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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Valorisation industrielle des copeaux détannisés Révision : 28 novembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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VI - Valorisation industrielle des copeaux détannisés

Après la Première Guerre mondiale, le ralentissement de la demande en extraits tannants modifie le paysage de ce secteur. Nombre d'usines en difficulté disparaissent ou changent de propriétaires. Les dynasties Gillet et Rey, bénéficiant d’une assise financière importante, en profitent pour renforcer leur suprématie. Concernant les Gillet, seules les usines intéressantes sont rachetées et intégrées dans le patrimoine de Progil. Pour les autres, une simple prise de participation leur suffit pour contrôler les marchés et les capacités de production.

Pour compenser cette baisse, les deux familles d'industriels optent pour une diversification intelligente en privilégiant l'utilisation des copeaux de bois détannisés afin d'alimenter une autre activité, la fabrication de pâte à papier : un bel exemple d'économie circulaire avant l'heure. Compte tenu du déficit de pâte chimique en France et de la disponibilité d’une abondante matière première fibreuse issue de l’extraction du tanin, ce choix s’impose rapidement. Pourtant, ce n’est pas si simple car il existe plusieurs facteurs limitants.

L’idée d’employer les copeaux de bois détannisés pour fabriquer de la pâte à papier chimique a déjà été testée aux États-Unis et en Italie. La famille Gillet, qui a construit l’usine d’extraits tannants de Condat-le-Lardin (24) en 1907, montre l’exemple en l'agrandissant en 1923 pour produire de la pâte à papier. La famille Rey fait de même en 1930 avec son unité de Port-de-Couze (24) créée en 1899. En 1928, la Société Anonyme des Matières Tannantes et Colorantes (SAMTC) installe elle aussi une ligne de production de pâte à partir de ses copeaux détannisés dans l'usine de Saillat-sur-Vienne (87). Datant de 1894, cette dernière est rachetée par les Rey en 1935. En 1952, Progil innove en installant une chaîne de production de panneaux Isorel® à partir de copeaux détannisés dans l'usine de Labruguière (81).

VI-1 - Usine de Condat-Le-Lardin

Fondatrice de l’usine d’extraits tannants de Condat en Dordogne (1907), la famille Gillet est la première à lui adjoindre en 1923 une ligne de production de pâte à papier utilisant les copeaux détannisés. Toutes les conditions sont réunies par Progil pour cette nouvelle orientation : une grande quantité de copeaux épuisés en tanin, une bonne santé financière, un puissant service de recherche & développement à Lyon ainsi qu'un site idéalement proche d’une châtaigneraie abondante et de la ligne ferroviaire Clermont-Ferrand - Bordeaux.

Fidèle à sa politique de prise de participation, Progil se rapproche de la famille Montgolfier d’Annonay, en particulier de Jean, qui peut partager son expérience dans ce domaine. Les Montgolfier prennent 40 % du capital de Condat et deviennent ses premiers clients. Il faut préciser qu’il y a déjà un antécédent entre ces deux dynasties industrielles puisque Marie Joséphine Gillet (1852-1889), fille du fondateur François Gillet, a épousé Henri de Montgolfier (1847-1914).

Les débuts de l’activité pâte à papier sont laborieux. En 1926, l’usine ne produit que 4 tonnes de pâte par jour alors qu’elle est prévue pour 20 tonnes par jour. Les Montgolfier se retirent de l’affaire mais restent clients. Sous l’impulsion de Paul Germain, un ingénieur chimiste qui a rejoint la société en 1926, une étape décisive est franchie en 1928 quand la production atteint enfin les 20 tonnes par jour.

La pâte produite ne fait cependant pas toujours l’unanimité chez les premiers clients papetiers. Progil décide donc de consommer sa pâte en se dotant d'une machine à papier. Celle-ci est installée en 1930 pour fabriquer du papier impression-écriture, notamment du bouffant. Baptisée MAP 3 – l’usine posséde déjà deux presse-pâtes M1 et M2 –, elle démarre en 1931. Construite par Allimand (Rives, 38), c’est une machine table plate de 3,5 mètres de laize, prévue pour une vitesse de 300 m/mn. À la veille du second conflit mondial, Progil produit 5000 tonnes par an de pâte à papier de châtaignier, commercialise 2000 tonnes de papier par an et emploie 300 personnes sur le site de Condat.

Les années d’après-guerre, jusque vers 1950, sont consacrées au redémarrage de l’industrie française. En ce début des Trente Glorieuses, il faut produire pour satisfaire la consommation croissante des Français. Condat se modernise et acquiert en 1951 le quatrième lessiveur Kamyr au monde permettant des cuissons continues : sa capacité est prévue pour une production de 40 tonnes de pâte kraft de châtaignier par jour. Conçu par le Norvégien Johan Richter (1901-1997) et fabriqué dans les ateliers mécaniques de Karlstad en Suède, ce type de lessiveur s’est répandu au niveau international par la suite. Le nom 'Kamyr' provient de la coopération entre les ateliers Karlstad Mekaniska Werksted et Myrens Verksted.

