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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Valorisation industrielle des copeaux détannisés Révision : 11 décembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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VI - Valorisation industrielle des copeaux détannisés

VI-3 - Usine de Saillat-sur-Vienne

En 1880, la famille Tourret de Tulle installe un atelier comprenant une coupeuse entraînée par une roue hydraulique et un autoclave pour extraire le tanin du bois de châtaignier. Il traite entre deux et trois tonnes de châtaignier par jour et fournit une tannerie à proximité. L’arrivée du chemin de fer désenclave la région et incite les Établissements Parisiens Leveinstein à y investir dans la production de tanin. Ils achètent l’atelier des Tourret et un terrain à Cornil (19) afin de construire en 1885 une grande usine moderne. Sa consommation atteint rapidement 34.000 tonnes de bois de châtaignier par an. Plus tard, elle inquiète même la population locale en raison de la déforestation de 40.000 hectares de la châtaigneraie en 50 ans. En 1894, le succès de l’usine de Cornil conduit les propriétaires à ériger une deuxième usine à Saillat en Haute-Vienne. Ce site est choisi pour la proximité d’une châtaigneraie importante et la présence de la gare de Saillat-Chassenon sur la ligne ferroviaire reliant Limoges à Angoulême. L’usine est construite près du confluent de la rivière Gorre et de la Vienne.

Les usines de Cornil et de Saillat sont réunies au sein de la Société Anonyme des Matières Tannantes et Colorantes (SAMTC). Cette dernière investit également en Belgique sur les sites de Jemappes et de Saint-Gislain, proches de Mons et de la rivière Haine qui est doublée par un canal dans ce secteur. La société Leveinstein & Fils crée également une usine d’extraits tannants à Saint-Jean-du-Gard en 1913. Elle est cédée à Progil en 1922 et arrêtée en 1939. Les installations belges de la famille Leveinstein souffrent terriblement durant la Première Guerre mondiale et n'y survivent pas. En dédommagement, les Leveinstein touchent d’importantes indemnités versées par l’Allemagne : elles permettent à la SAMTC de construire une usine à Suresnes en 1926 et l’incitent, à l'instar de Condat, à investir dans l'usine de Saillat pour la production de pâte à papier à partir des copeaux détannisés.

La production de pâte démarre en 1928 et atteint les 5000 tonnes à la fin de l'année. Dès 1929-1930, la conjoncture marquée par la Grande Dépression est très défavorable. Le marché mondial de la pâte à papier subit une forte baisse qui favorise les pâtes scandinaves aux prix nettement réduits tout en ayant des caractéristiques mécaniques bien supérieures à celles des pâtes de châtaignier. La SAMTC connaît alors de graves difficultés et cesse son activité en 1934. Elle est reprise par les Tanins Rey en 1935 qui entreprennent des travaux pour la moderniser. Redémarrée en 1937, l'usine est dédiée à la production de tanin et de cellulose de châtaignier pour l’industrie de la rayonne, abandonnée en 1946 pour une production de pâte à papier classique moins exigeante au point de vue délignification et blanchiment.

Au début des années 1950, les Tanins Rey commercialisent encore 18.000 tonnes environ d’extraits tannants secs produits par leurs six usines et 23.000 tonnes par an de pâte à papier blanchie, dont 14.000 tonnes venant de Saillat. Dans les années 1960, le marché des extraits tannants végétaux s’effondre, remplacé par celui des produits tannants synthétiques ou au chrome. La SATR, devenue PCC Rey en 1961, poursuit sa diversification. Après la création de Polyrey à Couze, elle produit du papier en intégrant une première machine à papier en 1966 sur son site de Saillat. Cette machine, la S1, est fournie par KMW, le constructeur suédois de Karlstad, spécialiste des machines à fabriquer des papiers kraft et d’emballage. D’une laize de 3,3 mètres pour une capacité de production de 30.000 tonnes par an, elle est destinée à alimenter l’usine de Couze, grande consommatrice de papiers dont les krafts blanchis ou écrus pour ses panneaux stratifiés. Les grammages vont de 70 à 160 g/m².

