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L'avenir de l'imprimé au XXIe siècle
Jocelyne ROUIS - CERIG / EFPG
(18 décembre 2002)
II - Les supports de l'écrit au cours de l'histoire
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Le papier n’a pas toujours été le seul support de l’écrit même si sa longue histoire nous imprègne d’une certaine linéarité. Après les supports rigides tels que la pierre, le marbre, les galets, les tablettes de cire, de bois ou d’argile, sont apparus des supports souples : le papyrus, le parchemin et enfin le papier. Le parcours de l’histoire de l’écrit depuis les supports souples fait apparaître une liaison très étroite entre la nature des supports, la forme des documents et les pratiques de lecture. A l'époque des médias électroniques, les nouveaux supports de l'écrits continue progressivement à faire  évoluer les pratique de lecture.
II. 1- Le Volumen
Depuis 2600 avant JC jusqu'en 650 après JC, le Volumen, dont le nom est dérivé du verbe latin "volvere - rouler, dérouler", désigna la forme principale qu'a connue le livre dans l'Antiquité classique. Les Égyptiens, disposant de papyrus, une plante poussant dans le delta du Nil, développèrent l'ancêtre de nos livres actuels, le livre en rouleau. Cette forme s'est imposée tout au long des époques qu'elle a traversées. Pour constituer ce livre en rouleau, les tiges de papyrus étaient débitées en lamelles étroites, disposées perpendiculairement les unes sur les autres  puis compressées, martelées et polies. Ensuite les feuilles obtenues étaient collées les unes aux autres pour forme un rouleau dont la longueur pouvait atteindre entre 6 et 15 mètres sur 30 à 40 centimètres de hauteur. Jusqu'au VIIe siècle de notre ère, l'Égypte fournira le bassin méditerranéen en matière première sous forme de rouleau vierge.
Pour être lu, le Volumen doit être déroulé, et donc tenu horizontalement à deux mains, l'une déroulant et l'autre enroulant. Les colonnes de texte verticales apparaissent au fur et à mesure. Avec une forme aussi peu maniable et fragile, il est impossible pour le lecteur de feuilleter l’ouvrage, d’isoler et de comparer des passages. Il lui est tout aussi difficile d’écrire en même temps qu’il lit. Ce support imposa donc la lecture à haute voix qui fût pendant longtemps la forme normale de lecture. L’écrit trouvait son sens dans cette oralité et était destiné principalement à des fonctions de mémoire et de conservation d’une parole souveraine et divine. Du fait de leur rareté, les textes sont donc mémorisés et médités. Les problèmes d'approvisionnement du papyrus après l'arrivée des arabes en Égypte en 639 après JC entraînèrent petit à petit la disparition du Volumen au profit du livre en parchemin, le Codex.
II. 2- Le Codex
Malgré ces défauts, mauvaise résistance au pliage et dégradation à l'humidité, le papyrus resta le support privilégié de l'écriture durant toute l'antiquité. Cependant la légende rapporte dans les écrits des auteurs antiques qu'au IIe siècle avant JC, le souverain égyptien Ptolémée V aurait interdit l'exportation de papyrus vers Pergame (dans l'actuelle Turquie) car la bibliothèque de cette ville rivalisait avec celle d'Alexandrie. Cela aurait favorisé l'apparition d'un nouveau support pour l'écriture : le parchemin, nom venant du latin  "pergamena" ou de pergame.
L’usage du parchemin découpé en feuilles va permettre la création du Codex, livre tel qu’il se présente de nos jours. Le Codex est composé de feuilles pliées, assemblées en cahier cousus ensemble. Il fait apparaître la notion de page comme un espace séparé, autonome et discontinu. Introduit au IIe siècle après JC en occident, il fût adopté principalement par les premiers chrétiens. Ainsi une religion à vocation universelle rompait avec les formes culturelles établies et lançait un vaste mouvement de diffusion des textes sacrés. Mais son adoption ne se généralisa réellement qu’au début du IVe siècle dans l'Occident romain et au Ve siècle dans l'Empire byzantin, lorsqu’il se libéra complètement de l’organisation du rouleau en devenant plus étroit et plus haut. Les critiques de l’époque trouvaient que ce nouveau support de l'écrit était léger et portatif mais ne représentait pas le sérieux du Volumen.