À partir des années 1960, l’usine Progil de Condat-le-Lardin est confrontée à de profondes mutations qui, par étapes successives, la positionnent dans le cercle restreint des grands sites papetiers français. Le marché européen unique, les contraintes énergétiques et environnementales, les progrès technologiques et la libre circulation des capitaux due à la mondialisation, transforment l’entreprise. Son histoire et son développement sont désormais liés aux stratégies de ses investisseurs successifs. En 1962, elle prend officiellement le nom de Condat et, en 1963, elle démarre la MAP 4 d’une laize de 5 mètres pour la fabrication de papiers couchés. En 1969, Progil, dont le cœur de métier est la chimie, est absorbée par Rhône-Poulenc. Condat est alors rattachée à la filiale de la branche bois-papier du groupe Saint-Gobain. Des investissements consentis par ce dernier permettent à Condat d’augmenter sa production de papiers couchés haut de gamme grâce à l'installation de la MAP 6 et d’une coucheuse (ligne 67) rachetées aux papeteries Navarre.

Usine de Condat en 1973 comprenant la transformation au 1er plan, 
   les MAP à gauche et l’usine de pâte à droite au 2e plan
Usine de Condat en 1973 comprenant la transformation
au premier plan, les MAP à gauche
et l’usine de pâte à droite au deuxième plan
[Photo Condat]

C’est également sous l'égide de Saint-Gobain qu’est lancé le projet d’une nouvelle machine à papier : la ligne 89 qui démarre en 1991. La MAP 3 est arrêtée à cette date et l’usine de pâte en 1993. La ligne pâte produit 70.000 tonnes par an de pâte kraft de feuillus mélangés, blanchie en utilisant du chlore gazeux. Sa reconversion pour une production de pâte ECF n’est économiquement pas possible. En 1994, Saint-Gobain cède Condat au groupe irlandais Jefferson Smurfit qui la cède au groupe Lecta en 1998. Ce dernier, investissant dans la transformation de la MAP 4 et dans une coucheuse 4 têtes ultramoderne, la M 10, en fait l’un des sites européens les plus importants pour la production de papiers couchés haut de gamme, qui atteint alors 550.000 tonnes au début du 20e siècle.

Usine de Condat en 2015
Usine de Condat en 2015
[Photo Condat]

VI-2 - Usine de Port-de-Couze

Dès 1928, la Société Anonyme des Tanins Rey (SATR) envisage l’extension de son usine d’extraits tannants de Port-de-Couze (24) pour fabriquer de la pâte à papier. Fondée en 1899, elle se situe à proximité des châtaigneraies du Périgord et à mi-chemin entre celles du Limousin et le port de Bordeaux. L’usine se dote de nouveaux équipements : des lessiveurs pouvant supporter plusieurs bars de pression pour la cuisson, des piles laveuses et blanchisseuses, et un presse-pâte. La production démarre en 1930 mais s’arrête en 1931 en raison de la crise et de l’effondrement des cours de la pâte à papier provoqué par la dévaluation de la livre sterling anglaise. Elle reprend progressivement et, en 1936, la société exporte 500 tonnes de pâte par mois via le port de Bordeaux.

Après la Seconde Guerre mondiale, la forte baisse de la demande en tanin incite les responsables de la SATR à s’orienter vers d'autres productions : les Rey s'intéressent alors à la papeterie et à de nouveaux secteurs. En 1954, ils achètent aux États-Unis une licence d’exploitation de panneaux stratifiés et créent la filiale Polyrey en 1955. La production de tanin est transférée à Saillat en 1956, celle de pâte à papier est également absorbée par Saillat en 1963. Désormais, le site de Port-de-Couze est entièrement dédié à la fabrication de panneaux stratifiés.

Au fil des regroupements et réorganisations, l’usine Polyrey passe successivement dans le giron de PCCR en 1961, Aussedat Rey en 1970 puis International Paper en 1989. Rattachée à la division des panneaux décoratifs d’International Paper, Polyrey n’est pas une priorité dans la stratégie du géant américain. En effet, il doit faire face à une situation économique délicate jusqu’à sa reprise par Illinois Tools Works Inc (ITW) en 2006. Devenue une filiale en propriété exclusive d'ITW, Polyrey est intégrée à sa division Wilsonart International. En 2012, ITW qui a fait d’importants investissements, cède 51 % de ses actions à l'Américain Clayton, Dubilier & Rice (CD&R) qui devient l’actionnaire principal de Polyrey.

Le site de Port-de-Couze sur la commune de Couze et Saint-Front, à proximité de Lalinde et Baneuil, emploie encore 500 personnes en 2016.

Usine de Port-de-Couze dans les années 1960
Usine de Port-de-Couze dans les années 1960
[Collection Lapie]
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