Le rapprochement de PCC Rey avec Aussedat-Pont-de-Claix en 1970 et la création du groupe Aussedat Rey par intégration des Papeteries de France en 1971, consacrent définitivement la vocation des Rey pour le papier. Le groupe positionne le site de Saillat sur le marché de la reprographie. Un atelier de ramettes pour reprographie capable de transformer 40.000 tonnes par an est construit à Étagnac en 1971 : bien que situé en Charentes, il est à proximité de l’usine de Saillat. En 1974, cette dernière accueille une machine Voith destinée à fabriquer un papier symétrique spécialement conçu pour la reprographie. Nommée S2, d’une laize de 5,60 mètres pour une vitesse initiale de 600 m/mn, elle est équipée d’un Duo-former double toile. Son démarrage laborieux et les investissements réalisés plombent les résultats financiers du groupe qui cherche de nouveaux partenaires financiers pour relancer sa croissance.

L'Américain International Paper, numéro un mondial du secteur papetier à l’époque, cherche à se positionner en Europe. Il lance une OPA qui se concrétise en 1989. International Paper mise entre autres sur le site de Saillat et investit 2,1 milliards de francs pour reconstruire entièrement l’usine qui double sa capacité de production avec 300.000 tonnes de pâte par an. L’unité démarre en 1993 après deux ans de chantier. Sur le total des investissements, 350 millions sont consacrés à la protection et au respect de l’environnement.

À l’aube du 21e siècle, Saillat ne produit plus de tanin mais devient l’un des plus importants sites papetiers français avec une capacité de production de 320.000 tonnes de pâte blanchie par an (séquences alternées de cuissons continues de copeaux de feuillus mélangés ou de résineux dans un Kamyr). 180.000 tonnes par an environ sont autoconsommées pour la fabrication de papiers, le reste est commercialisé. La production de papier atteint 220.000 tonnes annuelles de papiers blancs et 22 000 tonnes de papiers de couleur. Le site emploie 550 personnes environ et génère quelques 4000 emplois induits. En 2015, 20 millions d’euros sont investis dans un atelier de délignification complémentaire à l’oxygène permettant le blanchiment de la pâte tout en minimisant son impact sur l’environnement.

Usine de pâte d’International Paper Saillat après sa reconstruction au début des années 1990 
Usine de pâte d’International Paper Saillat
après sa reconstruction au début des années 1990

VI-4 - Usine de Labruguière

L’industrie des panneaux à base de bois est liée au développement de l’Isorel®, une marque déposée en 1952 pour caractériser un matériau issu de fibres de bois agglomérées, compressées à chaud. L’effet combiné de la chaleur et de la haute pression plastifie et polymérise la lignine qui joue, avec les hémicelluloses, le rôle de liant naturel entre les fibres cellulosiques assurant ainsi la cohésion et la dureté des panneaux sans ajout de produits chimiques. Ce matériau connaît un essor considérable dans la construction (isolation, doublage, cloisons, plafonds, etc.), la menuiserie et la fabrication de meubles.

Il existe peu de renseignements sur le premier atelier qui a mis au point et breveté ce procédé. La marque Isorel® pourrait venir du terme 'isoler' en prenant les trois premières lettres dans le bon ordre et les trois dernières en sens inverse. Par la suite, plusieurs sociétés exploitent le brevet. Progil s’associe avec Isorel pour créer la filiale Isogil (Isorel-Gillet). En 1952, celle-ci implante une chaîne de fabrication de panneaux de fibres de bois, à partir des copeaux détannisés de son usine d’extraits tannants de Labruguière.

