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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Usine d’extraits tannants de Saint-Sauveur-de-Montagut Révision : 11 décembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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VIII - Usine d’extraits tannants de Saint-Sauveur-de-Montagut

VIII-1 - Historique

Comme évoqué précédemment, cinq usines produisant du tanin sont implantées en Ardèche, zone particulièrement bien pourvue en châtaigneraies. La mévente des châtaignes et l’évolution du mode de vie des autochtones ne sont pas étrangères à ces implantations.

Après la création des deux usines de Lalevade d’Ardèche bénéficiant de la châtaigneraie du Tanargue et des versants sud des Boutières, le choix du site de Saint-Sauveur-de-Montagut paraît logique : localisé dans la moyenne vallée de L’Eyrieux au cœur d’une région moulinière, il dispose déjà d’une infrastructure routière et de la ligne ouverte en 1891 de la Compagnie des chemins de Fer Départementaux du Vivarais reliant la Voulte-sur-Rhône à Dunières en Haute-Loire. La région des Boutières et les versants sud du Haut-Vivarais bien pourvus en bois de châtaignier peuvent assurer l’approvisionnement.

L’usine de Saint-Sauveur-de-Montagut est fondée en 1906 par MM. Noyer et Sarny, déjà impliqués dans cette activité. Ses débuts sont difficiles. Des craintes pour la santé publique compte tenu des rejets plus ou moins toxiques qui noircissent l’Eyrieux et aussi provoquées par le déboisement intensif de la châtaigneraie locale suscitent une opposition assez vive parmi la population locale. Les fondateurs cèdent leur usine en 1910, à MM. Germain et Villez.

Antoine Germain (1864-1944), natif de Moras-en-Valloire dans la Drôme, est ingénieur diplômé de l’École Centrale de Lyon, promotion 1883. Après des débuts professionnels comme dessinateur pour les Ets Jouffray de Vienne, il s’oriente vers la chimie en plein essor grâce à la fabrication des produits tinctoriaux utilisés par les soyeux lyonnais. Allié en secondes noces à la famille lyonnaise Tapissier, il côtoie les acteurs majeurs de cette industrie, dont la famille Gillet, et peut bénéficier de capitaux pour financer ses projets.

Henri Villez (1870-1959), natif de Paris, est ingénieur de l’École Centrale des Arts et Manufactures de Paris. Il débute dans l’industrie sucrière issue des décrets napoléoniens. Dans le cadre de son activité professionnelle, il rejoint Lyon et rencontre Antoine Germain qui envisage d’investir dans l’industrie des extraits tannants. Le procédé d’extraction du tanin à partir du châtaignier étant similaire à celui de l’extraction du sucre à partir de la betterave, l’association A. Germain-H. Villez présente toutes les garanties pour l’exploitation d’une usine : le premier pour sa connaissance de la région et du marché des extraits tannants ; le second pour son expérience technique. Ils reprennent l’usine en 1910 et bénéficient de l’apogée de cette industrie jusque vers 1920.

En 1922, ils forment une société en nom collectif avec la raison sociale A. Germain & H. Villez, chaque associé ayant les pouvoirs et la signature. Le capital social est fixé à 95.000 francs, fourni à hauteur de 85.000 francs par Antoine Germain et 10.000 francs par Henri Villez. Prévue initialement pour une durée de dix ans, l'entreprise est rapidement transformée en société anonyme au capital de 2.100.000 francs avec la raison sociale Etablissements Germain & Villez.

L’ancienne usine en 1924
L'ancienne usine en 1924
[Photo carte postale ancienne - Collection Picq]

En 1926, l’ancienne usine est remplacée par des bâtiments plus spacieux et plus fonctionnels avec du matériel performant. Ils existent encore aujourd'hui et abritent désormais une coopérative agricole et une supérette. Les rénovations entreprises permettent d’atteindre un plein rendement qui perdure jusqu’en 1930, début de la crise du secteur due à la déprime économique mondiale et accentuée par la concurrence des produits américains et l’importation de bois de quebracho d’Argentine. L’usine est reprise par Progil en 1932. Lors de la cession, Henri Villez père (bisaïeul d’Elisabeth Grasset diplômée de l’EFP en 1978) obtient que son fils Henri soit maintenu comme directeur. Progil modernise l’usine et abandonne la production de tanin liquide à 30-35 % d’extrait sec, livrée dans des fûts devenus trop onéreux pour la commercialisation.

De nouveaux investissements permettent la fabrication d’un extrait tannant compact à 65 % d’extrait sec, pouvant être conditionné dans des sacs de jute caoutchoutés. L’introduction d’adjuvants chimiques adéquats permet également d’améliorer la qualité et la couleur des produits exportés majoritairement vers l’Angleterre. Une nouvelle cheminée de 40 mètres est édifiée entre 1938 et 1940 par des fumistes italiens. Pour l’approvisionnement en bois de châtaignier, les coupes sont de plus en plus éloignées de l’usine. Cet éloignement augmente considérablement les coûts d’exploitation et nécessite une importante logistique de transport. Un entrepôt et des ateliers de réparation du matériel de manutention et de transport voient le jour en 1945.

L’usine avec sa nouvelle cheminée avant la destruction de l’ancienne par minage
L’usine avec sa nouvelle cheminée
avant la destruction de l’ancienne par minage

Après la Guerre 1939-1945, le tannage à l’aide du tanin végétal n’est plus de mise. Les professionnels du cuir lui préfèrent le tannage au chrome ou celui utilisant les nouveaux tanins chimiques. La fermeture de l’usine paraît inéluctable. Son directeur, Henri Villez fils, conseille à quelques ouvriers ayant un fort potentiel d’envisager une reconversion dans d’autres secteurs. L’inévitable arrive en 1962, date de la fermeture du site par Progil. Quelques employés seulement ont l’opportunité et la volonté d’intégrer l’usine de Progil à Pont-de-Claix dans l’Isère. Saint-Sauveur-de-Montagut qui, selon Elie Reynier dispose encore de plus de 500 emplois industriels et artisanaux dans les années 1950, se trouve durement touché. Cette fermeture s’ajoutant au déclin inexorable de son industrie textile contribue à l’exode de la population rurale locale dans les années 1960.

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