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          Juillet 1999
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Jean-Claude Sohm (CERIG / EFPG)
(le 05 juillet 1999)
 

Utilisé à propos d'Internet, le terme "broadband" regroupe l'ensemble des techniques permettant un débit rapide sur ce réseau, plus particulièrement en direction des particuliers. Les opérateurs font actuellement les investissements nécessaires. Ceux qui sont en fin de chaîne multiplient les annonces pour imposer chacun leur marque dans l'esprit du public. Il faudra plusieurs années pour que les technologies "broadband" d'Internet touchent un nombre appréciable d'internautes.
 

L'informatique et les télécommunications génèrent du vocabulaire à un rythme soutenu : de nouveaux termes apparaissent tous les jours. Le mot "broadband" n'en est plus à ses débuts, mais il est de plus en plus employé. Appliqué à Internet, il désigne de manière générique tous les procédés qui permettront de bénéficier d'une efficacité et d'un confort d'utilisation accrus, grâce à :

    des débits beaucoup plus élevés que ceux d'aujourd'hui ;
  une connexion permanente ("always on"), évitant toute numérotation ;
  un coût de connexion forfaitaire, et non plus horaire.
   

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Le discours des journalistes, particulièrement abondant ces derniers temps sur ce sujet, nous parait un peu réducteur :

    il ne concerne généralement que le grand public ;
 

sur le plan matériel, il ne mentionne que le dernier maillon de la chaîne de transmission, celui qui relie le domicile de l'internaute au "net". Les techniques en cours de réalisation sont désormais bien connues, et elles sont en cours d'implantation : le câble bidirectionnel, les procédés DSL et l'ADSL en particulier, les constellations de satellites à large bande en orbite basse. A ces techniques, on rajoute parfois le "wireless" à large bande, c'est à dire la voie hertzienne avec émetteur terrestre ;

 

il traite insuffisamment du problème de la connexion permanente. L'internaute privé européen, qui ne veut pas se retrouver en fin de mois avec une note de téléphone au montant astronomique, est obligé de se déconnecter et de se reconnecter fréquemment, ce qui est fort fastidieux. Ce problème n'existe pas au États-Unis, où l'abonnement des particuliers inclut forfaitairement le coût des communications locales ;

  enfin, il n'évoque pas assez les problèmes de coût.

A en croire certains articles, le "broadband", c'est le paradis terrestre du surfeur moyen sur Internet, c'est pour tout le monde, et c'est pour demain -- ou presque. Ce discours nous parait fort optimiste. Il nous parait également fort limité, et ce pour trois raisons :

   

d'abord, Internet, ce n'est pas seulement le grand public. Les professionnels ont été les premiers utilisateurs d'Internet, et s'ils ne sont plus majoritaires aujourd'hui, ils restent les utilisateurs les plus compétents et les mieux équipés ;

 

ensuite, la vitesse à laquelle l'information circule sur Internet est fixée par le maillon le plus lent de la chaîne de transmission, du serveur à l'internaute. Si vous interrogez un site doté d'un malheureux serveur poussif, à travers une connexion "broadband", vous n'obtiendrez pas un résultat meilleur que votre voisin équipé d'un modem analogique ordinaire ;

 

enfin, si vous disposiez d'une connexion réellement rapide, quel parti en tireriez-vous ?

Si le grand public, dans son immense majorité, est toujours relié à Internet via un modem analogique, la plupart des internautes professionnels disposent d'une liaison avec Internet que l'on peut qualifier de "broadband". Les entreprises, à partir d'une certaine taille, sont le plus souvent reliées à Internet via une ligne spécialisée dont le débit est généralement un multiple élevé de 64 Kbps (kilobits par seconde). A titre d'exemple, nous bénéficions au Cerig du réseau local de l'École Française de Papeterie, relié au réseau du campus (Grenet) par une liaison à 10 Mbps (mégabits par seconde), et le réseau Grenet fait partie d'Internet via le backbone Renater. Est-ce le paradis quand nous interrogeons un site web ? Pas vraiment ! Le débit de 10 Mbps représente un maximum théorique que nous n'avons jamais observé et, en pratique, nous sommes toujours très en-dessous. Nous avons observé une fois 600 Kbps à partir d'un serveur FTP situé lui aussi sur Renater, et nous n'en sommes pas encore revenus. Un débit de quelques centaines de Kbps à partir d'un serveur US réputé n'est pas rare, à condition qu'on interroge vers 6 heures du matin, quand les américains sont couchés et les européens pas encore levés. Dans la journée, dès que nous quittons Renater, nous nous retrouvons le plus souvent dans la même situation que l'internaute moyen : nous attendons plusieurs dizaines de secondes qu'une page web veuille bien s'afficher, quand nous ne refermons pas le navigateur, dégoûtés. Ceci dit, nôtre confort d'utilisation est tout de même bien supérieur à celui de l'internaute moyen, car nous bénéficions d'une connexion permanente et à un coût forfaitaire.

