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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Implantation et développement Révision : 28 novembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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V - Implantation et développement

V-4 - Famille Rey

  Pierre-Albert Rey, fondateur des tanins Rey  
Pierre-Albert Rey

Selon le livre "Papiers de famille: d'Aussedat Rey à International Paper" publié en 1998, Pierre-Albert Rey (1848-1913), ingénieur Arts & Métiers originaire de La Rochette en Savoie, aurait rencontré lors de son service militaire un descendant de la famille Gillet qui l’aurait convaincu de s’orienter vers l’industrie des extraits tannants végétaux plutôt que de reprendre la scierie pourtant florissante de son père. Difficile de vérifier la véracité de cette affirmation. Néanmoins, si tel est le cas, il pourrait s'agir de François Gillet fils né en 1846, alors que Pierre-Albert Rey est né en 1848. Précisons que la loi Neil du 1er février 1868 a fixé la durée du service militaire en France de cinq ans dans l’armée active et de quatre ans dans l’armée de réserve.

De retour à La Rochette en 1871 après la reddition de Sedan, P.A. Rey construit une unité de production d’extraits tannants pour valoriser les chutes de bois de chêne et de châtaignier (délignures et dosses) provenant de la scierie ainsi que les bois impropres pour le sciage. Il s’équipe des matériels adéquats : coupeuse pour mettre en copeaux, autoclaves pour extraire le tanin, évaporateur pour concentrer les jus tanniques, générateur de vapeur et tonnellerie pour fabriquer les tonneaux destinés au transport de l’extrait tannant liquide livré à une concentration en matières sèches ne devant guère dépasser 20 à 25 %. Après l'inévitable période de mise au point et d’apprentissage, l’usine est capable de traiter une douzaine de tonnes de bois à partir des années 1880.

Usine d’extraits tannants de Pierre-Albert Rey à La Rochette
Usine d’extraits tannants de Pierre-Albert Rey à la Rochette
[Photo Aussedat Rey]

Forts du succès de leur frère aîné, Alexis Rey (1860-1948) et Ernest Rey (1863-1906) fondent en 1891 l'entreprise Rey Frères à Montreuil-sur-Ille afin d’exploiter l’ensemble forestier couvrant l’Ille-et-Vilaine et la Manche. La construction du canal d’Ille-et-Rance au début du 19e siècle et, plus tard, celle de la ligne ferroviaire Rennes-Saint-Malo ne sont pas étrangères au choix du site. La création de l’usine entraîne l’installation de la tannerie Guezille en 1896. Cette dernière cesse son activité en 1959. Alexis Rey, patron paternaliste et bienfaiteur de la région, est maire de Montreuil-sur-Ille de 1920 à 1936. Une avenue y porte son nom. L’usine d’extraits tannants emploie une soixantaine d’ouvriers. Elle cesse son activité en 1957.

La famille Rey en 1874. Pierre-Albert est debout, le 3e à partir de la gauche
La famille Rey en 1874. Pierre-Albert est debout, le 3e à partir de la gauche
  Logo Rey  
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Dans la dernière décennie du 19e siècle, Pierre-Albert Rey, dont les affaires prospèrent, envisage d’augmenter la capacité de son usine savoyarde. Toutefois, les succès de ses frères en Bretagne l’incitent à délocaliser. Il choisit le Périgord proche des massifs forestiers riches en châtaigneraies et de la clientèle bordelaise. Le port de Bordeaux est un atout pour l’exportation notamment vers l’Angleterre, grande consommatrice de cuirs et d’extraits tannants. Couze-le-Port, à proximité de Lalinde en Dordogne, est choisi pour installer en 1899 une usine baptisée P.A.R. (Pierre-Albert Rey) en 1905 : le logo commercial représente une tête de bœuf symbolisant le cuir, surmontée des initiales P.A.R.

Au début du 20e siècle, Alexis et Ernest Rey mettent en place une deuxième usine bretonne, à Roc-Saint-André dans le Morbihan où le chêne abonde. Pierre-Albert Rey intègre progressivement ses fils Maurice (1880-1930) et Louis (1881-1967) afin de le seconder dans la gestion de l’entreprise, de même que son gendre Augustin Isnard. Au décès d'Ernest en 1906, Alexis Rey s’appuie sur ses neveux Charles Calloud (1888-1974) et Henri Calloud (1889-1958), fils de sa sœur Marie Rey (1865-1891) et de Prosper Calloud (1859-1941), notaire à Chambéry.

Avec le décès de Pierre-Albert Rey le 30 mars 1913 à Grenoble, la deuxième génération hérite du pouvoir. En 1922, les descendants réunissent les activités bretonnes, périgourdines et savoyardes en une Société Anonyme des Tanins Rey (SATR) : une sérieuse concurrente pour Progil (créée en 1918 et devenue exploitante de ses usines en 1920). La concurrence ne se limite d'ailleurs pas à Progil : elle concerne également les petites usines encore indépendantes et la Société Anonyme des Matières Tannantes et Colorantes (SAMTC) qui possède une usine importante à Saillat-sur-Vienne. La forte demande en tanin durant tout le conflit de 1914-1918 n’affecte que peu l’industrie des extraits tannants, d’autant que les sites de production se situent hors des zones de combats.

Au lendemain de la guerre, la demande reste soutenue car il faut renouveler les stocks. En 1919, la SATR construit une usine à Cosenza au sud de l’Italie au cœur d’une importante châtaigneraie, qui reste rentable jusqu’à sa cession. Elle reprend également une usine à Chiasso dans le nord de l’Italie, qui est rapidement déplacée à Maroggia puis vendue en 1958. En 1927, la SATR investit aussi à Sevnica (ex-Yougoslavie, aujourd’hui Slovénie).

En 1930, les Rey sautent le pas : ils deviennent producteurs de pâte à papier en intégrant une usine de pâte sur le site de Couze afin d'utiliser les copeaux détannisés. 1935 : ils rachètent la SAMTC de Saillat et possèdent dorénavant deux sites de production de pâte à papier. Après un ralentissement dû à la Seconde Guerre mondiale, la production reprend en 1946. En 1951, la SATR commercialise 18.000 tonnes d’extraits tannants secs et 23.000 tonnes de pâte à papier.

Dans les années 1950, elle reprend la Société des Tanins Corses en grande difficulté financière. Poursuivant sa diversification, elle créée en 1955 une filiale Polyrey pour la fabrication de panneaux stratifiés. Devenue Société des Produits Chimiques et Celluloses Rey (PCCRey) en 1961, elle s’associe avec le papetier Aussedat (devenu Aussedat-Pont de Claix en 1960) pour former Aussedat Rey en 1970. L’absorption des Papeteries de France dans la foulée conduit à la naissance du Groupe Aussedat Rey en 1971. En 1975, Jacques Calloud, fils d’Henri, descendant des Rey et dernier PDG de PCCRey, succède à François Paturle à la présidence du groupe. Il scelle définitivement l'évolution de la dynastie Rey vers l'industrie papetière en exerçant cette fonction de 1975 à 1989, date de la reprise du groupe par l'Américain International Paper, leader mondial du secteur à l’époque. Jacques Calloud préside également la Confédération des Papiers et Cellulose de France (Copacel).

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