Créée en 1904, l’usine de Labruguière est absorbée par Progil en 1928. Dès 1952, elle produit des extraits tannants et fabrique des panneaux Isorel. L’engouement pour ces derniers dans les années cinquante et soixante assure la prospérité de l’entreprise qui s’effrite cependant à la suite des chocs pétroliers de 1973 et 1979. C’est la grande déprime pour ce secteur d’activité. La politique industrielle appliquée par le gouvernement à partir de 1981 – nationalisation des grands groupes dont Saint-Gobain, fusion des entreprises en difficulté pour atteindre des tailles critiques – conduit à la création d’Isoroy en 1982 à partir de la fusion de trois sociétés : Leroy, implantée en Normandie pour la fabrication de cageots et de boîtes de fromage, Isorel et Baradel. Par des rachats, dont celui de l’usine de Labruguière en 1984, Isoroy devient le leader français du secteur. Toutefois, la situation économique désastreuse de ce dernier conduit à la reprise du groupe Isoroy par François Pinault en 1986. L’usine Isoroy de Labruguière (ex-Progil), qui ne produit plus de tanin, passe ainsi dans le giron du groupe Pinault Bois qui en reste propriétaire jusqu’en 1992, date du rachat d’Isoroy par le groupe allemand Glund.

Les années 1990 sont difficiles pour Isoroy Labruguière : grèves à répétition, arrêts de production en 1997 et cessation de l’activité panneaux de particules de bois en 1999 après la reprise de la société en 1998 par le groupe portugais Sonae Industria. Début 2003, l’usine est rachetée par deux actionnaires privés, MM. Audebert et Rosier, et devient la Tarnaise des Panneaux SAS immatriculée au Registre du Commerce le 6 janvier 2003. L’installation présentant des dangers pour l’environnement, un arrêté préfectoral de la fin 2004 permet malgré tout de poursuivre l’activité industrielle sous réserve d'effectuer des travaux pour remédier aux nuisances. Après plusieurs manquements quant à la mise en conformité et un incendie dans le parc à bois en 2007, des mises en demeure et des suspensions d’activité décidées par la DRIRE du Tarn mettent l'entreprise à mal. Dix années jalonnées d’injonctions perturbent l’exploitation de l’usine et ternissent sa réputation. Après avoir consacré près de 3 millions d’euros pour se mettre aux normes, l’usine qui emploie environ 120 personnes semble cependant avoir retrouvé un peu de sérénité, le tribunal de Castres ayant enfin classé le dossier depuis le 1er mars 2017.

Pour alimenter les usines d’extraits tannants du centre de la France durant la Première Guerre mondiale, l’État français impose la création d’un organisme chargé d’acheter et de collecter le bois : le Comptoir du Bois de Châtaignier est ainsi constitué à Brive en 1916. En 1937-1938, cette centrale d'achat fournit les Usines d’extraits tannants du Centre réunies dont la Société des anciens Établissements Veuve Paul Gondolo (Uzerche, 19), la Société des Extraits Tanniques Enault (Tulle, 19), la Société des Matières Tannantes (Cornil, 19), les Tanins Français (Laval-de-Cère, 46), Huillard & Cie (Saint-Denis-des-Murs, 87), Tanins Rey (Saillat, 87, et Couze, 24), Progil Condat, 24, et Labruguière, 81). Le bois se négocie de 33 à 35 francs le stère, rendu à la gare la plus proche du client. Ce comptoir survit à la Seconde Guerre mondiale et devient le Comptoir des Bois de Brive (CBB) en 1979, avec une vocation d’exploitation forestière et de négoce de bois. Son activité actuelle s’étend sur une vingtaine de départements du centre ouest (sans que cela soit exhaustif : Allier, Cantal, les Charente, Cher, Corrèze, Creuse, Dordogne, Indre, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loiret, Lot, Maine-et-Loire, Puy-de-Dôme, Deux-Sèvres, Vienne et Haute-Vienne). Depuis les années 1990, son activité est majoritairement dédiée à l’approvisionnement en bois de trituration de l’usine de Saillat-sur-Vienne (87) qui représente 1,4 millions de tonnes de bois par an.

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