Depuis sa création, le réseau Internet est toujours dans la même situation : l'accroissement de capacité ne fait que suivre à grand peine l'augmentation du nombre des utilisateurs. Le débit oscille -- par moments il s'améliore, par moments il redevient minable -- mais bon an mal an, il n'augmente pas de manière sensible. Il faut toujours 20 à 30 secondes, en moyenne, pour télécharger une page web. La situation d'Internet est si tendue pendant les heures de pointe, que la rupture d'un câble dans une rue de New-York, l'an dernier, entraîna un ralentissement ressenti dans le monde presque entier. Et tous les spécialistes sont d'accord : il faudra encore plusieurs années pour que la situation s'améliore durablement. Le "broadband" à toute heure du jour (et de la nuit) n'est pas pour demain.

  

Internet rapide ?

Il faut que toute la chaîne, du serveur au client, devienne rapide. Cela implique que le nombre d'internautes cesse de croître aussi vite, et que les divers opérateurs effectuent des investissements très conséquents. Ce processus nécessitera plusieurs années.

Car -- ce que la plupart des journalistes en mal de copie oublient de dire -- un débit élevé implique que toute la chaîne, du serveur au client, puisse l'assurer. Les choses commencent au niveau du serveur, et en tant que membre du Cerig, je vous fais mes plus plates excuses : le nôtre est plutôt lent... mais rassurez-vous, nous venons d'acquérir un vrai petit monstre, et les choses vont changer bientôt. Beaucoup de sites ont fait l'effort de s'offrir un serveur de course, mais c'est alors la liaison avec le fournisseur d'accès qui n'est pas à la hauteur. A moins que ce dernier ne soit relié au plus proche backbone par un tuyau trop étroit... car tous les ISP n'ont pas leur propre dorsale. Ensuite, c'est le point d'interconnexion entre backbones qui peut être surchargé. Enfin, il ne faut pas l'oublier, Internet est un réseau routé (et non commuté comme le téléphone), et au dire des experts, l'art du routage n'a pas encore atteint la perfection. Mettez-vous sous DOS, et utilisez la commande "tracert" (abréviation de "trace route") : vous aurez des surprises ! Comme votre serviteur, lorsqu'il s'aperçut que lors de l'interrogation d'un site anglais, les trames transitaient via l'université de Washington. Les câbles qui traversent le "channel" sont sous-dimensionnés, avais-je lu quelque part. C'était donc bien vrai !

Tout ceci, bien sûr, finira par s'arranger. Alors le particulier ne pourra pas bénéficier d'un "net" idylliquement rapide s'il est relié à son ISP via un modem analogique à 28,8 Kbps ; il lui faudra une liaison broadband en bout de chaîne. Mais s'il la demande aujourd'hui, il risque fort d'être déçu : son câble n'est pas bi-directionnel, son opérateur de téléphone n'a pas encore équipé en ADSL le standard qui le dessert, la seule constellation opérationnelle (Iridium) ne fait que de la téléphonie mobile, et la diffusion d'Internet par satellite géostationnaire ne concerne encore qu'une petite partie des États-Unis. Alors, pourquoi toute cette pub ???

A quoi sert tout le bruit effectué à propos du "broadband" ?

A permettre aux entreprises d'imposer chacune leur marque dans l'esprit du public, tandis qu'elles effectuent les investissements nécessaires à l'avènement d'un Internet plus rapide.

  

Parce que ceux qui fourniront demain le broadband font actuellement les investissements nécessaires, et que plus ils sont en bout de chaîne, plus il faut qu'il soient connus du consommateur quand ils seront prêts à lui offrir réellement le service "broadband". Car la concurrence va faire rage, attisée par le phénomène de "convergence". Ce dernier, annoncé depuis longtemps, commence à poindre le bout de son nez : en plus de l'accès à Internet, le câble-opérateur (et demain l'opérateur de constellation en orbite basse) vous proposera la téléphonie. Les compagnies de téléphone qui exploitent des boucles locales en sont vertes de peur, et c'est la raison pour laquelle elles se donnent tant de mal à propos des procédés DSL.

