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          Création : 22 mai 1998
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Jean-Claude Sohm (CERIG / EFPG)
(22 mai 1998)
 

Préambule

Sommaire :

En quatre années, la part d'Apple sur le marché mondial des micro-ordinateurs s'est réduite de 10 à 3 %, en chiffres ronds. Après deux années de pertes financières et de restructurations, la société a stabilisé sa situation, mis de l'ordre dans sa gestion, et redéfini ses objectifs.

D'entreprise "généraliste", luttant de front contre le monde PC (et en particulier contre Microsoft), la société Apple est devenue "spécialiste" : elle est solidement implantée dans deux marchés particuliers (les arts et industries graphiques d'une part, l'enseignement d'autre part), qu'elle sert en priorité.

Le Mac se distingue du PC sur deux points essentiels : son processeur RISC (le PowerPC), et son système d'exploitation (le Mac OS8). Pour le reste, le Mac ressemble de plus en plus au PC -- économie oblige.
 

Le matériel

Le bus PCI a été adopté en 1995, et depuis 1996 le Mac utilise des moniteurs interchangeables avec le PC. Pour le raccordement des périphériques internes (le disque dur en particulier), le bus SCSI a été abandonné au profit de l'interface EIDE. Le ZIF socket, permettant d'insérer à force nulle le microprocesseur sur son socle, a été adopté en 1997. Le bus USB, destiné à connecter la plupart des périphériques, sera introduit au mois d'août prochain sur la nouvelle machine baptisée "iMac", en remplacement du système propriétaire utilisé depuis des années. Enfin, le connecteur AGP, destiné aux nouvelles cartes graphiques 3D, arrivera l'an prochain. Le mouvement ne peut que se poursuivre : concevoir et développer des bus, des cartes d'interface et des périphériques spécifiques à une plate-forme de plus en plus étroite devient de plus en plus coûteux. Par la force des choses, Apple doit désormais adopter la plupart des standards du marché de la micro-informatique. Sa "mentalité NIH" (Not Invented Here) caractéristique en prend un fameux coup, même si elle n'a pas entièrement disparu.

Apple, par contre, ne peut pas abandonner l'architecture RISC au profit de l'architecture CISC d'Intel. Ce serait se transformer en fabricant de compatible, et face aux rudes gaillards que sont Compaq, IBM, Dell, HP, et compagnie, Apple (qui n'a pas tenu le choc devant ses cloneurs) ne ferait pas le poids. Le PowerPC constitue donc un choix stratégique -- et non technique -- car à fréquence d'horloge égale, processeurs RISC et CISC se valent en moyenne. L'argument selon lequel le premier est "intrinsèquement meilleur" que le second est un gros mensonge marketing, que certains inconditionnels d'Apple ont avalé tout crû.
 

Le système d'exploitation

La véritable originalité du Mac réside dans son système d'exploitation. En matière d'interface graphique, Windows fait maintenant aussi bien, mais le Mac OS possède un côté simple et intuitif, un "feel and touch" qui lui est propre, et auquel les utilisateurs traditionnels restent très attachés. D'où la décision fort raisonnable d'Apple, annoncée la semaine dernière, de faire en sorte que le prochain système d'exploitation, le "Mac OS X", assure la compatibilité ascendante avec son prédécesseur, le système 8, tout en possédant tous les attributs d'un logiciel système moderne.

Le projet de système d'exploitation baptisé Rhapsody a donc bien des chances de mourir de sa belle mort. Certes, il n'est pas officiellement abandonné, et une nouvelle version devrait être livrée aux développeurs cette année. Mais :

    Rhapsody s'apparente plutôt à un système lourd destiné à supporter le retour d'Apple sur le marché des serveurs. L'éventualité de ce retour sur un marché où la concurrence est devenue féroce, et où Apple n'a jamais brillé, est plutôt mince ;
  Rhapsody devrait fonctionner à la fois sur Mac et sur PC : c'est là une arme à double tranchant. D'abord, avec la version PC, Apple se heurterait de front au marché de Windows, et donc à Microsoft. Ensuite, Apple mettrait sa machine en danger : avec un PC et Rhapsody, on disposerait de l'équivalent d'un Mac pour moins cher ;
  Apple n'a sans doute plus les moyens de développer sérieusement deux systèmes d'exploitation à la fois, et devra donc choisir rapidement.

