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  Vous êtes ici : Accueil > Base de connaissances > Histoire de nos métiers > Industrie des extraits tannants de châtaignier en France > Introduction Révision : 27 novembre 2017  

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Gérard COSTE - Ingénieur EFPG

Extraits du Bulletin de La Cellulose
2017, n°73 et 74

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I - Introduction

L’industrie du cuir qui, vers la fin du 19e siècle, figure encore parmi celles qui ont le moins progressé, rattrape en deux décennies son immense retard technique. Cette profonde mutation initiée dans la région lyonnaise, capitale française de la soierie, est essentiellement due au recours à des extraits tannants végétaux issus du bois de châtaignier. Obtenus industriellement et nettement plus concentrés en tanins, ils se substituent irrémédiablement au tan et supplantent l’ancienne méthode artisanale appelée "tan et temps" : utilisant exclusivement le tan d’écorce de chêne, elle nécessite un traitement des peaux durant plusieurs mois voire plus d'une année. En vingt ans, l’industrie des extraits tannants végétaux connaît une expansion fantastique à l’instar de ce qu’a connu l’industrie papetière quelques années plus tôt quand le bois est devenu la matière première pour fabriquer de la pâte à papier.

Né des besoins croissants de la société, cet essor fulgurant est nourri par le développement extraordinaire des techniques tout au long du 19e siècle. L'industrie des extraits tannants végétaux atteint son apogée à la veille de la Première Guerre mondiale, sollicitée à l’extrême pour approvisionner les armées engagées dans le conflit. Comme pour la papeterie, ce secteur passe de l’artisanat à l'industrie, avec l’apparition de stratégies et de regroupements – de capitaux, de capacités de production ou de savoir-faire techniques – afin de contrôler les marchés et de juguler la concurrence. La similitude entre le développement de l’industrie des extraits tannants et celui de l'industrie papetière ne se limite pas à ces nouvelles pratiques appliquées aussi dans d'autres secteurs. Leur dénominateur commun : utiliser l’arbre et appartenir à la filière bois qui a la chance de s’appuyer sur une matière première renouvelable. En contrepartie, au niveau industriel, tout n’est pas si simple car, au fil du temps, l’arbre est devenu le symbole de la protection de l'environnement. Comme la papeterie, l’industrie des extraits tannants se retrouve au cœur des préoccupations liées à la pollution et à la déforestation. Cependant, en s’installant dans les massifs forestiers de régions déshéritées, son mérite est de fournir du travail et des revenus supplémentaires permettant d'élever le niveau de vie d’autochtones proches de l’illettrisme et vivant dans une économie de survie.

Paradoxalement, ces deux industries ne sont pas concurrentes. Comme matière première, la papeterie utilise des résineux et l’industrie des extraits tannants, du châtaignier. Il faut souligner qu'en raison de la présence de tanins, les feuillus en général, et le châtaignier en particulier, ne suscitent pas un enthousiasme démesuré chez les pionniers de la fabrication de pâte à papier à partir du bois. Après un demi-siècle de cohabitation indifférente où elles ne partagent souvent que la rivière et les moyens de transport, apparaissent quelques tentatives de synergie.

Le déficit en pâte à papier chimique produite en France et la nécessité de gérer un important volume de copeaux détannisés sont les raisons essentielles motivant ce rapprochement au lendemain de la Première Guerre mondiale. Pour s'approvisionner en pâte à papier chimique, la France est obligée d’importer massivement en provenance des pays scandinaves notamment, ce qui grève la rentabilité des papeteries. Quant aux copeaux détannisés qui s’amoncellent à la périphérie des usines, il faut trouver d'autres solutions que la combustion pour les résorber. Deux axes sont envisagés : la production de pâte à papier dans un premier temps, puis de panneaux de bois aggloméré après la Seconde Guerre mondiale.

La production de pâte à papier mettant en œuvre des technologies lourdes, résistantes à la corrosion et fonctionnant sous des pressions élevées, nécessite un investissement conséquent qui classe la papeterie dans la catégorie des industries lourdes. Pour fabriquer une tonne de papier, il faut en effet un investissement supérieur à celui nécessaire pour fabriquer une tonne d’acier ! Il n’est donc pas étonnant que les quelques réalisations françaises réussies soient le fait d’entreprises dont l’assise financière peut supporter ce défi technologique. La famille Gillet montre l’exemple en réalisant l’extension de son usine d’extraits tannants de Condat-le-Lardin (24) en 1923 afin de produire de la pâte à papier. La famille Rey l’imite en installant en 1930 une production de pâte dans son usine d’extraits tannants de Port-de-Couze (24). En 1935, les Rey reprennent la Société Anonyme des Matières Tannantes et Colorantes (SAMTC) de Saillat-sur-Vienne (87) qui avait également installé en 1928 une production de pâte à partir de ses copeaux détannisés. L’usine de Labruguière (Tarn), créée en 1904 pour produire des extraits tannants, est reprise par Progil en 1928. En association avec Isorel dans le cadre d’une société Isogil (Isorel-Gillet), elle implante en 1952 une chaîne de fabrication de panneaux de fibres de bois à partir des copeaux détannisés. Le sous-produit (pour ne pas dire 'déchet') d’une industrie devient la matière première d'une autre : voilà déjà à l'époque une application de l'économie circulaire prônée de nos jours !

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