Si vous faites une conférence de presse bien fournie en champagne et en petits fours, et si vous prenez la précaution de donner aux journalistes leur texte tout préparé, vous pouvez être sûr qu'ils auront la force de le porter jusqu'à leur journal -- pardon, je voulais dire, jusqu'à leur site web. Tous les opérateurs concernés par Internet l'ont compris : ceux qui posent de la fibre, ceux qui managent les dorsales, ceux qui gèrent des réseaux de toutes tailles, les ISP de tout poil, et plus encore les entreprises qui raccorderont le consommateur en bout de chaîne. C'est la raison pour laquelle nous entendons parler tous les jours de modem câble, d'ADSL et de constellation. Pour l'instant, ces opérateurs imposent leur marque dans l'esprit du public, grâce à des techniques qui relèvent de la publicité. Mais patience ! tout cela finira par arriver chez vous un jour pour de bon.

Les analystes n'ont pas peur de faire des prédictions, même si leurs chiffres se révèlent généralement faux à l'usage (vous vous rappelez l'histoire du network computer ? aujourd'hui, il devrait y en avoir des millions et des millions en service...). Par conséquent, si vous y tenez absolument, vous pouvez consulter un article récent, qui cite les prévisions du cabinet Jupiter Communications. Ainsi, on devrait trouver, en 2002, les nombres suivants de foyers américains reliés à Internet via une technologie "broadband" :

    6,8 millions grâce au câble bi-directionnel,
  3,4 millions grâce à un procédé DSL,
  1,2 millions grâce à une constellation,
  et 0,3 millions (une misère !) grâce au RNIS.

Même s'ils se révèlent faux à l'usage, ces chiffres présentent un triple intérêt :

   

pour l'accès à Internet, le câble n'est plus considéré comme une technologie de transition, destinée à être détrônée à court terme par l'ADSL. Encore une prédiction qui s'écroule... ce qui n'a rien d'étonnant ;

 

le RNIS est une bonne technique d'accès rapide à Internet pour les particuliers, mais les compagnies de téléphone n'ont pas su le promouvoir, et le proposent à un prix trop élevé. Tout le monde pense que les procédés DSL le bouteront hors du marché, qu'il s'agisse d'Internet ou de communication entre les entreprises. Quel gâchis !

 

la somme des chiffres précités donne 11,7 millions de foyers, or il y en a 102 millions actuellement aux États-Unis, et ils seront encore un peu plus nombreux en 2002. Conclusion : personne ne croit que le "broadband" est près d'arriver tout de suite chez tous les particuliers.

Le "broadband", c'est donc sûr, verra le jour. Mais qu'en ferons-nous ? Monsieur de la Palisse dirait que nous en ferons ce que nous faisons déjà sur Internet, mais que l'information circulant plus vite, ce sera plus agréable et beaucoup plus efficace. Les entreprises ne peuvent que se réjouir de pouvoir échanger des informations plus vite, si le prix ne grimpe pas en conséquence. Et les particuliers ?

A quoi servira l'Internet rapide ?

L'augmentation de vitesse d'Internet devrait entraîner une utilisation importante des streaming media par le grand public.

Et bien, nous disent les augures, lorsque les particuliers disposeront du broadband, ils se jetteront sur les gros téléchargements et sur les "streaming media". Ce dernier terme désigne la diffusion en direct, mais avec un léger retard destiné à pallier les irrégularités de trafic d'Internet, de son et de vidéo. L'attrait, par rapport à la radio et à la télévision, provient de ce que l'usager peut demander ce qu'il veut, quand il le veut, au lieu d'avaler passivement ce qu'on lui envoie. Et l'on reparle, bien sûr, de la vidéo à la demande. Ce vieux serpent de mer finira peut-être par sortir de l'eau et se montrer pour de bon...

En attendant, si vous entendez parler de "broadband", restez calme, ne vous jetez pas sur le téléphone pour appeler votre ISP. Et quand viendra le jour où l'on vous fera une offre technique précise, demandez vite le coût : cela vous donnera le temps de réfléchir.

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