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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Tannage du cuir au tan Révision : 11 décembre 2017  
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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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III - Tannage du cuir au tan

Le tannage du cuir le rend imputrescible. Utilisant le tanin contenu dans le tan provenant d’écorces de chêne, ce traitement est resté pratiquement immuable de l’Antiquité au 19e siècle.

Le tan est obtenu en réduisant en poudre des écorces de chêne. Ces dernières sont prélevées de préférence sur des troncs ou branches d'arbres relativement jeunes (entre 10 et 25 ans) car le pourcentage de tanin y est maximum. Sont utilisées indifféremment les écorces de chêne rouvre, de chêne pédonculé (chêne blanc) voire de chêne vert ou yeuse, selon la disponibilité et les régions. L’écorçage s’effectue au printemps après la montée de la sève et se prolonge jusqu’au début de l’été (fin juin). Il nécessite une main d’œuvre locale peu onéreuse, rompue à cette pratique, maniant des outils adaptés : couteaux, 'écorceurs', hachettes, marteaux, etc. Les écorces sont séchées à l’air en évitant qu’elles soient mouillées ou atteintes de moisissures. En séchant, elles s’enroulent sur elles-mêmes par effet de tuilage. Elles sont ensuite débardées, mises en bottes et transportées vers le moulin à tan.

  Roue hydraulique permettant d’entraîner les mécanismes d’un moulin  
Roue hydraulique permettant d’entraîner les mécanismes
d’un moulin [Photo G. Coste]

Au 19e siècle, l’écorçage à la vapeur apparaît. Cependant, cette technique ne se généralise pas car la mise en pression des rondins dans un autoclave pour en faciliter l’écorçage entraîne une dissolution et une perte en tanin. Les outils et méthodes de broyage des écorces évoluent au cours du temps en fonction de la demande de tan jusqu’à l’apparition des premiers moulins à tan aux environs des 8e-10e siècles (sans qu’on en ait toutefois la certitude). Citons l’usage du pilon manuel dans l’Antiquité, puis celui des meules mues par des hommes (prisonniers de guerre ou esclaves) ou par des animaux. Le moulin (terme issu de mola-meule) est en fait une machine destinée à soulager le travail de l’homme et à augmenter son rendement. Il utilise le vent ou l’eau comme énergie motrice. Les Sumériens de Mésopotamie utilisent déjà l’énergie éolienne (moulin à vent) pour actionner les norias destinées à alimenter leurs systèmes d’irrigation. Conçu à l’origine pour entraîner des meules à farine et à huile, le moulin à eau est équipé d’une roue hydraulique et employé dès le 11e siècle pour d’autres applications dans tous les corps de métiers : cuir (tan), textile (moulinage), métallurgie (martinet et taillanderie), battoir à chanvre, foulon, scierie, papeterie, etc. Les mêmes équipements peuvent d’ailleurs être reconvertis vers l’une ou l’autre de ces activités en fonction des besoins et des nouveaux propriétaires des moulins.

Dans le moulin à tan – qui recourt le plus souvent à l’énergie hydraulique et parfois à l’énergie éolienne – le broyage est effectué à l’aide de pilons actionnés par un jeu de cames montées sur un arbre rotatif, par des meules positionnées horizontalement ou par des meules verticales comme dans le cas d’un meuleton semblable à celui utilisé dans les papeteries.

Meuleton utilisé pour broyer des éléments solides (écorces, grains, papier, etc.)
Meuleton utilisé pour broyer des éléments solides (écorces, grains, papier, etc.).

Les écorces réduites en poudre sont livrées à la tannerie dont le rôle est de transformer les peaux d’animaux en cuir. Récupérées et séchées, les peaux sont dans un premier temps lavées, réhydratées pour leur rendre leur souplesse et nettoyées. Ces actions sont faites à même la rivière provoquant ainsi une pollution importante ainsi que de sérieux désagréments olfactifs. Les peaux sont ensuite débarrassées des poils et de l’épiderme côté fleur. Le côté chair est à son tour débarrassé des lambeaux restants après l’écharnage. Le tannage a lieu dans des cuves ou fosses pouvant contenir plusieurs dizaines de peaux qui macèrent en présence de tan. L’opération doit être progressive afin de traiter la peau à cœur en évitant de la fermer en surface par une astringence trop forte. Pour cela, les peaux sont soumises à des jus de plus en plus concentrés en tanin, donc en tan, soit dans une seule cuve ou fosse en augmentant régulièrement la concentration en tanin, soit dans une succession de cuves ou fosses contenant des jus tannants de plus en plus concentrés. Ce travail dure plusieurs mois voire plus d'une année compte tenu de la faible concentration en tanin dans le tan. Inutile de parler des conditions de travail et de l’environnement. Ceux qui ont pu, au cours d’un voyage au Maroc, découvrir le quartier des tanneurs dans la Médina de Fès, peuvent en témoigner. Plus tard, l’usage de foulons permet de réduire la durée du tannage. Cette opération est suivie par le corroyage dont le but est d’améliorer l’aspect et la finition du cuir par apprêtage et foulage en fonction de sa destination.

Quartier des tanneurs dans la Médina de Fès au Maroc
Quartier des tanneurs dans la Médina de Fès au Maroc
[Photo G. Coste]

Dès le milieu du 19e siècle, la production des moulins à tan devient très insuffisante au regard des besoins provoqués par la forte augmentation de la consommation de cuir. Les zones forestières et les taillis, réservés à la récolte des écorces de chêne, sont par ailleurs largement exploités. Il est alors impératif de trouver d’autres solutions pour remédier à ce manque de matière première et pour réduire la durée des cycles de tannage. Le développement de l’industrie des extraits tannants à partir du bois de châtaignier résulte donc de cette problématique.

Ce nouveau marché dépasse les frontières de l'Hexagone pour couvrir également les besoins des pays européens et de leurs satellites colonisés. À l'époque, en dehors des États-Unis, l’Europe représente ce qu’il y a de mieux au monde dans le domaine de l’industrialisation grâce à l’Allemagne, la France et surtout, la Grande-Bretagne. Sans que cela soit exhaustif, plusieurs raisons expliquent cet essor rapide.

L’idée d’utiliser le bois de châtaignier pour suppléer le manque d’écorces de chêne ne s’impose pas spontanément. Il faut pratiquement tout le 19e siècle et quelques concours de circonstances pour qu’elle aboutisse.

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