Le Codex autorise un maniement plus aisé du texte, des annotations personnelles manuscrites dans les marges. Des signes visibles, les réclames, rappellent l'ordre des cahiers, tandis que la foliotation indique la succession des feuillets. Ces dispositifs de repérage facilitent l'accès aux différents chapitres du texte, car ils servent d'appui aux index et aux tables. L’importance primordiale du Codex a été pour notre civilisation de permettre une lecture sélective et non plus continue. L’adoption de cette lecture sélective et silencieuse, grâce à l'introduction d'une séparation entre les mots va permettre une lecture plus rapide et aura un impact décisif sur la formation de la pensée critique [2-4].
Au cours des siècles qui suivirent, l’écrit n’a plus seulement une fonction de conservation et de mémorisation mais est copié à des fins de lecture et de travail intellectuel. Au modèle monastique succède le modèle scolastique des écoles et des universités (XIIesiècle). Cependant le coût de fabrication d'un livre en parchemin est très élevé. Une quinzaine de peaux d'animaux sont nécessaires à la réalisation d'un seul livre.
II. 3- Le Livre imprimé
En occident, jusqu’au XVème siècle, la transmission de la pensée par l’écrit sera assuré par des copistes et des savants recopiant laborieusement chaque ouvrage à la main. Ces ouvrages étaient rares et précieux et donc réservés à une élite. Cependant la "reproduction mécanique des textes" commence à agiter les esprits. L’impression xylographique (bois gravé), connue en Chine depuis le VIIIème siècle, apparaît vers le XIIIème siècle en Occident avec l’impression dans les manuscrits, de rubriques exécutées au moyen de "planches gravées en relief".
Les premiers spécimens d’impression xylographique sur papier datent de 1420 environ. Dans ces premiers ouvrages le texte est manuscrit, les bois gravés ne servant qu’à l’impression des illustrations. Plus tard, avec les livrets xylographiques, le texte et les illustrations sont gravés puis imprimés ensemble. Enfin en 1440 Gutenberg, sans rien connaître de l’impression au moyen de caractères mobiles telle qu’elle se pratiquait en Chine et en Corée, met au point le premier moule réglable permettant de fondre les caractères d’imprimerie en série. Cette date est retenue comme marquant "l’invention de l’imprimerie" ce qui est en fait  une industrialisation de l'imprimerie.
Grâce au support papier moins coûteux que le parchemin et plus commode, l’imprimerie se développe rapidement à la fin du XVème siècle, suscitant une augmentation considérable de la production et de la diffusion des textes.
A cette époque, le livre intègre et consolide tous les acquis antérieurs en portant beaucoup plus loin les exigences de lisibilité. L'aspect de la page se transforme, elle bascule dans le noir et blanc. La mise en page s'aère et s'organise recherchant une meilleure visibilité des articulations du discours.
La technique imprimée remet en cause la place de l'illustration dans la page : les bois gravés cèdent bientôt le pas à la gravure en creux sur métal, plus fine, mais délicate à marier aux caractères typographiques. Pour longtemps, l'image est alors cantonnée aux ornements typographiques ou au hors-texte.
Il faut attendre le XVIème siècle pour passer de la foliotation (numérotation des feuillets) à la pagination (numérotation des pages) et pour que le texte se présente de façon plus aérée, amorçant une évolution vers la présentation du livre actuel.
A fin du XVIIIème début du XIXème, le texte noir et blanc domine toujours l'image. Les écrits se multiplient et se diversifient en fonction des publics. Au cours de ces époques, le livre imprimé acquiert une fonction de reproduction et de diffusion des textes. Les pratiques de distribution et de commercialisation apportent des règles quant à la forme et au contenu de ces livres (mention de l’éditeur, de l’imprimeur, de l’année...).
