial de La Rochette à la Savoie qui, à son tour, en fait don à la commune de La Rochette.

Aujourd'hui, tout va trop vite. Dans un avenir proche, neuf milliards d'individus peupleront la planète, dont les trois quart concentrés dans les agglomérations urbaines. On peut déjà imaginer les problèmes et les contraintes que cela devrait engendrer. Assisterons-nous à la formation de quelques mégapoles jouxtant des zones entièrement dépeuplées ? Quel sera le devenir géographique de l’industrie alors que la gestion des entreprises s’apparente de plus en plus à un Monopoly mondialisé ? Dans ce contexte d’interrogations, et sans nostalgie aucune, il est réconfortant de se remémorer l’épopée de ces industries disparues qui ont fait prospérer des régions souvent pauvres et fourni un "mieux vivre" à leur population.

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