 
La situation économique d'Apple

Au premier trimestre de cette année, Apple montre des performances inférieures à celles du reste de la profession. De plus, la part d'Apple sur le marché des micro-ordinateurs s'amenuise encore lentement : on cite 2,6 % comme résultat le plus récent. Enfin, si tous les fabricants de machines -- ou presque -- souffrent d'un stock excessif, la société Apple semble atteinte plus que les autres. Il n'y a rien de catastrophique dans ces données, mais elles nous incitent à conclure de manière prudente : la société Apple a stabilisé sa situation, mais elle n'est pas encore vraiment repartie de l'avant.
 

Les niches d'Apple sur le marché

En fait, la société Apple est convalescente : elle a besoin d'environ deux trimestres pour consolider sa situation. Pendant cette période, elle va se concentrer sur son "core business", dont les imprimeurs et les ateliers de prépresse font évidemment partie. L'essentiel des ventes devrait provenir des clients traditionnels, qui se sont souvent abstenus de renouveler leur matériel au cours des deux dernières années, et dont le parc a sérieusement vieilli.

On s'attendait, il y a un an, à une offensive des fabricants de PC en direction du marché des arts et industries graphiques, mais il ne s'est pas passé grand'chose. La lutte sur le marché des machines à moins de 1.000 $ (dont l'importance croit très vite), la bagarre entre vendeurs directs et partisans de la filière traditionnelle, et le "build-to-order", ont accaparé toutes les énergies des fabricants de PC. Cette année, la guerre devrait reprendre à l'automne autour de tout ce qui concerne la photographie numérique, et on ignore si Apple participera à la bagarre. Pour l'instant, Apple garde la haute main sur tout ce qui concerne l'image à contenu artistique (prépresse, design, architecture, publicité), alors que l'image sans contenu artistique (dessin industriel, CAO) reste la chasse gardée du PC et des stations de travail sous Unix.

On crédite généralement Apple de 70 % environ du marché mondial des arts et industries graphiques, et ce chiffre n'a pas subi de révision déchirante au cours des dernières années. Rappelons que ce chiffre global recouvre des réalités assez différentes suivant les pays. En France, le Mac règne en maître dans les ateliers de prépresse et chez les imprimeurs. Quand on franchit les frontières de l'hexagone, les parcs mixtes deviennent plus fréquents, mais le Mac reste dominant. Aux États-Unis, la situation serait plus contrastée : Apple conserverait une bonne moitié du marché, mais le PC en aurait conquis un petit tiers, et les stations de travail sous Unix détiendraient le reste.

Sur le marché américain de l'enseignement, Apple est passé de 50 à 40 % de part de marché, en chiffres ronds. Personne ne sait si ce recul est provisoire ou non. Il faudra sans doute attendre le dernier trimestre de cette année pour voir si la société Apple reste dans ses niches actuelles, où si elle tente de s'introduire -- ou de se réintroduire -- dans d'autres marchés.
 

Conclusion

Le temps où Apple dominait le marché des micro-ordinateurs avec une merveilleuse petite machine (l'Apple II), est passé. Le temps où Apple dominait le monde des systèmes d'exploitation grâce à son interface utilisateur conviviale, est passé. Le temps où Apple était à la tête du progrès technique, est lui aussi passé. Que reste-t-il à Apple pour survivre ?

D'abord, l'existence de domaines dans lesquels la société est traditionnellement bien implantée : arts et industries graphiques d'une part, enseignement d'autre part. Ensuite, la simplicité du Mac OS, qui reste supérieure à celle de Windows -- parce que l'héritage du DOS n'est pas là pour compliquer le tableau. Enfin, une certaine audace : le iMac sans autre sortie que l'USB, et son design d'avant garde, en sont de bons exemples.

Cela permet de vivre. Posséder 4 % du marché mondial, ce n'est pas si mal que cela ! Mais pour reconquérir des parts de marché sur le PC, il en faudrait plus. L'étincelle de génie naîtra-t-elle dans le cerveau d'un des ingénieurs d'Apple ? Qui sait !

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