Au XVIIIème siècle, les grandes encyclopédies modernes pousseront encore plus loin l’idéal tabulaire d’un texte composé d’unités accessibles dans n’importe quel ordre et dont la disposition alphabétique récuse au départ l’idée d’une lecture suivie.
Grâce à la baisse des coûts et à la multiplication des textes et des exemplaires, il ne s’agit plus de lire, de relire et de méditer quelques textes mais de confronter, de consulter et de parcourir une multitude de textes.
II. 4- Le document électronique
Depuis "l'invention de l'imprimerie" en 1440, l’imprimé n’a jamais rencontré de concurrent sérieux, ce qui lui a permis de traverser sans souffrance les époques jusqu'à nos jours. Le support papier a donc dominé notre société et notre culture pendant toute cette période.
Depuis plus d’une dizaine d’années, les supports électroniques et Internet s’insinuent peu à peu dans tous les méandres de notre société. La vitesse de diffusion des connaissances et l’accès à l’information se sont accélérés. Le papier n’est plus l’unique élément médiateur de la culture écrite.
La part du courrier électronique dans la communication ne cesse d’augmenter, la nature des textes sur le Web s’est progressivement enrichie de couleurs, de photos, d’images fixes puis animées, de séquences vidéo et de sons. Virtuellement grâce à Internet, des millions de personnes sont en ligne, communiquent, travaillent, achètent, apprennent et s’amusent. Finalement, le papier se retrouve devant un concurrent très sérieux. L’explosion du réseau Internet est par ailleurs un puissant vecteur de diffusion culturelle, il dynamise le phénomène éditorial à travers des logiques interactives et une diffusion universelle.
Internet modifie également les comportements et la manière de travailler. Dans cette ère numérique, tout devient électronique, on parle de e-book (livre électronique), e-paper (papier électronique), e-ink (encre électronique), e-commerce (commerce électronique)... L'ensemble de ces nouveaux supports participent à la dématérialisation du document.
Comme les premiers livres imprimés imitaient les manuscrits, les documents électroniques imitent très souvent les livres et leurs caractéristiques de mise de en page. Mais les évolutions de l'informatique touchent désormais le processus de naissance même de la page. Avec l'écran, la matérialité de la page s'évanouit. Le format du texte disparaît, défilant tel un rouleau, et le discours subit un véritable séquençage à travers le multi-fenêtrage et les liens hypertextuels. Cependant, la référence à la page demeure encore constante, tout au moins lorsque le lecteur imprime ce qu'il voit à l'écran.
En fait, le texte dispose maintenant d’un média de plus pour le véhiculer. Il était associé depuis cinq mille ans à des pierres, des ardoises, des tablettes d’argiles, du papyrus puis des peaux d'animaux. Au début des temps modernes, il a rencontré le support économique et léger du papier. Il est maintenant, pour partie, en train de migrer vers le support immatériel de l’électronique qui lui permet de voyager à la vitesse de la lumière et de s’afficher en n’importe quelle taille, sur toutes sortes d’écrans.
Ce transfert de l’écrit vers les supports électroniques semble être une révolution plus fondamentale que celle menée par Gutenberg. L’invention de Gutenberg a modifié le mode de reproduction de l’écrit en permettant une large diffusion des documents, mais il n’a pas affecté pas le livre dans sa structure matérielle : avant, comme après, le livre est un objet composé de feuillets assemblées. La révolution actuelle ne modifie pas uniquement la technique de reproduction du texte, mais intervient sur les supports, les formes de l'écrit et sur la place du lecteur face au texte. Cette mutation se rapproche probablement davantage de celle qui a bouleversé le support de l’écrit en substituant le Codex (ancêtre du livre actuel) au Volume Antique (le rouleau).
 
 
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